Typologie(s)

Tir national
poste d'émission
immeuble de bureaux

Intervenant(s)

Roger BASTINarchitecte1962-1981

Stanislas JASINSKIarchitecte1962-1981

Paul RAMONarchitecte1962-1981

Robert SCHUITENarchitecte1962-1981

Paul FELIXarchitecte1962-1981

M. JAMINONarchitecte1962-1981

J. LEDOUXarchitecte1962-1981

W. MARCHALarchitecte1962-1981

PEETERSarchitecte1962-1981

A. PREYSarchitecte1962-1981

SYMONSarchitecte1888-1889

Eric LEMESREdécorateur1962

Michel OLYFFgraphiste1962

Styles

Modernisme

Inventaire(s)

  • Inventaire du patrimoine contemporain (Urbat - 1994)
  • Le patrimoine monumental de la Belgique. Schaerbeek (Apeb - 2010-2015)

Ce bien présente l’(es) intérêt(s) suivant(s)

  • Artistique
  • Esthétique
  • Historique
  • Technique
  • Urbanistique

Recherches et rédaction

2010-2012

id

Urban : 20694
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Description

 

Ensemble de bâtiments à vocation audiovisuelle, implantés sur un terrain d'environ 21hectares autrefois occupé par le Tir national, compris entre le boulevard Auguste Reyers, la place des Carabiniers, la rue Henri Evenepoel, l'avenue Jacques Georgin et la rue Colonel Bourg. La cité est conçue par un groupe d'architectes réunis pour la circonstance: Roger Bastin, Paul Felix, M. Jaminon, Stanislas Jasinski, J. Ledoux, W. Marchal, Peeters, A. Preys, Paul Ramon et Robert Schuiten. Sa réalisation s'échelonne en diverses phases, de 1962 à 1981.

Le Tir national
Démoli le 29.04.1963, le Tir national servait aux entraînements des unités militaires en garnison à Bruxelles et des particuliers. Situé sur un terrain de 18 hectares appartenant à la Défense nationale, il avait remplacé en 1888-1889 celui, primitif, de la place Dailly, démoli pour des raisons de sécurité et remplacé par la caserne Prince Baudouin (voir no4-4a-5-5a-6).

Boulevard Auguste Reyers 52, Tir national, AVB/CP.

Le complexe était constitué par un édifice oblong séparé du boulevard par une vaste plaine de 5hectares, baptisée place du Comité national; à l'arrière s'étendaient les terrains de tir. Conçu en style néo-médiéval, en briques et pierre blanche, le bâtiment était doté d'un imposant pavillonLe toit en pavillon est un toit à quatre versants droits couvrant un corps de bâtiment de plan sensiblement carré. La lucarne en pavillon est une lucarne dont le toit est en pavillon. central à tourellesPetite tour engagée dans un bâtiment, généralement sur un de ses angles.. Son plan était partiellement dû à l'architecte Symons, capitaine du premier régiment. Les locaux de tir, répartis sur deux niveaux, permettaient des lignes de feu superposées. Des stands spécifiques accueillaient les entraînements au fusil, au revolver et à la carabine (1905), mais aussi des feux de salve. Au nord-est du site, un terrain arboré et vallonné permettait de s'exercer à la chasse sur des oiseaux artificiels. Une partie de ces aménagements (buttes de tir, arbres, chemins, vallonnements) est toujours perceptible à l'arrière du complexe de la RTBF-VRT.

Durant la Première Guerre mondiale, le bâtiment fut réquisitionné par les forces allemandes, qui y fusillèrent 35personnes, dont Philippe Baucq, Édith Cavell et Gabrielle Petit. Durant la Seconde Guerre, les nazis y assassinèrent 261personnes. Un petit cimetière, l'Enclos des Fusillés, inclus dans le site actuel et accessible via la rue Colonel Bourg, à hauteur du no102, en accueille les tombes (voir Enclos des Fusillés). Un monument en mémoire des victimes civiles de la guerre sculpté par Amédée Hamoir fut implanté devant l'entrée du bâtiment en 1929. Démantelé en 1940, il fut remplacé par un autre en 1956 (sculpteur Georges Vandevoorde et architecte Henri Jacobs fils), aujourd'hui situé à l'angle de la place des Carabiniers.

Boulevard Auguste Reyers, à l’angle de la place des Carabiniers, monument en mémoire des victimes civiles de la guerre, sculpteur Georges Vandevoorde, 1956 (photo 2011).

La Cité de la Radio et de la Télévision belges
Une petite trentaine d'années après sa conception en 1933, le bâtiment de l'Institut national de la Radio (INR-NIR) situé place Flagey à Ixelles se révèle obsolète: il ne répond plus aux besoins de la radio et encore moins à ceux de la télévision naissante. On envisage alors un nouvel ensemble fonctionnel, qui réunirait les radios et télévisions publiques francophones et flamandes. Le complexe accueillerait un grand nombre d'activités, depuis l'élaboration des programmes jusqu'à la fabrication des décors, en passant notamment par le montage des films et l'archivage des émissions. Il comprendrait de vastes plateaux de travail, reliés par des voies carrossables, ainsi que des locaux annexes (loges, salles de répétition, bureaux administratifs, etc.).

