Typologie(s)

garage (réparation)
garage (show room)

Intervenant(s)

Alexis DUMONTarchitecte1933

Marcel VAN GOETHEMarchitecte1933

Louis HOEBEKEarchitecte1954

Styles

Modernisme

Inventaire(s)

  • Inventaire de l'architecture industrielle (AAM - 1980-1982)
  • Inventaire du patrimoine d'ingénierie (2011)
  • Le patrimoine monumental de la Belgique. Bruxelles Extension Nord (Apeb - 2016-2018)

Recherches et rédaction

2016

id

Urban : 38293
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Description

Important complexe industriel et commercial moderniste, conçu en 1933 par les architectes Alexis Dumont et Marcel Van Goethem et modifié à partir de 1954 par l’architecte Louis Hoebeke.

Historique

Le complexe Citroën construit en 1933-1934 place de l’Yser est le fleuronOrnement d'inspiration gothique terminant un pinacle. de la marque française à Bruxelles. Avec ses 16.500 m2, il sera pendant de nombreuses années le plus grand garage automobile d’Europe.

C’est en 1919 qu’André Citroën se lance dans la production d’automobiles. Pour commercialiser ses nouveaux modèles, la marque construit de grands showrooms multifonctionnels à la mode américaine, incluant des bureaux, des ateliers de réparation, une station-service, ainsi que divers services pour faire patienter la clientèle – kiosque à journaux, salon de coiffure, restaurant, etc. La marque a son propre département d’architecture chargé de concevoir ses showrooms, en France d’abord, puis à l’étranger. À sa tête, l’architecte Maurice-Jacques Ravazé.

La Société belge des automobiles Citroën est établie à Bruxelles depuis 1924. En 1933, il est urgent de réunir les différentes fonctions disséminées dans la capitale en un point central destiné à devenir le porte-étendard de la marque en Belgique. Ravazé fait alors appel aux architectes Dumont et Van Goethem, qui dessinent un complexe moderniste alliant verre, acier et béton et prévoient un ingénieux concept d’éclairage de nuit pour le showroom. La parcelle choisie étant déjà partiellement occupée par des bâtiments que les propriétaires refusent de vendre, les architectes modifient leur plan en contournant ceux-ci. À l’angle du square Sainctelette et de la place de l’Yser, ils implantent le showroom, vaste nef sans étage, avec bureaux, kiosque à journaux, bar et salle d’attente. Sur la droite de celui-ci se greffe un petit corps plus bas, destiné à l’exposition des derniers modèles au rez-de-chaussée et abritant des bureaux à l’étage. Délimités par les quais des Péniches, de la Voirie et de Willebroeck, les deux tiers nord de l’îlot accueillent les vastes ateliers sans étage, avec salle de réunion et espace sanitaire. Au no1 du quai de Willebroeck, une mince parcelle résiduelle est dévolue à un immeuble abritant bureau, restaurant et logement du concierge. La circulation dans les ateliers est rigoureusement organisée: les clients y accèdent via le quai de Willebroeck, les 220 travailleurs via le quai des Péniches, tandis qu’une troisième entrée au quai de la Voirie est réservée aux fournisseurs de pièces de rechange.

Les entreprises Blaton-Aubert se chargent de la construction du showroom, tandis que les ateliers sont réalisés par la Société anonyme des anciens établissements Paul Wurth et, pour la structure en acier des façades, par la Société métallurgique d’Enghien-Saint-Éloi. Le chantier débute le 20.10.1933 et se termine au printemps 1934.

Occupé par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale, bombardé, le bâtiment servit ensuite de garage pour les chars des Alliés. Le complexe rouvre ses portes en 1947, après d’importants travaux de rénovation.

