Typologie(s)

rez-de-chaussée commercial
hôtel particulier
hôtel

Intervenant(s)

ATELIER D'ARCHITECTURE DE GENVALbureau d'architectes1973-1993

ATELIER DU SART-TILMANbureau d'architectes1984

BUREAU SRZbureau d'architectes1984

Jean-Noël CAPARTarchitecte paysagiste1984

Georges DELCOIGNEarchitecte1911-1912

Émile JANLETarchitecte1871-1876

Paul SAINTENOYarchitecte1896-1898

Styles

Postmodernisme
Néoclassicisme
Éclectisme
Beaux-Arts
Art nouveau

Inventaire(s)

Ce bien présente l’(es) intérêt(s) suivant(s)

Recherches et rédaction

2005-2006

id

Urban : 15957
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Description

Compris entre les communes de Saint-Gilles (voir chaussée de Charleroi 4C-22) et de Bruxelles, ponctuant de part et d'autre le départ de l'avenue Louise, le Stéphanie Area est un complexe monumental de bureaux, commerces et hôtel, comprenant quatre ensembles architecturaux distincts, conçus en style postmodernePériode : ca. 1975 – 2000. Le postmodernisme s’oppose à la sobriété moderniste et fonctionnaliste et réhabilite l’ornement comme vecteur de sens. Il cherche à donner à l’architecture fonctionnelle abstraite un visage et un caractère humains, une certaine familiarité, parfois grâce à une référence architecturale historique. Les éléments formels issus du passé (classicisme, Art Déco, Sécession viennoise etc.) sont réinterprétés de manière contemporaine, souvent avec une touche d’ironie ou d’humour (par exemple par l’exagération) : frontons, arcs, colonnes, pilastres, tourelles,… Pour l’architecture de prestige, les matériaux naturels comme la pierre et le marbre sont réintroduits et combinés au verre (miroir) et à l’acier inoxydable. Dans les cas de projets à moindre budget, les matériaux employés sont moins luxueux (blocs de béton, métal coloré). À Bruxelles, on retrouve le postmodernisme tant dans l’architecture d’entreprise (flagship), que dans des bâtiments publics (écoles, crèches, administration) ou des centres commerciaux, … par l'Atelier d'Architecture de Genval, secondé suivant les projets par d'autres bureaux d'architectes.
Il s'agit de l'un des ensembles de ce style les plus aboutis et les plus luxueux de la capitale, intégrant par ailleurs certaines façades anciennes et deux hôtels particuliers classés (voir infra, nos 77, 81).

Les 1ers projets remontent à 1973. Stéphanie I est achevé en 1983, suivi par Stéphanie Square en 1989, le complexe Wiltcher's et le Conrad Hotel Brussels en 1993. Cet ensemble marque, pour ses concepteurs, les « retrouvailles entre la façade et l'ornement », en rupture avec le fonctionnalismePériode : ca. 1920 – 1980 Le fonctionnalisme est un courant architectural qui apparait dès les années 1920. Il repose sur un principe simple : la forme d’un bâtiment doit découler directement de sa fonction. Ce principe de base est appliqué dans l’architecture moderniste dès l’entre-deux-guerres. En Belgique, l’architecture purement fonctionnaliste se développe après la Seconde Guerre mondiale, principalement dans le cadre de grands projets urbains aux impacts architecturaux et sociaux importants, grâce à son aspect économique et à sa capacité à répondre aux besoins de reconstruction. Ce courant se caractérise par une conception guidée par l’aspect fonctionnel (la forme est exclusivement l’expression de son usage ou sa fonction), des constructions hautes et épurées visant une efficacité spatiale et matérielle maximale, en rupture totale avec les styles historiques et/ou les ornements superflus. Ces interventions ont façonné le phénomène de « bruxellisation » : une rénovation urbaine à grande échelle, avec des tours et de larges boulevards. L’usage du béton est également une caractéristique du fonctionnalisme car c’est un matériau qui offre une résistance‚ une durabilité et une facilité d’entretien supérieures aux matériaux traditionnels. Il permet également de réaliser des structures plus légères et plus économiques, notamment en rendant possible la préfabrication et la standardisation des éléments de construction. On retrouve le fonctionnalisme dans l’architecture d’entreprise, des ensembles de tours de logements, des bâtiments publics (écoles, commissariat), … Dès la fin des années 1970, le postmodernisme se développe en réaction au fonctionnalisme et réintroduit les matériaux traditionnels comme le marbre ou la pierre et une touche décorative. sec des décennies précédentes. Les façades sont conçues comme des « broderies de pierre », un « tissu » tendu sur une armature rationnelle.

Vue du départ de l'avenue Louise et du <a href='/fr/glossary/239' class='info'>pavillon<span>Le toit en pavillon est un toit à quatre versants droits couvrant un corps de bâtiment de plan sensiblement carré. La lucarne en pavillon est une lucarne dont le toit est en pavillon.</span></a> conçu par l'architecte Henri MAQUET à l'angle de la chaussée de Charleroi, vers 1900 (Collection cartes postales Dexia Banque).


Historique

En 1862, pour ponctuer l'entrée de l'avenue qu'elle projette, la Ville impose la construction de deux bâtiments d'angle. D'abord confiés à l'architecte Henri Beyaert (1864-1866), ces deux pavillonsLe toit en pavillon est un toit à quatre versants droits couvrant un corps de bâtiment de plan sensiblement carré. La lucarne en pavillon est une lucarne dont le toit est en pavillon. seront conçus en 1872-1874 par l'architecte Henri Maquet, pour le compte de particuliers.

Les deux bâtiments, construits en symétrie et présentant une même tourellePetite tour engagée dans un bâtiment, généralement sur un de ses angles. d'angle sous dômeToit de plan centré à versant continu ou à pans, galbé en quart de cercle ou d'ovale., n'ont cependant pas le même gabarit : le pavillonLe toit en pavillon est un toit à quatre versants droits couvrant un corps de bâtiment de plan sensiblement carré. La lucarne en pavillon est une lucarne dont le toit est en pavillon. à gauche de l'avenue est plus développé, celui de droite est complété, côté avenue, par cinq maisons, dont deux hôtels particuliers remarquables, conçus par l'architecte Wynand Janssens en 1882 (no 61, démoli) et en 1884 (no 63, démoli).
À gauche, on trouvait encore une maison et un hôtel particulier, respectivement dessinés par les architectes J. De Vestel (vers 1888) et Henri Maquet (vers 1908).