Pour ce faire, le terrain du Tir national est acquis le 17.05.1962, en vertu de l'arrêté royal du 03.11.1960. Ses installations sont dynamitées en avril 1963. Le terrain, irrégulier, est rectifié par l'achat de quelques parcelles. Menée à partir de 1962 par un groupe de dix architectes issus des trois régions du pays, l'élaboration de la Cité fait l'objet de plusieurs pré-projets. La décoration intérieure est confiée à Éric Lemesre, le graphisme et la signalisation à Michel Olyff; ces éléments ont aujourd'hui en grande partie disparu. Divisé en deux parties égales, l'une pour la RTB et l'autre pour la VRT, le complexe bénéficie à l'origine d'une gestion commune. Une véritable scission des bâtiments et de leur gestion intervient en vertu de l'arrêté royal du 04.11.1977. Certaines parties restent toutefois communes.

Boulevard Auguste Reyers 52. RTBF/VRT, galerie centrale de circulation (A) (photo 2011).

Afin d'étaler les coûts et de permettre la mise en œuvre des dernières innovations techniques, on prévoit dès le départ de construire l'ensemble en différentes phases. L'édification débute en 1964 par les bâtiments destinés à la télévision, pour s'achever en 1981 avec l'érection de la tour de télécommunications. Une cinquième phase de construction ne fut jamais entamée; il s'agissait de studios musicaux, qui auraient dû signaler de manière forte la Cité à front du boulevard. La bande de terrain sur laquelle ils devaient s'implanter fut revendue à la Compagnie immobilière de Belgique, qui y fit ériger deux complexes de bureaux en 1996.

Plan
Le site est divisé en deux entités quasi identiques, suivant un axe est-ouest: celle de la VRT au nord, celle de la RTBF au sud. Cet axe est matérialisé par une galerie piétonne (A) qui relie, via une passerelle, les parties avant et arrière du complexe.

La partie avant, édifiée entre 1966 et 1977, est constituée de deux longs corps peu profonds parallèles au boulevard, reliés par quatre ailes perpendiculaires séparées par des patios. Accueillant les régies et les studios de radio, le premier corps (B/C) et les ailes (F, G, H, J) comptent quatre niveaux; le second corps (M/L), qui abrite les services de l'information de la radio et de la télévision, en compte douze.

Boulevard Auguste Reyers 52, RTBF/VRT, bâtiments B/C et partie supérieure du bâtiment L/M (photo 2011).

La partie arrière présente un corps (N/P) de cinq niveaux, parallèle aux deux premiers et également long et étroit, qui abrite les bureaux administratifs. Ce corps distribue à l'arrière cinq ailes perpendiculaires. La première (Q), au nord, est réservée aux services techniques généraux de tout le complexe. Implantées symétriquement, les quatre autres abritent les studios de télévision (S, U) et les ateliers de décors (R, V). Le corps N/P et les ailes Q, S et U sont édifiés de 1964 à 1967; les ailes R et V le sont entre 1966 et 1976, seule la moitié ouest de la seconde est bâtie. L'aile S est agrandie à deux reprises (architecte J.-.J. Malfait en 1989 et bureau Archi+I en 2004-2007).

Supportant récepteurs et émetteurs, la tour de télécommunications (T) est implantée à l'avant du complexe, sur la gauche. Prévue dès 1963, elle fait l'objet de cinq projets successifs, le dernier de 1977, réalisé quatre ans plus tard.

Boulevard Auguste Reyers 52, RTBF/VRT, tour (photo 2011).

Accessible via la place des Carabiniers au nord et la rue Colonel Bourg au sud, le complexe est traversé par des voies carrossables et doté de vastes aires de parking. Vers la rue Evenepoel est implanté un garage à charpente en lamellé-collé de 1966 (W). Juste derrière le complexe se trouve l'Enclos des fusillés (X). À l'arrière du site, le terrain de l'ancien Tir national est globalement conservé. Des terrains de tennis et une salle omnisports (Y), également à charpente en lamellé-collé, y ont été implantés, ainsi qu'une crèche (Z), portant le no102 rue Colonel Bourg (architecte A. Casse, 1975).