En 1954, en prévision de l’Expo 58, l’architecte Louis Hoebeke aménage une station-service au rez-de-chaussée du showroom, qu’il surmonte d’un plateau d’exposition en béton. Vers 1958, quatre plateaux sont ajoutés, sur une structure de poteaux métalliques indépendante de celle du bâtiment. Dans le même temps, le petit corps attenant au showroom est remplacé par un volume de même hauteur que ce dernier, servant d’accès carrossable aux nouveaux étages. Un dernier plateau est ajouté en 1959. En 1960, un plateau est aménagé dans les ateliers, dont la surface sera complétée en 1977. En 1960 toujours, le petit immeuble au no1 quai de Willebroeck est surhaussé à l’arrière pour l’agrandissement du restaurant. Autour de 1980, l’ensemble des façades est uniformisé par une mise en couleur blanche.

En 2015, le complexe a été acquis par la Région de Bruxelles-Capitale en vue d’une reconversion en musée d’art contemporain et en logements, dans le cadre d’une redynamisation de la zone du canal. L’ouverture est prévue en 2018 ou 2019.

Description

Showroom

Haut d’environ 25 mètres sous une bâtièreToit à deux versants. aplatie, long bâtiment de plan rectangulaire terminé en hémicycle et épaulé côté place de l’Yser par une annexe assortie de même hauteur, espace de rotation pour les rampes en encorbellementUne partie d'élévation est dite en encorbellement lorsqu'elle s’avance en surplomb. de la façade arrière du showroom.
Structure originelle en acier en grande partie conservée. Façade du showroom proprement dit d’encore 15 travées1. Division verticale d’une élévation, composée d’une superposition d’ouvertures, réelles ou feintes. 2. En plan, la travée est l'espace compris entre deux rangées de supports disposées perpendiculairement à la façade., composée de colonnes enrobées de tôles profilées en amande, que lient huit entretoises; vitres et leurs quatre montants remplacés. À l’extrême gauche, dans un pan de maçonnerie enduite, quatre étroites fenêtres éclairant une petite cage d’escalier à laquelle répond un ascenseur dans l’angle opposé. Entrées actuelles aux troisième et quatorzième travées1. Division verticale d’une élévation, composée d’une superposition d’ouvertures, réelles ou feintes. 2. En plan, la travée est l'espace compris entre deux rangées de supports disposées perpendiculairement à la façade.. Au sommet, porteuse de l’enseigne Citroën, haute friseBande horizontale, décorée ou non, située au milieu de l’entablement. Par extension, suite d’ornements en bande horizontale. en surplombSaillie portant une partie haute en avant d’une partie basse., en colombage de métal et de briques enduitL'enduit est un revêtement de plâtre, de mortier, de stuc, de ciment, de lait de chaux, de simili-pierre, etc., aujourd’hui couvert de panneaux, sous une corniche plate à large saillie.
Façade de l’annexe, à retour aveugleUn élément est dit aveugle lorsqu’il est dénué d’ouverture. Une baie aveugle est un élément construit sans ouverture, imitant une porte ou une fenêtre. contre le mur de l’immeuble voisin, présentant au-dessus d’une entrée carrossable sous imposteUn élément dit en imposte se situe à hauteur du sommet des piédroits. Imposte de menuiserie ou jour d’imposte. Ouverture dans la partie supérieure du dormant d’une menuiserie., une verrière, également rénovée, à quadrillage métallique de quatre travées1. Division verticale d’une élévation, composée d’une superposition d’ouvertures, réelles ou feintes. 2. En plan, la travée est l'espace compris entre deux rangées de supports disposées perpendiculairement à la façade. sur six niveaux, sous un prolongement de la friseBande horizontale, décorée ou non, située au milieu de l’entablement. Par extension, suite d’ornements en bande horizontale. du showroom. Façades arrière et rampes en encorbellementUne partie d'élévation est dite en encorbellement lorsqu'elle s’avance en surplomb., en colombage de métal et de briques.