Les pavillonsLe toit en pavillon est un toit à quatre versants droits couvrant un corps de bâtiment de plan sensiblement carré. La lucarne en pavillon est une lucarne dont le toit est en pavillon. d'entrée connaîtront au cours du temps des modifications, dont la plus importante est une surhausse en 1925. En 1970, un plan particulier d'aménagement, le PPA Louise, envisage leur remplacement par, à gauche, une tour de 40 m et, à droite, une tour de 60 m de haut. Le 17.10.1974, la Ville délivre le permis pour démolir le pavillonLe toit en pavillon est un toit à quatre versants droits couvrant un corps de bâtiment de plan sensiblement carré. La lucarne en pavillon est une lucarne dont le toit est en pavillon. gauche de Maquet à la SA Immobilière de la place Stéphanie, qui se propose d'implanter à sa place un immeuble conçu par l'Atelier de Genval, secondé par les architectes Raoul J. Brunswyck et Odon Wathelet.

En 1975, suite à une campagne de protestations, ce permis est annulé par l'arrêté royal du 16.06.1975 ; le pavillonLe toit en pavillon est un toit à quatre versants droits couvrant un corps de bâtiment de plan sensiblement carré. La lucarne en pavillon est une lucarne dont le toit est en pavillon. gauche de Maquet est classé par l'arrêté royal du 15.12.1975. Le 25.11.1977, un arrêt du Conseil d'État annule toutes ces décisions et impose une lourde amende à l'État belge. Stéphanie I sort de terre et la symétrie voulue jadis pour l'entrée de l'avenue est temporairement briséeUn élément est dit brisé, en ogive ou ogival lorsqu’il est composé de deux arcs de cercle se rejoignant en pointe..
Avenue Louise 54-58a et 59-67, avant-projet (A+, 61, 1979, p. 9).
En 1984, la filiale immobilière de la Société générale, UBI, introduit une nouvelle demande de permis pour la rive droite de l'avenue, qui conserve encore son pavillonLe toit en pavillon est un toit à quatre versants droits couvrant un corps de bâtiment de plan sensiblement carré. La lucarne en pavillon est une lucarne dont le toit est en pavillon. d'origine ; les opinions s'enflamment. Dans la mouvance, divers projets sont proposés, les uns par les tenants de la symétrie, les autres par les partisans de la conservation du Maquet. Finalement, UBI réussit à obtenir le permis de démolition des anciens bâtiments et celui d'ériger le jumeau de Stéphanie I : Stéphanie Square, toujours par l'Atelier de Genval, cette fois secondé par l'Atelier du Sart-Tilman, le bureau SRZ avec la participation du paysagiste Jean-Noël Capart. Dans cette refonte de l'entrée de l'avenue, est comprise la conception d'une place en intérieur d'îlot, la place Wiltcher's, qui sera réalisée dans la mouvance de l'aménagement de l'hôtel Conrad.

Description

Stéphanie I et Stéphanie Square
. Deux immeubles de bureaux analogues, avec commerces au r.d.ch., implantés en miroir. Solennisant l'entrée de la voirie, ils en épousent les angles par un traitement monumental, articulé en pans concaves. Les immeubles jouent sur les mêmes matériaux : pierre blanche de Bourgogne, Limestone grey Vinalmont, et granit noir d'Afrique. Tous deux sont hauts de dix niveaux, les six 1ers premiers reliés par un traitement particulier des pleins de travées1. Division verticale d’une élévation, composée d’une superposition d’ouvertures, réelles ou feintes. 2. En plan, la travée est l'espace compris entre deux rangées de supports disposées perpendiculairement à la façade., les trois derniers en retraits successifs. Un leitmotiv décoratif ponctue les élévationsDessin à l'échelle d'une des faces verticales d’un édifice. Par extension, façade d'un bâtiment ou ensemble de ses façades. et certains détails intérieurs, distinguant les deux « Stéphanie » du reste du complexe : le carré posé sur la pointe, décliné en divers matériaux. HuisserieMenuiseries qui s’ouvrent et se ferment, c’est-à-dire les portes et les fenêtres. Par extension, le terme désigne également les fenêtres à châssis dormants. en aluminium.
Avenue Louise 59-69 (Stéphanie Square) et avenue Louise 54-58a - place Stéphanie 1-3 (Stéphanie I). Vue aérienne (Brussels UrbIS ® © - Distribution : CIRB 20 avenue des Arts, 1000 Bruxelles).

