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La rue des Palais est une longue artère s'étendant sur les territoires de Schaerbeek et de Bruxelles. Débutant place de la Reine à Schaerbeek, elle croise de nombreuses artères sur son parcours, ainsi que deux places: la place Liedts, en amont de laquelle elle s'évase, et la place Masui, à hauteur de laquelle elle forme un coude, juste avant de croiser l'ancien tracé de la Senne, marquant la frontière avec Laeken. La rue aboutit au square Jules De Trooz, où elle rejoint l'avenue de la Reine. Au-delà du canal, une petite artère sinueuse baptisée rue des Palais Outre-Ponts longe le domaine royal jusqu'au parvis Notre-Dame.

La rue des Palais constitue l'une des articulations du «tracé royal», un itinéraire d'environ sept kilomètres de long qui relie le Palais royal de Bruxelles au château de Laeken. Le projet de ce tracé – qui comprend essentiellement la rue Royale, la rue des Palais et l'avenue de la Reine – est envisagé dès les années 1820, sous le régime hollandais. Validée par un décret du 18.04.1828, la première étape en est le prolongement de la rue Royale sur les territoires de Saint-Josse-ten-Noode et de Schaerbeek, jusqu'à la place de la Reine. Depuis cette dernière, il était initialement prévu de prolonger la rue Royale en une ligne droite jusqu'au canal de Willebroek. À ce projet est toutefois préféré un détournement menant au pont de Laeken.

La rue des Palais est ouverte en vertu de l'arrêté royal du 18.07.1832. Faute de moyens financiers pour effectuer son percement, l'État donne à cet effet une concession au notaire Herman, bourgmestre de Schaerbeek, et à l'ingénieur Jean-Baptiste Vifquin, inspecteur des Ponts et Chaussées. Ceux-ci créent le 20.04.1833 une société anonyme qui devient adjudicataire des travaux le 15.08 de la même année. En contrepartie, la société obtient de pouvoir lever un demi-droit de barrière pendant 90 ans, ainsi que d'établir un péage pour les piétons qui empruntent le pont sur la Senne. Elle reçoit également des subsides de la Ville de Bruxelles et de la Province. Les travaux débutent le 14.09.1833 et l'assiette en est déjà terminée jusqu'au pont de Laeken à la fin de l'année.

Rue des Palais, vue depuis le chemin de fer vers l'église Sainte-Marie (Collection Dexia Banque-ARB-RBC).

En vertu de l'arrêté royal du 27.09.1866, la concession est finalement rachetée par les autorités. La partie supérieure de la rue, jusqu'à la place Liedts, fait alors partie de la grande voirie, dépendant de l'État, tandis que la partie inférieure, jusqu'à la Senne, est cédée à la Commune de Schaerbeek par l'arrêté royal du 28.11.1868. À cette occasion, la rue, en mauvais état, subit des travaux d'amélioration: repavage complet, abattage des arbres, révision de l'éclairage, etc.

En vertu de l'arrêté royal du 28.02.1868, la rue des Palais voit son tracé modifié à hauteur de la place Liedts: l'artère s'évase côté pair en amont de cette dernière, afin de s'aligner sur le tracé de la nouvelle avenue de la Reine. Cette modification entraîne notamment la suppression de la pointe de l'îlot formé avec la rue Verte, occupée par la propriété du peintre Louis Gallait; celle-ci subsiste toutefois jusqu'au milieu des années 1890. Enfin, c'est par l'arrêté royal du 27.11.1876 que l'extrémité de l'îlot formé par la rue des Palais, la place Liedts et l'avenue de la Reine adopte sa forme polygonale.

À hauteur des rues du Pavillon et du Progrès, la rue des Palais croise les voies de chemin de fer en provenance de la gare du Nord. Un passage à niveau y était établi à l'origine. Juste à l'ouest des voies, côté impair, se trouvait un «embarcadère royal», un édicule à usage de gare érigé entre 1840 et 1858. Il est désigné comme «pavillon royal» sur les plans de 1876 et 1881, puis seulement comme «halte» sur celui de 1893. En 1903, le chemin de fer est élargi, ce qui entraîne l'expropriation par l'État des constructions érigées dans la rue de part et d'autre, dont la halte. Le passage à niveau sera supprimé au profit d'une passerelle pour piétons enjambant le chemin de fer, passerelle qui sera remplacée par une autre en 1933. Les voies passent aujourd'hui sur un pont franchissant la rue.