Description
Bâtiments sous toitures plates, la plupart à modules carrés pyramidaux en béton, assurant l'isolation acoustique.
À l'intérieur, couloirs à murs de briques peintes et portes de bois clair. Halls dallés de schiste à l'origine. Escaliers en granitoMatériau composé de mortier et de pierres colorées concassées présentant, après polissage, l’aspect d’un granit. préfabriqué, à rampe de wengé. Mobilier originel par Knoll internationalLe style international prône la suprématie de la fonction sur la forme. Il se caractérise par l’emploi de volumes géométriques élémentaires, de la toiture plate, du mur-rideau et des matériaux modernes comme le béton armé. Le terme style international est plutôt utilisé pour caractériser le modernisme d'après-guerre., en grande partie remplacé.

A. Galerie centrale de circulation, bordée sur toute sa longueur de patios dessinés par le paysagiste René Pechère et garnis de sculptures commanditées en 1967: Groei par Van den Brande (marbre de carrare), Sculpture pour chambre bleue par R. Spilliaert (bronze non poli), La rose et l'épine par A. Willequet (bronze), ainsi qu'une statue de F. Roulin (bronze non poli). À l'intérieur de la galerie, compositions en céramique par Van Hoeydonck, commandées en 1972. Dans le hall d'entrée, toiles de G. Collignon. Dans l'une des cages d'escalierEspace à l'intérieur duquel se développe un escalier., Chimigramme par Pierre Cordier.

Boulevard Auguste Reyers 52, RTBF/VRT, galerie centrale de circulation (A), composition en céramique par Van Hoeydonck (photo 2011).

B/C, N/P, M/L. Corps principaux, dotés de façades plastiques. Similaires, celles des corps B/C et N/P sont en béton lisse et répètent un même module percé de trois fenêtres à châssisPartie en menuiserie d'une fenêtre. affleurant et délimités par des sortes d'arceaux rectangulaires préfabriqués, en béton blanc. Au corps N/P, ces arceaux sont reliés par des panneaux de polyester gris servant de pare-soleil; ceux du corps B/C n'ont jamais été réalisés. Les façades du corps M/L sont constituées de modules de fenêtre saillants en polyester. À chaque niveau, les poutrelles en béton des plateaux font saillie, recouvertes d'un cabochon de même matériau. Haute balustradeGarde-corps composé de balustres, c’est-à-dire de petits supports en répétition, généralement profilés et de section circulaire. d'attiqueUn élément est dit en attique lorsqu’il est situé au-dessus de l’entablement. métallique. Contre les faces latérales, avant-corps abritant les cages d'escalierEspace à l'intérieur duquel se développe un escalier.. ChâssisPartie en menuiserie d'une fenêtre. en aluminium; allègesPartie de mur située sous l’appui de fenêtre. La table d’allège est une table située sous l’appui de fenêtre. en Glasal.

F
, G, H, J. Dans les ailes G et H, patios longitudinaux sous verrière, respectivement agrémentés d'une composition en mosaïque de Folon et d'une œuvre de Mara. Entre les ailes H et J, patio extérieur orné de grandes peintures par Paul de Gobert.

S, U. Les ailes de la VRT et de la RTBF abritent chacune plusieurs studios, dont deux de 400 et un de 1000mètres carrés. Sur fondations propres, ils disposent chacun d'une structure indépendante du reste du bâtiment et sont dotés de tout ce qui est nécessaire pour élaborer un programme.

Boulevard Auguste Reyers 52, RTBF/VRT, levage de la superstructure de la tour, s.d, Archives de la RTBF.

T. Tour en béton armé de 89mètres de haut, sur fondation de 9mètres de profondeur. Elle se compose d'un fût de plan carré à pans concaves et d'une superstructure circulaire à assiseRang d’éléments de même hauteur posés de niveau dans une maçonnerie. L’assise désigne également la plate-forme d’un balcon ou d'une logette, portée d’ordinaire par des consoles et sur laquelle repose le garde-corps. en cône inversé portant un dômeToit de plan centré à versant continu ou à pans, galbé en quart de cercle ou d'ovale. tronqué par deux plateaux hérissés d'antennes. La tour est le résultat d'une prouesse technique: le fût a été édifié par coffrage grimpant et la superstructure de 5000tonnes, réalisée au sol, hissée par câblages.

Sources

Archives
ACS/Urb. 18-52.
Archives de la RTBF.
AVB/fonds iconographique, cartes postales.
Maison des Arts de Schaerbeek/fonds local.

Ouvrages
DEROM, Patrick (dir.), Les sculptures de Bruxelles, Patrick Derom Gallery-Pandora, Bruxelles-Anvers, 2000, pp. 201-205.
DEROM, Patrick, Les sculptures de Bruxelles. Inventaire. Inventaris. Catalogue raisonné, Patrick Derom Gallery, Bruxelles, 2002, p. 119.
Fêtes du 75me Anniversaire de l'Indépendance Nationale. Grands Concours de Tir, Bruxelles, 1905.
Informations techniques. RTB-BRT. Technische mededelingen, 1966, 1967, 1968.

Périodiques
«La cité de la radio-télévision belge à Bruxelles», La Technique des Travaux, 342, 1973, pp. 161-176.