Au no 54 à 58a avenue Louise et 1-3 place Stéphanie, Stéphanie I compte onze travées1. Division verticale d’une élévation, composée d’une superposition d’ouvertures, réelles ou feintes. 2. En plan, la travée est l'espace compris entre deux rangées de supports disposées perpendiculairement à la façade. avenue Louise, douze travées1. Division verticale d’une élévation, composée d’une superposition d’ouvertures, réelles ou feintes. 2. En plan, la travée est l'espace compris entre deux rangées de supports disposées perpendiculairement à la façade. place Stéphanie et deux travées1. Division verticale d’une élévation, composée d’une superposition d’ouvertures, réelles ou feintes. 2. En plan, la travée est l'espace compris entre deux rangées de supports disposées perpendiculairement à la façade. plus minces rue de la Grosse Tour. L'entrée menant aux étages se fait dans l'axe. Grand hall octogonal en marbre noir et marbre beige. Guérite plaquée de diverses essences de bois.
Avenue Louise 54-58a et place Stéphanie 1-3, Stéphanie I (photo 2005).
Aux nos 59 à 69 avenue Louise, Stéphanie Square comprend treize travées1. Division verticale d’une élévation, composée d’une superposition d’ouvertures, réelles ou feintes. 2. En plan, la travée est l'espace compris entre deux rangées de supports disposées perpendiculairement à la façade. avenue Louise et dix-sept travées1. Division verticale d’une élévation, composée d’une superposition d’ouvertures, réelles ou feintes. 2. En plan, la travée est l'espace compris entre deux rangées de supports disposées perpendiculairement à la façade. chaussée de Charleroi, certaines traitées en retrait. À la 6e travée1. Division verticale d’une élévation, composée d’une superposition d’ouvertures, réelles ou feintes. 2. En plan, la travée est l'espace compris entre deux rangées de supports disposées perpendiculairement à la façade. avenue Louise, entrée piétonne monumentale, à encadrement métallique mouluré en quart-de-rondMoulure pleine de profil en quart de cercle. Le quart-de-rond est une variété de tore.. La liaison avec la cour du Conrad Hotel se fait par la répétition d'une tour d'angle à pans concaves, à la manière de celle côté goulot avenue Louise. Hall en marbre blanc et marbre rose, éclairé par un petit patio.
Avenue Louise 59-69, Stéphanie Square (photo 2005).
Wiltcher's. Sur la chaussée de Charleroi, ce vaste complexe intègre quatre façades d'hôtels particuliers sur le territoire de Saint-Gilles (voir Inventaire de Saint-Gilles, chaussée de Charleroi 10-22) et cinq hôtels particuliers (voir infra nos 77 à 81), partiellement ou complètement façadisés, côté Louise.
Accessible à la fois depuis la chaussée de Charleroi (no 16) par une courte galerieUne galerie est un espace couvert dévolu au passage, d'ordinaire rythmé de supports. Un portique désigne plus particulièrement une galerie ouverte sur l’extérieur par un rang d’arcades ou de colonnes. Le portique se situe au rez-de-chaussée d’un bâtiment. Il peut également être indépendant. commerciale et depuis l'avenue Louise par un passage monumental à grande arcadeStructure métallique suspendue aux câbles de traction portant la cabine ou le contrepoids. , la place Wiltcher's constitue le cœur de l'ensemble voulu par l'Atelier de Genval.
De plan rectangulaire, elle est entièrement entourée de bâtiments identiques abritant aux étages des appartements ou les chambres du Conrad Hotel.
À ses quatre coins, elle est ponctuée de tours d'angle, de plan carré, couronnées chacune d'un toit en pavillonLe toit en pavillon est un toit à quatre versants droits couvrant un corps de bâtiment de plan sensiblement carré. La lucarne en pavillon est une lucarne dont le toit est en pavillon..
Les bâtiments de la cour présentent une élévationDessin à l'échelle d'une des faces verticales d’un édifice. Par extension, façade d'un bâtiment ou ensemble de ses façades. de huit niveaux, certains partiellement traités en terrasse, de six travées1. Division verticale d’une élévation, composée d’une superposition d’ouvertures, réelles ou feintes. 2. En plan, la travée est l'espace compris entre deux rangées de supports disposées perpendiculairement à la façade. pour les longs côtés et de quatre pour les petits.
Les couleurs claires de l'ensemble résultent des matériaux utilisés : pierre bleue reconstituée, verre opaque, aluminium doré des châssisPartie en menuiserie d'une fenêtre., inox…
Le r.d.ch. est occupé par des boutiques de luxe, dont certaines s'inspirent d'une esthétique 1900 avec vitrines courbes.
2e niveau devancé de logettesLa logette est un petit ouvrage en surplomb qui s’étend sur un seul étage, contrairement à l’oriel qui en compte plusieurs ou s’allonge sur plusieurs travées. Contrairement au bow-window, logette et oriel sont d’ordinaire de plan rectangulaire ou trapézoïdal et semblent appliqués sur la façade.. Certaines travées1. Division verticale d’une élévation, composée d’une superposition d’ouvertures, réelles ou feintes. 2. En plan, la travée est l'espace compris entre deux rangées de supports disposées perpendiculairement à la façade. des étages sont devancées de balcons, à parapetUn parapet en maçonnerie est un muret servant de garde-corps. ajouré, reliés entre eux par des hampes.
Le leitmotiv décoratif est ici la palmetteOrnement symétrique dont la forme est proche de celle d’une palme. La palmette est parfois composée de feuilles d’acanthe., déclinée en divers matériaux et couleurs. La cour est pavée en damier.
Sur le côté est, un grand escalier courbe, à garde-corpsOuvrage de clôture qui ferme un balcon, une terrasse, une porte-fenêtre, une gaine d'ascenseur... en ferronnerieÉléments en fer d’une construction, qu’ils soient en fer forgé, en fonte ou dans un autre matériau ferreux., la relie directement au 1er étage de l'hôtel.
Avenue Louise 71 et chaussée de Charleroi 16, cour intérieure du Wiltcher's (photo 2005).