Diversement baptisée à l'origine – rue Royale Neuve, rue Royale vers Laeken, rue Royale des Palais –, la rue des Palais doit son nom aux deux résidences royales qu'elle relie.

La partie supérieure de la rue, entre les places de la Reine et Liedts, se bâtit essentiellement dans les années 1840 et 1850, la partie inférieure au cours des trois décennies suivantes. Il s'agit principalement de maisons bourgeoises et d'hôtels particuliers de style néoclassique.

Rue des Palais, vue depuis la rue de la Poste (Collection Dexia Banque-ARB-RBC).

Parmi eux, le no47, un hôtel particulier d'avant 1858, ré-enduit aux étages, l'ensemble formé par les nos100 et 102, érigés avant 1858 mais vraisemblablement rhabillés vers 1900, le no133, surhaussé, l'enfilade formée par les nos167, 171 (entre 1858 et 1876) et 173, 175 (années 1880) ou encore les nos128 à 132, conçus en 1883 en ensemble avec les nos18 à 21 place Liedts et 1 à 5 avenue de la Reine. À la fin de la rue, signalons, aux nos331 à 337, une enfilade de style éclectique des années 1890 ou 1900 (voir no335). Nombre d'habitations ont été remaniées au cours du temps ou remplacées par des immeubles à appartements, tel le no49 (architecte André Mineur, 1938), ou de bureaux. La rue comptait également plusieurs entreprises, pour la plupart implantées en intérieur d'îlot. Parmi elles, au no153, une lustrerie, réaffectée en 1999 en centre d'entreprises avec construction d'un bâtiment d'habitation à front de rue (architecte Pierre Blondel). Citons, au no314, un ancien dépôt ou garage moderniste, vraisemblablement érigé dans l'immédiat après-guerre et doté d'une intéressante toiture cintrée à fermes et voile de béton.

Rue des Palais 314 (photo 2014).

Autrefois, la rue était émaillée d'une série d'institutions aujourd'hui disparues. Dans l'îlot triangulaire formé avec la place de la Reine et la rue de la Poste, s'étendait l'ancienne École moyenne de demoiselles, ouverte en 1865 dans les bâtiments d'une fonderie de bronze antérieure à 1830 – spécialisée dans les boutons de costumes militaires – et qui, en 1909, laisse la place à une enfilade de maisons cossues (voir nos2 à 12). Du même côté, au croisement de la rue de la Poste, se dressait dès avant 1836 l'Hospice des Sourds et Muets, rebaptisé Pensionnat Saint-Louis et Institut des Sourds-muets et aveugles puis Institut Sainte-Marie, et qui disparaît en 1908 au profit d'une enfilade d'habitations (voir nos30 à 38). Au no95, à l'angle de la rue Brichaut, un bâtiment est acquis par la Commune en 1864 pour servir de maison communale. À sa droite est établie vers 1882 une école professionnelle et ménagère, aujourd'hui disparue. Après l'inauguration du nouvel hôtel communal en 1887 place Colignon, le bâtiment d'angle cède la place, en 1891-1892, à un immeuble néoclassique abritant la Justice de Paix, conçu par l'architecte communal Hyppolite Jaumot. Désaffecté, ce dernier est à son tour démoli en 2011-2012, au profit d'un bâtiment abritant un commissariat de police et des logements (Bureau Matador, 2009).

La rue compte encore un édifice religieux, l'ancienne Église des Pères Récollets, aujourd'hui Église Saint-Nicolas de Myre (voir no181-183), à l'angle de la rue Vanderlinden. L'ancien Institut Saint-Luc est quant à lui implanté dans la rue depuis 1887 (voir no70). L'ancien siège de la Régie des Télégraphes et Téléphones (voir no42-46) remplace l'hôtel Somzée, imposante demeure d'un collectionneur d'art. À l'arrière du bâtiment s'ouvre le parc Reine Verte, conçu en 2003-2006 par le bureau d'architecture AR-BR (architecte Philippe Serck) et le paysagiste Érik Dhont suite à un concours lancé par la Commune dans le cadre du contrat de quartier «Brabant». Le parc se développe en intérieur d'îlot jusqu'à la rue Verte (no126), sur un terrain en fort dénivelé. Bordé de hauts murs en agglomérat de gravier, il propose deux parcours, l'un direct via des escaliers, l'autre fait de sentiers sinueux. Côté Palais, s'étend un espace agrémenté d'un plan d'eau et bordé par un pavillon existant de type orangerie, qui a été profondément rénové.
 