À l’intérieur, au-dessus du rez-de-chaussée, empilement de six plateaux d’exposition et de stockage, à structure portante indépendante des façades, le premier (1954) sur piliersSupport vertical de plan carré. de béton, les suivants à sol de béton sur poutrelles et poteaux métalliques à consolePièce de pierre, de bois ou de métal partiellement engagée dans un mur et portant un élément en surplomb. La console se distingue du corbeau par ses dimensions plus grandes et par le fait qu’elle s’inscrit grosso modo dans un triangle rectangle. La console désigne également des éléments non porteurs, mais apparentés d’un point de vue formel à une console., ceux-ci adossés aux colonnes primitives. Dernier niveau (1959) aménagé dans le combleEspace intérieur de la toiture. au détriment de la voûte primitive, sous la charpente métallique à onze fermes et quatre demi-fermes PolonceauCharpente Polonceau. Charpente de halle rectangulaire dont les éléments en traction (entraits) sont des tirants en fer ou en acier, tandis que les éléments en compression (arbalétriers, poinçons) sont en fonte ou en bois. Brevet de l'ingénieur français Polonceau de 1836., à présent dégagée.
Deux premiers plateaux accessibles par des rampes depuis les ateliers, les suivants par les rampes suspendues précitées. Au flanc droit de l’annexe, escalier de service métallique. Rez-de-chaussée et premier plateau mis en communication par une trémie centrale à escalier et ascenseur.

Ateliers

Encastrée dans le bâti préexistant, vaste construction à structure entièrement métallique et rivetée, dont le couloir d’environ 180 mètres, entre le showroom et l’entrée au quai de la Voirie, dessert deux séries de vaisseaux communicants, ceux de l’est au nombre six, ceux de l’ouest, au nombre de neuf, plus longs sauf celui qui bute contre la cage de scène du Kaaitheater.
Ensemble couvert de toits de tuiles en bâtièreToit à deux versants. à lanterneaux continus, portés par des fermes PolonceauCharpente Polonceau. Charpente de halle rectangulaire dont les éléments en traction (entraits) sont des tirants en fer ou en acier, tandis que les éléments en compression (arbalétriers, poinçons) sont en fonte ou en bois. Brevet de l'ingénieur français Polonceau de 1836. reliées par des pannes en treillis et posant sur des portiques rectangulaires, eux-aussi en treillis.
Jonction entre la charpente du couloir et celles, perpendiculaires, des vaisseaux, fermée par des pans de fer et briques.
Premier vaisseau côté quai de Willebroeck réservé au hall d’accueil des clients et, à l’opposé, côté canal, à l’entrée des travailleurs.
Petit vaisseau précité jadis imparti à la chaufferie, dont il reste notamment la haute cheminée de briques.
Plateforme de 1960 à dalle de béton sur quadrillage métallique ménageant des trémies pour l’éclairement du rez-de-chaussée. Accès assuré par deux rampes, dont une dans le couloir. Divers locaux entre cloisons légères, certains techniques, d’autres pour le personnel ou à usage de bureaux, fréquemment redistribués au cours du temps.
Sur les trois côtés du complexe, élévation à deux registresAlignement horizontal de baies sur un pignon. de verrières entre un soubassementPartie massive d’un bâtiment construite au sol et constituant l’assise du bâtiment. À Bruxelles, le soubassement est d’ordinaire en pierre bleue. en béton enduitL'enduit est un revêtement de plâtre, de mortier, de stuc, de ciment, de lait de chaux, de simili-pierre, etc. (à plaquis de pierre bleue aux entrées) et une haute friseBande horizontale, décorée ou non, située au milieu de l’entablement. Par extension, suite d’ornements en bande horizontale. actuellement recouverte de panneaux métalliques ondulés. Premier registreAlignement horizontal de baies sur un pignon. peu élevé, scandé par les enveloppes de tôle semi-circulaires des poteaux métalliques, porteurs d’une entretoise continue. Plan uniforme du second registreAlignement horizontal de baies sur un pignon. porté en légère avancée par ladite entretoise. Angles du bâtiment et du renfoncement des trois entrées, coupés au premier registreAlignement horizontal de baies sur un pignon., arrondis au second. ChâssisPartie en menuiserie d'une fenêtre. métalliques à battants conservés, à quadrillage de rectangles couchés en bas, de carrés en haut.
Entrées tripartites: porte pour les véhicules flanquée de deux entrées piétonnes, toutes à vantauxLe mot vantail désigne le battant d’une porte ou d’une fenêtre. métalliques vitrés. Les deux entrées principales s’insèrent dans une haute structure à impostesUn élément dit en imposte se situe à hauteur du sommet des piédroits. Imposte de menuiserie ou jour d’imposte. Ouverture dans la partie supérieure du dormant d’une menuiserie., en H; entrée carrossable à vantauxLe mot vantail désigne le battant d’une porte ou d’une fenêtre. coulissants.