Au no 71, Conrad Hotel Brussels. Ce palace moderne s'implante dans des bâtiments datant de 1911, intégralement rénovés par l'Atelier de Genval (architecte Éric Philippe) et Graham design pour l'architecture intérieure. Dès sa conception, ce bâtiment sert d'hôtel pour voyageurs. Dû à l'architecte Georges Delcoigne, il est conçu en style Beaux-ArtsPériode : 1905-1930 L’architecture Beaux-Arts est un style architectural académique et international dont les principales orientations proviennent de la très influente école des Beaux-Arts de Paris créée au XIXe siècle. À Bruxelles, il se développe dès 1905 et s’inscrit dans le prolongement de l’éclectisme et dans cette tendance à revenir aux grands « styles Louis » français du XVIIIe siècle – Louis XIV, rococo (Louis XV) et néoclassique (Louis XVI) –, et ce sous l’influence de l’Exposition universelle de Paris en 1900. Ce goût pour l’académisme français se développe à Bruxelles au travers, dans un premier temps, d’importantes réalisations confiées par le roi Léopold II à l’architecte Charles Girault qu’il rencontre à Paris lors de l’Exposition : les agrandissements du Palais de Laeken, la construction du musée de Tervueren, de l’arcade du Cinquantenaire, de la galerie-promenoir sur la digue d’Ostende. Ce retour aux grands styles français marque ensuite de nombreux quartiers résidentiels bruxellois. Le style Beaux-Arts trouve en effet ses meilleures expressions dans les hôtels de maître, les maisons bourgeoises, de luxueux immeubles à appartements mais aussi et surtout dans des édifices semi-publics de prestige (hôtels, banques, sièges de société) auxquels il donne un air respectable inspirant confiance. Il se caractérise par des façades en (simili-)pierre blanche et/ou en briques rouges ou orangées, décorées d’éléments empruntés aux styles français du XVIIIe siècle (guirlandes végétales, festons, mascarons, garde-corps et portes en fer forgé). C’est une architecture qui se distingue par le goût du monumental que concrétisent l’emploi massif de la pierre de France et l’accentuation des travées d’angle et d’entrée, souvent traitées en rotonde couverte d’une coupole. Le plan des traditionnelles trois pièces en enfilade qui marque les résidences du XIXe et du début du XXe siècle est revu de manière à laisser la lumière pénétrer davantage par l’utilisation de lanterneaux en toiture, des plafonds relativement bas, la souplesse des circulations. pour le baron de Crawhez, en 1911-1912.
L'élévationDessin à l'échelle d'une des faces verticales d’un édifice. Par extension, façade d'un bâtiment ou ensemble de ses façades. en retrait de la voirie est particulièrement originale, intégrant au sein de l'hôtel une avant-cour affectant la forme d'un pentagone irrégulier, dont les grands côtés comptent cinq travées1. Division verticale d’une élévation, composée d’une superposition d’ouvertures, réelles ou feintes. 2. En plan, la travée est l'espace compris entre deux rangées de supports disposées perpendiculairement à la façade., et incorporant dès l'origine le « petit » hôtel particulier conçu par l'architecte Beyaert (voir infra no 77). La travée1. Division verticale d’une élévation, composée d’une superposition d’ouvertures, réelles ou feintes. 2. En plan, la travée est l'espace compris entre deux rangées de supports disposées perpendiculairement à la façade. axiale est ponctuée d'une tourellePetite tour engagée dans un bâtiment, généralement sur un de ses angles. sous dômeToit de plan centré à versant continu ou à pans, galbé en quart de cercle ou d'ovale. octogonal remplaçant le dômeToit de plan centré à versant continu ou à pans, galbé en quart de cercle ou d'ovale. initial. Les six niveaux d'origine sont aujourd'hui enrichis de deux niveaux d'attiqueUn élément est dit en attique lorsqu’il est situé au-dessus de l’entablement. en retrait d'une balustradeGarde-corps composé de balustres, c’est-à-dire de petits supports en répétition, généralement profilés et de section circulaire.. ÉlévationDessin à l'échelle d'une des faces verticales d’un édifice. Par extension, façade d'un bâtiment ou ensemble de ses façades. enduiteL'enduit est un revêtement de plâtre, de mortier, de stuc, de ciment, de lait de chaux, de simili-pierre, etc. et peinte, percée de baiesOuverture, d'ordinaire une porte ou une fenêtre, ménagée dans un pan de mur, ainsi que son encadrement. à arcStructure appareillée de couvrement, cintrée selon un profil donné. en anse de panierUn élément est dit en anse de panier lorsqu’il est cintré en demi-ovale. ou rectangulaires jumeléesDes éléments sont dits jumeaux, jumelés ou géminés lorsqu’ils sont répétés de manière identique. Ces éléments peuvent être plus nombreux que deux., chacune devancée d'un balconnet à garde-corpsOuvrage de clôture qui ferme un balcon, une terrasse, une porte-fenêtre, une gaine d'ascenseur... en fer forgéFer façonné à chaud sur l’enclume, utilisé pour réaliser des éléments architecturaux comme des garde-corps, des ancres, des grilles, des épis de faîtage. d'origine. Encadrements à gorgeLa gorge est une moulure creuse de profil courbe, en portion de cercle ou d’ovale ou en demi-cœur. Le cavet est une gorge de profil en quart de cercle., agrafes en médaillonsCartouche rond ou ovale. caractéristiques du style Beaux-ArtsPériode : 1905-1930 L’architecture Beaux-Arts est un style architectural académique et international dont les principales orientations proviennent de la très influente école des Beaux-Arts de Paris créée au XIXe siècle. À Bruxelles, il se développe dès 1905 et s’inscrit dans le prolongement de l’éclectisme et dans cette tendance à revenir aux grands « styles Louis » français du XVIIIe siècle – Louis XIV, rococo (Louis XV) et néoclassique (Louis XVI) –, et ce sous l’influence de l’Exposition universelle de Paris en 1900. Ce goût pour l’académisme français se développe à Bruxelles au travers, dans un premier temps, d’importantes réalisations confiées par le roi Léopold II à l’architecte Charles Girault qu’il rencontre à Paris lors de l’Exposition : les agrandissements du Palais de Laeken, la construction du musée de Tervueren, de l’arcade du Cinquantenaire, de la galerie-promenoir sur la digue d’Ostende. Ce retour aux grands styles français marque ensuite de nombreux quartiers résidentiels bruxellois. Le style Beaux-Arts trouve en effet ses meilleures expressions dans les hôtels de maître, les maisons bourgeoises, de luxueux immeubles à appartements mais aussi et surtout dans des édifices semi-publics de prestige (hôtels, banques, sièges de société) auxquels il donne un air respectable inspirant confiance. Il se caractérise par des façades en (simili-)pierre blanche et/ou en briques rouges ou orangées, décorées d’éléments empruntés aux styles français du XVIIIe siècle (guirlandes végétales, festons, mascarons, garde-corps et portes en fer forgé). C’est une architecture qui se distingue par le goût du monumental que concrétisent l’emploi massif de la pierre de France et l’accentuation des travées d’angle et d’entrée, souvent traitées en rotonde couverte d’une coupole. Le plan des traditionnelles trois pièces en enfilade qui marque les résidences du XIXe et du début du XXe siècle est revu de manière à laisser la lumière pénétrer davantage par l’utilisation de lanterneaux en toiture, des plafonds relativement bas, la souplesse des circulations..
Avenue Louise 69-75, Conrad Hotel Brussels (photo 2005).

Au n° 77. Hôtel Godefroy (voir de n°).