Vue du parc Reine Verte depuis le Nord-Est (photo 2014).
Entre 1985 et 1987, une enfilade de onze maisons est détruite en vue de la construction du commissariat de police sis au n° 321 (selon le projet du bureau Architecture & Urbanisme A. & M. Vanden Bossche, 1984). Ce dernier reçoit une façade d’inspiration brutaliste, parée de briques de céramique.

Sources

Archives
ACS/Urb. 49: 204-49; 128, 130, 132: 204-128, 204-134; 153: 204-153.
ACS/TP 204, 226.
ACS/Bulletin communal de Schaerbeek, 1861, pp. 332-333; 1864, pp. 167-169; 1881, pp. 341-343; 1882, p. 22; 1903, pp. 695, 718-719, 741; 1908, pp. 462-463; 1909, p. 637.
ACS/Bulletin communal de Schaerbeek, Rapport sur la situation et l'administration des affaires de la commune pendant l'exercice 1863-1864, pp. 342-347.
ACS/Bulletin communal de Schaerbeek, Rapport sur la situation et l'administration des affaires de la commune pendant l'exercice 1864-1865, pp. 399-401, 405-406.
ACS/Bulletin communal de Schaerbeek, Rapport sur la situation et l'administration des affaires de la commune pendant l'exercice 1865-1866, pp. 42-43.
ACS/Bulletin communal de Schaerbeek, Rapport sur la situation et l'administration des affaires de la commune pendant l'exercice 1866-1867, pp. 259-261.
ACS/Bulletin communal de Schaerbeek, Rapport sur la situation et l'administration des affaires de la commune pendant l'exercice 1868, pp. 57-58.
ACS/Bulletin communal de Schaerbeek, Rapport sur la situation et l'administration des affaires de la commune pendant l'exercice 1869, p. 52.
ACS/Bulletin communal de Schaerbeek, Rapport sur la situation et l'administration des affaires de la commune pendant l'exercice 1870, p. 83.
ACS/Bulletin communal de Schaerbeek, Rapport sur la situation et l'administration des affaires de la commune pendant l'exercice 1888-1889, 1889, p. 32.
ACS/Bulletin communal de Schaerbeek, Rapport sur la situation et l'administration des affaires de la commune pendant l'exercice 1890-1891, 1891, pp. 612-613.
ACS/Bulletin communal de Schaerbeek, Rapport sur la situation et l'administration des affaires de la commune pendant l'exercice 1891-1892, 1892, p. 788.
AVB/TP 26330.

Ouvrages
CULOT, M. [dir.], Schaerbeek. Inventaire visuel de l'architecture industrielle à Bruxelles, AAM, Bruxelles, 1980-1982, fiche 84.
DENHAENE, G., L'expansion de Bruxelles au XIXe siècle. Naissance du Faubourg de Schaerbeek: histoire et images, ASBL PatriS, Bruxelles, 2002, pp. 31-34, 42.
DE SAEGHER, E., BARTHOLEYNS, E., Histoire populaire de Schaerbeek, Henri Mommens imprimeur-éditeur, Schaerbeek, 1887, pp. 83-84, 212.
VAN BEMMEL, E., Histoire de Saint-Josse-ten-Noode et de Schaerbeek, éditeur E. Van Bemmel, Saint-Josse-ten-Noode, 1869, pp. 160, 209.

Périodiques
R., J., «La nouvelle justice de Paix à Schaerbeek», L'Émulation, 1892, 2e année, col. 104-105.

Cartes / plans
VANDERMAELEN, Ph., Plan parcellaire de la commune de Schaerbeek avec les mutations jusqu'en 1836.
Atlas des chemins vicinaux de Schaerbeek, début des années 1840.
POPP, P. C., Atlas du Royaume de Belgique, plan parcellaire de la commune de Schaerbeek, vers 1858.
Plan de la commune de Schaerbeek 1876, Institut géographique national.
Bruxelles et ses environs, Institut cartographique militaire, 1881.
Bruxelles et ses environs, Institut cartographique militaire, 1893.
Plan de la commune de Schaerbeek 1899.
Plan cadastral de la commune de Schaerbeek
, 1907-1908.