Anciens restaurant des employés et logis du concierge (quai de Willebroeck no 1)

Étroit bâtiment à trois niveaux sous bâtièreToit à deux versants., les deux premiers jadis réservés à un bureau et à la cantine, le rez-de-chaussée étendu jusqu’aux ateliers. Logis du concierge au second étage. Façade assortie à l’origine à celle des autres du complexe. Premier niveau en retrait, à ébrasement convexe enduitL'enduit est un revêtement de plâtre, de mortier, de stuc, de ciment, de lait de chaux, de simili-pierre, etc., sur soubassementPartie massive d’un bâtiment construite au sol et constituant l’assise du bâtiment. À Bruxelles, le soubassement est d’ordinaire en pierre bleue. en pierre bleue et béton lavé. Porte et fenêtre jumelées, à châssisPartie en menuiserie d'une fenêtre. métallique, celui de la porte remplacé. ImposteUn élément dit en imposte se situe à hauteur du sommet des piédroits. Imposte de menuiserie ou jour d’imposte. Ouverture dans la partie supérieure du dormant d’une menuiserie. continue du rez-de-chaussée aujourd’hui masquée par une vitre en saillie. Étages à verrière unique quadrillée comme celle du second registreAlignement horizontal de baies sur un pignon. des ateliers. FriseBande horizontale, décorée ou non, située au milieu de l’entablement. Par extension, suite d’ornements en bande horizontale. supérieure masquée par des panneaux vitrés.

Sources

Archives
AVB/TP 49398 (1933), 50353 (1933), 62837 (1954), 63021 (1955), 64171 (1956), 68152 (1960), 73347-73348 (1960), 81911 (1969), 86464 (1977).

Ouvrages
CULOT, M. [dir.], Bruxelles Hors Pentagone. Inventaire visuel de l'architecture industrielle à Bruxelles, AAM, Bruxelles, 1980, fiche 55.
HUBERTY, C., VALENTE SOARES, P., Les canaux bruxellois, coll. Bruxelles, Ville d’Art et d’Histoire, 25, Région de Bruxelles-Capitale, 1998, pp. 33-34.
NIJS, J., STROOBANTS, Th., «Le garage Citroën à Bruxelles. Un patrimoine industriel moderne», Bruxelles Patrimoines, 15-16, Direction des Monuments et des Sites de la Région de Bruxelles-Capitale, septembre 2015, pp. 78-91.

Périodiques
«Un événement industriel. La plus grande station-service d’Europe s’élève place de l’Yser à Bruxelles», Bâtir, 14, 15 janvier 1934, p. 544.
«A la place de l’Yser, la grande station-service s’achève», Bâtir, 17, 15 avril 1934, p. 659.
Bâtir, 36, novembre 1935, p. 468.
«Les nouveaux bâtiments de la Société Citroën à Bruxelles», L’Ossature métallique, 4e année, 2, février 1935, pp. 55-65.
VIAENE, P., «Het garagegebouw Citroen te Brussel», Monumenten en Landschappen, 13/4, juillet-août 1994, pp. 30-42.

Sites internet
www.kanal.brussels.


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