Entre les actuels nos 77 et 79, se trouve un hôtel particulier qui, n'ayant plus d'entrée propre, ne porte plus de numéro. Il est conçu par l'architecte Henri Beyaert en 1872-1873.
Élévation de style néoclassiqueDe 1775 aux années 1840. Le néoclassicisme - également appelé style Louis XVI en décoration intérieure, en référence à Louis XVI - apparaît en France au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle et se répand rapidement à travers l'Europe. À Bruxelles, ce style couvre principalement la période allant de 1775 aux années 1840, même s'il continue de faire des apparitions jusqu'à la veille de la Première Guerre mondiale. Sur le plan typologique, le bâti du XVIIIe siècle se voit remplacé par une façade qui compte trois à quatre niveaux à part entière. Outre les extensions urbaines à grande échelle, les maisons existantes sont souvent transformées en hôtels de maître néoclassiques que l’on dote d’une nouvelle façade symétrique sous corniche. Ces façades répondent aux règles de proportion de l'architecture antique et font parfois office de façade-écran, l’ancienne structure portante intérieure étant conservée. Le néoclassicisme trouve son fondement théorique dans un regain d'intérêt pour l'Antiquité grecque et romaine, stimulé par les fouilles de Pompéi et d'Herculanum et par la pratique culturelle du Grand Tour. Pendant le Siècle des Lumières, on aspire à l'harmonie, à la simplicité, à la rationalité et à une ornementation sobre, en réaction au baroque et au rococo. Le style est plus qu'un langage des formes : il s'accompagne d'un réaménagement rationnel de la ville (embellissement), où se conjuguent aspects esthétiques, hygiéniques et pratiques. Le paysage urbain est caractérisé par des rues droites, des perspectives et des façades uniformes. À Bruxelles, cela conduit à une uniformisation poussée des façades crépies et peintes. À partir de 1812, seules les teintes claires sont autorisées et à partir de 1818, la ville impose l'utilisation de la couleur dite « pierre de France », contribuant ainsi à l'image de la ville « blanche » du XIXe siècle. La façade sous corniche enduite et peinte, souvent blanche ou de couleur claire, parfois combinée avec de la pierre bleue ou blanche, est caractéristique. Sa composition est strictement symétrique. Les baies sont généralement rectangulaires, parfois sous arc surbaissé. Les arcs en plein cintre sont utilisés pour mettre en valeur certains éléments, par exemple dans une travée d'entrée. La façade est articulée horizontalement par des cordons et surmontée d'une corniche en saillie, souvent pourvue de modillons et/ou de moulures à redents. Avec la frise et l'architrave, cela forme l'entablement d'inspiration classique. Les éléments décoratifs, lorsqu'ils sont présents, font référence au langage formel antique : pilastres, colonnes, frontons, triglyphes, médaillons, guirlandes ou urnes. Néanmoins, de nombreuses façades, surtout au début du XIXe siècle, sont remarquablement sobres. Les demeures les plus prestigieuses sont dotées d'un balcon, initialement avec un garde-corps en fer forgé puis, à partir du milieu du XIXe siècle, de plus en plus souvent en fonte. À Bruxelles, le néoclassicisme est présent tant dans les projets urbanistiques à grande échelle que dans les habitations particulières, les bâtiments publics et l'architecture religieuse. Il contribue fortement à la cohérence et à l'homogénéité du paysage urbain. Parmi les exemples de tels projets, citons la place des Martyrs (anciennement place Saint-Michel, 1774-1776), le quartier royal (1774-1782), la Place du Nouveau Marché aux Grains (1787), le quartier de La Monnaie (1817-1822), la Place des Barricades (anciennement place d'Orange, 1825) et le Grand Hospice avec le quartier environnant (1827), ainsi que le réaménagement des environs des anciennes portes de la ville. Outre les maisons ordinaires et les hôtels de maître, ce style se prête parfaitement aux bâtiments monumentaux et représentatifs, tels que les institutions publiques et religieuses, les châteaux, les palais et les académies. À Bruxelles, de nombreuses maisons anciennes sont également remises au goût du jour : leur pignon est remplacé par une façade sous corniche sobre et symétrique. Dans les centres des villages périphériques, le néoclassicisme s'avère également particulièrement adapté à la construction ou à la rénovation des habitations modestes, grâce à sa structure claire et à son langage formel sobre. Notons que dans la langue néerlandaise, on distingue le classicisme du XVIIIe siècle (né sous l'Ancien Régime) et le néoclassicisme du début du XIXe siècle, qui en découle progressivement. En français, le terme néoclassicisme couvre les XVIIIe et XIXe siècles, le classicisme faisant référence à l’architecture française des XVIe et XVIIe siècles, puisant ses origines dans la Renaissance., de quatre niveaux de taille dégressive et de quatre travées1. Division verticale d’une élévation, composée d’une superposition d’ouvertures, réelles ou feintes. 2. En plan, la travée est l'espace compris entre deux rangées de supports disposées perpendiculairement à la façade., celles du centre jumeléesDes éléments sont dits jumeaux, jumelés ou géminés lorsqu’ils sont répétés de manière identique. Ces éléments peuvent être plus nombreux que deux. aux étages et devancées de balcons de taille dégressive, à balustradeGarde-corps composé de balustres, c’est-à-dire de petits supports en répétition, généralement profilés et de section circulaire.. ÉlévationDessin à l'échelle d'une des faces verticales d’un édifice. Par extension, façade d'un bâtiment ou ensemble de ses façades. enduiteL'enduit est un revêtement de plâtre, de mortier, de stuc, de ciment, de lait de chaux, de simili-pierre, etc. couronnée d'une cornicheCorniche. Élément de couronnement d’un entablement, d’une élévation ou d’un élément d’élévation comme une baie ou une lucarne. La corniche se compose de moulures en surplomb les unes par rapport aux autres. La cimaise est la moulure supérieure de la corniche, située au-dessus du larmier. et d'un frontonCouronnement de forme triangulaire ou courbe, à tympan et cadre mouluré formé de corniches., dont le motif se retrouve dans un édicule ajouté lors de son intégration dans le complexe Wiltcher's. ChâssisPartie en menuiserie d'une fenêtre. remplacés.
Entre les actuels 79 et 77 avenue Louise, hôtel particulier conçu en 1872-1873 par l'architecte Henri BEYAERT (photo 2005).

Au no 79, ancien hôtel particulier, actuellement façadisé, de style éclectiquePériode : env. 1840-1914. L’éclectisme est un courant architectural caractérisé par la combinaison de styles issus de différentes époques et de différents lieux. Les architectes mêlent les références historiques pour créer de nouvelles compositions. Cette tendance se développe à Bruxelles peu après l’indépendance de la Belgique, dans le cadre des grands programmes d’urbanisation. En effet, durant les années 1840 et 1850, alors que jusque-là la ville a mis à l’honneur le néoclassicisme avec des ensembles urbains symétriques, ordonnés et rationnels, pointe le besoin d’une architecture nationale. Alors que des architectes font le choix de l’unité de style comme le néogothique ou le néo-Renaissance flamande, une tendance à mélanger les grammaires issues du passé va se développer, tout en utilisant les matériaux locaux et des techniques nouvelles (issues notamment de la révolution industrielle). Cet éclectisme permet de répondre plus souplement à une multitude de typologies et d’équipements urbains. En effet, la ville est en pleine expansion : l’éclectisme s’adapte tant aux églises qu’aux grands magasins, aux hôtels, aux gares, aux écoles, aux usines,… mais également à l’architecture résidentielle. C’est pourquoi l’éclectisme est la tendance architecturale dominante dans la première couronne de Bruxelles (les faubourgs de Bruxelles). Dans l’architecture publique, ce mélange n’est pas arbitraire : chaque style est choisi pour transmettre une idée. Par exemple, le néogothique peut évoquer l’histoire médiévale de la ville ou la spiritualité d’un édifice religieux ; le néoclassicisme suggère l’ordre et l’autorité pour un palais de justice ou un bâtiment administratif ; la Renaissance symbolise le prestige civique ou culturel. L’architecture devient ainsi un langage visuel, conçu pour représenter les valeurs d’une institution. Dans l’architecture résidentielle, l’éclectisme est l’apanage de la bourgeoisie et se reconnaît par une façade variée et dynamique où les architectes jouent avec les formes, les matériaux et les couleurs. Brique, pierre, fer forgé, céramique ou sgraffites s’y mêlent pour créer un décor riche et personnalisé. Chaque détail — balcon, corniche, linteau sculpté, lucarne, logette, porte d’entrée — devient une occasion d’exprimer le goût du propriétaire, d’afficher son statut ou ses aspirations culturelles. Ce style s’inscrit dans une période où Bruxelles valorise la modernité tout en célébrant son histoire. L’éclectisme traduit donc un compromis : une architecture contemporaine inspirée du passé, adaptée à la vie bourgeoise, urbaine et moderne. Derrière la façade, les intérieurs sont pensés pour le confort : distribution plus pratique, escalier décoratif, pièces spécialisées (salon, fumoir, salle à manger), et parfois innovations techniques (chauffage amélioré, eau, gaz). La période de l’éclectisme met en place le modèle type de la maison bourgeoise : une façade de composition symétrique (trois travées égales sur trois niveaux) ou asymétrique (deux travées – une étroite et une large – sur trois niveaux) ; un plan reprenant un couloir menant à l’escalier en travée d’entrée et deux ou trois pièces en enfilade, correspondant à la largeur (de la ou) des autres travées. La façade se développe également en trois dimensions par l’ajout de balcons, de logettes ou de bow-windows. Durant la seconde moitié du XIXe siècle et le début du XXe siècle, le développement urbanistique est tel qu’il n’est pas rare de voir des pans de rue entiers sortir de terre en quelques années. Il en résulte des ensembles urbanistiques particulièrement homogènes et cohérents : les enfilades. Cette cohérence est parfois due au travail d’un architecte dans le cadre d’une petite promotion immobilière. Mais le plus souvent, les maisons sont réalisées par des architectes différents, pour des propriétaires différents : elles sont alors toutes différentes mais forment des enfilades homogènes de bâtiments de même style, mêmes matériaux et/ou de même gabarit. Les éléments représentatifs de l’architecture résidentielle de style éclectique sont : le gabarit (composition asymétrique ou symétrique), la polychromie des matériaux (pierre bleue, pierre blanche, briques de couleurs variées, enduits), l’usage d’éléments en ferronnerie, d’éléments en surplomb (balcons, logettes, bow-windows), de lucarnes et les enfilades urbanistiques. Ces façades sont souvent accentuées d’éléments d’inspirations diverses : néoclassique (enduit, sobriété), néogothique (baies en ogive ou trilobées, croisées en pierre), néo-Renaissance flamande (lucarne-pignon à gradins, ancres), Art nouveau (sgraffites, carreaux de céramique, éléments reprenant la courbe « coup de fouet », vitraux floraux), pittoresque (toiture à croupe ou croupette, tourelle, éléments en bois ou faux bois : garde-corps, colombages, fermes apparentes), etc. Il est communément admis que la période de l’éclectisme s’achève avec la Première Guerre mondiale, néanmoins le modèle type de la maison bourgeoise perdure bien après la guerre. Les communes et quartiers urbanisés plus tardivement, durant l’entre-deux-guerres, sur base de plans d’aménagement tracés au XIXe siècle, reproduisent le modèle de l’éclectisme : des enfilades de maisons de gabarit similaire. Ces maisons sont qualifiées de style éclectique tardif. Elles reprennent toutes les caractéristiques de l’architecture résidentielle éclectique, mais sont le plus souvent accentuées d’éléments d’inspiration Beaux-Arts, Art Déco, Art nouveau, pittoresque ou régionaliste (voir éclectisme tardif)., conçu par l'architecte Janlet en 1876.
Élévation enduiteL'enduit est un revêtement de plâtre, de mortier, de stuc, de ciment, de lait de chaux, de simili-pierre, etc., de quatre travées1. Division verticale d’une élévation, composée d’une superposition d’ouvertures, réelles ou feintes. 2. En plan, la travée est l'espace compris entre deux rangées de supports disposées perpendiculairement à la façade. et de cinq niveaux sous mansardesUne toiture est dite mansardée lorsqu'elle présente deux pentes différentes sur le même versant. Le brisis est le pan inférieur de la toiture mansardée. Le pan supérieur se nomme le terrasson., les deux derniers niveaux résultant d'une surhausse postérieure. R.d.ch. et travées1. Division verticale d’une élévation, composée d’une superposition d’ouvertures, réelles ou feintes. 2. En plan, la travée est l'espace compris entre deux rangées de supports disposées perpendiculairement à la façade. axiales à bossagesBossage. Saillie de la face d’un bloc de pierre par rapport au nu de la maçonnerie. Un bossage est dit un sur deux lorsqu’un parement présente une alternance d’assises de blocs en bossages et de blocs dont le parement reste au nu de la maçonnerie. Un bossage est dit rustique lorsque son parement est d’une taille grossière. Il est dit continu lorsqu'il se prolonge sur une assise entière.. BaiesOuverture, d'ordinaire une porte ou une fenêtre, ménagée dans un pan de mur, ainsi que son encadrement. axiales du 1er étage sous frontonCouronnement de forme triangulaire ou courbe, à tympan et cadre mouluré formé de corniches. courbe briséUn élément est dit brisé, en ogive ou ogival lorsqu’il est composé de deux arcs de cercle se rejoignant en pointe., devancées d'un balcon continuUn élément est dit continu s’il règne sur toute la largeur de l’élévation ou sur plusieurs travées. à garde-corpsOuvrage de clôture qui ferme un balcon, une terrasse, une porte-fenêtre, une gaine d'ascenseur... pansuUn garde-corps est dit pansu lorsqu'il se cintre en doucine en élévation. en fonteFer riche en carbone, moulé pour réaliser des éléments architecturaux comme des garde-corps, des colonnettes, des cache-boulins. Contrairement au fer forgé, la fonte est cassante et résiste mal à la flexion..

Avenue Louise 79 (photo 2005).

Au no 79a, ancien hôtel particulier, entièrement façadisé, de style éclectiquePériode : env. 1840-1914. L’éclectisme est un courant architectural caractérisé par la combinaison de styles issus de différentes époques et de différents lieux. Les architectes mêlent les références historiques pour créer de nouvelles compositions. Cette tendance se développe à Bruxelles peu après l’indépendance de la Belgique, dans le cadre des grands programmes d’urbanisation. En effet, durant les années 1840 et 1850, alors que jusque-là la ville a mis à l’honneur le néoclassicisme avec des ensembles urbains symétriques, ordonnés et rationnels, pointe le besoin d’une architecture nationale. Alors que des architectes font le choix de l’unité de style comme le néogothique ou le néo-Renaissance flamande, une tendance à mélanger les grammaires issues du passé va se développer, tout en utilisant les matériaux locaux et des techniques nouvelles (issues notamment de la révolution industrielle). Cet éclectisme permet de répondre plus souplement à une multitude de typologies et d’équipements urbains. En effet, la ville est en pleine expansion : l’éclectisme s’adapte tant aux églises qu’aux grands magasins, aux hôtels, aux gares, aux écoles, aux usines,… mais également à l’architecture résidentielle. C’est pourquoi l’éclectisme est la tendance architecturale dominante dans la première couronne de Bruxelles (les faubourgs de Bruxelles). Dans l’architecture publique, ce mélange n’est pas arbitraire : chaque style est choisi pour transmettre une idée. Par exemple, le néogothique peut évoquer l’histoire médiévale de la ville ou la spiritualité d’un édifice religieux ; le néoclassicisme suggère l’ordre et l’autorité pour un palais de justice ou un bâtiment administratif ; la Renaissance symbolise le prestige civique ou culturel. L’architecture devient ainsi un langage visuel, conçu pour représenter les valeurs d’une institution. Dans l’architecture résidentielle, l’éclectisme est l’apanage de la bourgeoisie et se reconnaît par une façade variée et dynamique où les architectes jouent avec les formes, les matériaux et les couleurs. Brique, pierre, fer forgé, céramique ou sgraffites s’y mêlent pour créer un décor riche et personnalisé. Chaque détail — balcon, corniche, linteau sculpté, lucarne, logette, porte d’entrée — devient une occasion d’exprimer le goût du propriétaire, d’afficher son statut ou ses aspirations culturelles. Ce style s’inscrit dans une période où Bruxelles valorise la modernité tout en célébrant son histoire. L’éclectisme traduit donc un compromis : une architecture contemporaine inspirée du passé, adaptée à la vie bourgeoise, urbaine et moderne. Derrière la façade, les intérieurs sont pensés pour le confort : distribution plus pratique, escalier décoratif, pièces spécialisées (salon, fumoir, salle à manger), et parfois innovations techniques (chauffage amélioré, eau, gaz). La période de l’éclectisme met en place le modèle type de la maison bourgeoise : une façade de composition symétrique (trois travées égales sur trois niveaux) ou asymétrique (deux travées – une étroite et une large – sur trois niveaux) ; un plan reprenant un couloir menant à l’escalier en travée d’entrée et deux ou trois pièces en enfilade, correspondant à la largeur (de la ou) des autres travées. La façade se développe également en trois dimensions par l’ajout de balcons, de logettes ou de bow-windows. Durant la seconde moitié du XIXe siècle et le début du XXe siècle, le développement urbanistique est tel qu’il n’est pas rare de voir des pans de rue entiers sortir de terre en quelques années. Il en résulte des ensembles urbanistiques particulièrement homogènes et cohérents : les enfilades. Cette cohérence est parfois due au travail d’un architecte dans le cadre d’une petite promotion immobilière. Mais le plus souvent, les maisons sont réalisées par des architectes différents, pour des propriétaires différents : elles sont alors toutes différentes mais forment des enfilades homogènes de bâtiments de même style, mêmes matériaux et/ou de même gabarit. Les éléments représentatifs de l’architecture résidentielle de style éclectique sont : le gabarit (composition asymétrique ou symétrique), la polychromie des matériaux (pierre bleue, pierre blanche, briques de couleurs variées, enduits), l’usage d’éléments en ferronnerie, d’éléments en surplomb (balcons, logettes, bow-windows), de lucarnes et les enfilades urbanistiques. Ces façades sont souvent accentuées d’éléments d’inspirations diverses : néoclassique (enduit, sobriété), néogothique (baies en ogive ou trilobées, croisées en pierre), néo-Renaissance flamande (lucarne-pignon à gradins, ancres), Art nouveau (sgraffites, carreaux de céramique, éléments reprenant la courbe « coup de fouet », vitraux floraux), pittoresque (toiture à croupe ou croupette, tourelle, éléments en bois ou faux bois : garde-corps, colombages, fermes apparentes), etc. Il est communément admis que la période de l’éclectisme s’achève avec la Première Guerre mondiale, néanmoins le modèle type de la maison bourgeoise perdure bien après la guerre. Les communes et quartiers urbanisés plus tardivement, durant l’entre-deux-guerres, sur base de plans d’aménagement tracés au XIXe siècle, reproduisent le modèle de l’éclectisme : des enfilades de maisons de gabarit similaire. Ces maisons sont qualifiées de style éclectique tardif. Elles reprennent toutes les caractéristiques de l’architecture résidentielle éclectique, mais sont le plus souvent accentuées d’éléments d’inspiration Beaux-Arts, Art Déco, Art nouveau, pittoresque ou régionaliste (voir éclectisme tardif)., conçu par l'architecte Janlet en 1871.
Élévation en pierre bleue, de quatre travées1. Division verticale d’une élévation, composée d’une superposition d’ouvertures, réelles ou feintes. 2. En plan, la travée est l'espace compris entre deux rangées de supports disposées perpendiculairement à la façade. et de quatre niveaux le dernier en attiqueUn élément est dit en attique lorsqu’il est situé au-dessus de l’entablement., sous double registreAlignement horizontal de baies sur un pignon. de mansardesUne toiture est dite mansardée lorsqu'elle présente deux pentes différentes sur le même versant. Le brisis est le pan inférieur de la toiture mansardée. Le pan supérieur se nomme le terrasson., résultant de l'intégration du bâtiment dans le complexe Wiltcher's. R.d.ch. à bossagesBossage. Saillie de la face d’un bloc de pierre par rapport au nu de la maçonnerie. Un bossage est dit un sur deux lorsqu’un parement présente une alternance d’assises de blocs en bossages et de blocs dont le parement reste au nu de la maçonnerie. Un bossage est dit rustique lorsque son parement est d’une taille grossière. Il est dit continu lorsqu'il se prolonge sur une assise entière., percé de baiesOuverture, d'ordinaire une porte ou une fenêtre, ménagée dans un pan de mur, ainsi que son encadrement. à arcStructure appareillée de couvrement, cintrée selon un profil donné. surbaisséUn élément est dit surbaissé lorsqu’il est cintré en arc de cercle inférieur au demi-cercle., abaissées en vitrine lors de la rénovation récente. Étages scandés de pilastresÉlément vertical plat en ressaut qui évoque un support (un pilier engagé). Il peut être muni d’une base et d’un chapiteau. et devancés dans l'axe de balcons continusUn élément est dit continu s’il règne sur toute la largeur de l’élévation ou sur plusieurs travées., de taille dégressive, à garde-corpsOuvrage de clôture qui ferme un balcon, une terrasse, une porte-fenêtre, une gaine d'ascenseur... en fer forgéFer façonné à chaud sur l’enclume, utilisé pour réaliser des éléments architecturaux comme des garde-corps, des ancres, des grilles, des épis de faîtage.. HuisserieMenuiseries qui s’ouvrent et se ferment, c’est-à-dire les portes et les fenêtres. Par extension, le terme désigne également les fenêtres à châssis dormants. remplacée.
Avenue Louise 79a (photo 2005).

Au n°81. Hôtel Lunden (voir ce n°).

Au no 83-83a, bâtiment à usage de parking, commerce et bureau, de style post-modernePériode : ca. 1975 – 2000. Le postmodernisme s’oppose à la sobriété moderniste et fonctionnaliste et réhabilite l’ornement comme vecteur de sens. Il cherche à donner à l’architecture fonctionnelle abstraite un visage et un caractère humains, une certaine familiarité, parfois grâce à une référence architecturale historique. Les éléments formels issus du passé (classicisme, Art Déco, Sécession viennoise etc.) sont réinterprétés de manière contemporaine, souvent avec une touche d’ironie ou d’humour (par exemple par l’exagération) : frontons, arcs, colonnes, pilastres, tourelles,… Pour l’architecture de prestige, les matériaux naturels comme la pierre et le marbre sont réintroduits et combinés au verre (miroir) et à l’acier inoxydable. Dans les cas de projets à moindre budget, les matériaux employés sont moins luxueux (blocs de béton, métal coloré). À Bruxelles, on retrouve le postmodernisme tant dans l’architecture d’entreprise (flagship), que dans des bâtiments publics (écoles, crèches, administration) ou des centres commerciaux, …, marquant visuellement côté avenue Louise la fin du Stéphanie Area et reprenant la même grammaire stylistique que la place Wiltcher's avec allègePartie de mur située sous l’appui de fenêtre. La table d’allège est une table située sous l’appui de fenêtre. à motif de palmetteOrnement symétrique dont la forme est proche de celle d’une palme. La palmette est parfois composée de feuilles d’acanthe..
Avenue Louise 83 (photo 2005).

Sources

Archives
AVB/TP 14563 (1871), 14556 (1872-1873), 487 (1872-1875), 14561 (1876), 14551 (1882), 14552 (1884), 1823 (1911-1912), 32490 (1925), 88225 (1982), 89852, 91940 (1984), 94026 (1985), 92678 (1987), 91789, 96562 (1988).
AVB/NPP W2 (1864-1866).
Archives de la Direction des Monuments et des Sites.

Ouvrages
Aron, J., Burniat, P., Puttemans, P., Guide d'Architecture Moderne, Bruxelles et environs, 1890-1990, Hatier, Bruxelles, 1990, p. 118.
Bruxelles, Monuments et Sites classés, Région de Bruxelles-Capitale, Service des Monuments et Sites, Bruxelles, 1994, p. 158.
Declercq, P., De Wit, A., Van Loock, J., Émile Janlet (1839-1918). Monografie over een negentiende-eeuwse architekt, verhandeling tot het verkrijgen van de graad van architekt, Sint-Lukas, Bruxelles, 1984, p. 128.
Duquenne, X., L'avenue Louise à Bruxelles, Xavier Duquenne éd., Bruxelles, 2007.
Loze, P., Scullica, F., Atelier d'architecture de Genval. Designing the city, L'Arcaedizioni, Milan, 2003, pp. 50-59.
Rehme, W., Die architektur der neuen freien schule, Baumgartner's Bauchhandlung, Leipzig,  [1900, 1901, 1902], t. II,  pp. 28-34.

Périodiques
L'Émulation, 1890, pl. 45-46.
« Hôtel avenue Louise, 61, à Bruxelles, 1886, architecte Mr. Wynand Janssens », L'Émulation, 11, 1892, col. 171-172, pl. 1-5.
L'Émulation, 1910, pl. VI.
« Conrad, Hôtel de « Luxe », Neuf/Nieuw, 162, 1993, pp. 56-60.

Presse
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J. R., « Wiltchersprojekt eist ruimte op. Slopershamer bedreigt het Saintenoyhuis in Brussel », in Het Nieuwsblad, 7-8.11.1987.
Vautier, D., « L'avenir de la place Stéphanie : un débat », in Pourquoi pas ?, 22.08.1984, pp. 78-79.
Le Soir, 04.06.1975.
Nicaise, L., « La place Stéphanie sera dissymétrique pendant un temps encore indéterminé », in Le Soir, 10.05.1978.
R. G., « Permis de bâtir de la Ville de Bruxelles pour l'angle gauche de la place Stéphanie », in Le Soir, 14.04.1979.
Vantroyen, J. C., « M. Serge Moureaux : on est férocement reparti vers la démolition de Bruxelles ! », in Le Soir, Mai 1982, p. 7.
Errera, M., « Il faut “panser” Bruxelles », in Le Soir, 13.06.1984.
Vantroyen, J. C., « Le point sur l'avenir de la place Stéphanie à la veille de la procédure de concertation », in Le Soir, 01.09.1984.
M. L., « Quelques réflexions à la disposition de X pour la symétrie de la place Stéphanie », in Le Soir, 14-15.08.1984.