La rue John Waterloo Wilson relie la chaussée de Louvain à la rue des Éburons. Elle est coupée en son milieu par la rue de Gravelines.

La rue suit l'ancien tracé de la ligne de chemin de fer de ceinture qui traverse le quartier entre la chaussée de Louvain et la rue de la Loi. Contrairement à la majorité des rues du quartier Nord-Est, l'artère n'est pas prévue sur le plan d'aménagement dessiné par l'architecte Gédéon Bordiau en 1875. En effet, à l'origine, la ligne de chemin de fer était destinée à être maintenue à son emplacement, entre la chaussée de Louvain et le square Ambiorix, à partir duquel elle devait être enterrée.


La ligne de chemin de fer en 1881, avant déplacement sous le boulevard Clovis, détail du plan Bruxelles et ses environs,  réalisé par l’Institut cartographique militaire en 1881 (© Bibliothèque royale de Belgique, Bruxelles, Section Cartes et Plans).

Cependant, au début des années 1880, alors que l'aménagement du quartier Nord-Est est en cours, les communes de Saint-Josse-ten-Noode et de Schaerbeek demandent que la ligne de chemin de fer soit déplacée vers l'est (Bulletin communal, 1881, t. II, pp. 379-381). Sur Bruxelles, cette modification de tracé offre la possibilité d'enterrer la ligne sous le boulevard Clovis. Les travaux sont effectués au milieu des années 1880. Sur l'ancien tracé de la voie, terrain cédé par l'État à la Ville en 1888 (AVB/TP 25014), est alors créée la rue Wilson. Son ouverture est arrêtée par le Conseil communal en date du 06.04.1891 (Bulletin communal, 1891, t. I, p. 480).

La rue Wilson en 1894, nouvellement créée sur l’ancien tracé du chemin de fer, déplacé sous le boulevard Clovis, détail du plan Bruxelles et ses environs, réalisé par l’Institut cartographique militaire, AVB/TP 16767.

L'artère reçoit le nom de rue Wilson par arrêté du Collège de la Ville de Bruxelles du 12.05.1891. Cette appellation est modifiée en John Waterloo Wilson en date du 07.02.1919. Elle rend hommage à un mécène britannique qui légua à la Ville, par testament du 14.04.1881, une importante collection de tableaux. Ce legs a permis la création du musée communal de Bruxelles, installé à la Maison du Roi.


Conçues entre 1896 et 1904, la plupart des maisons de l'artère sont de style éclectique. La rue compte en outre une maison d'inspiration Art nouveau, conçue par l'architecte Antoine Aulbur (voir no 42). Aux nos 4 à 8 se dresse un ensemble de maisons conçu par l'architecte Henri Van Massenhove, aujourd'hui fort transformé (voir no 4).

Au début de la rue, les nos 11 et 15-17 ont chacun été dotés d'un atelier arrière (voir ces nos), tout comme le no 10. Conçu en 1901 par l'architecte Gaspard Devalck, ce dernier présente une façade de briques claires, devancée de balcons à dés de pierre sculptée d'inspiration Art nouveau géométrique. Elle est aujourd'hui malheureusement surhaussée et privée de ses châssis d'origine.

Rue John Waterloo Wilson 10, conçu en 1901 par l’architecte Gaspard Devalck (photo 2007).

Les nos 84 et 86 forment, quant à eux, un ensemble de deux maisons analogues, à l'origine identiques aux nos 5 et 7 du boulevard Clovis. Ces quatre maisons sont conçues en 1895 par l'architecte Édouard Elle.

Au carrefour des rues John Waterloo Wilson et de Gravelines, trois des quatre angles sont construits de maisons à rez-de-chaussée commercial, conçues en 1902 par un même auteur, pour un certain Bogaers. Quatre ensembles similaires, édifiés pour ce propriétaire, se retrouvent rue de Gravelines 3 à 9 et rue des Éburons 34-36, rue de Gravelines 62 à 66 et boulevard Clovis 43, rue des Éburons 10 à 18 ainsi que chaussée de Louvain nos 310-314 et rue de Pavie 121.

Rue de Gravelines 23 à 31, à l’angle de la rue John Waterloo Wilson, l’un des ensembles conçus en 1902 par un même auteur pour un certain Bogaers, élévations, AVB/TP 25043 (1902).

Le quatrième angle du carrefour est, lui, occupé par l'une des ailes du Complexe scolaire des Éburons, dont l'entrée principale se situe dans la rue du même nom (voir no 46-50 rue des Éburons). Les bâtiments de l'école occupent la majeure partie du second tronçon, côté impair, de la rue John Waterloo Wilson. Suivent ensuite les façades arrière de maisons construites à front de la rue des Éburons et enfin, sur l'angle, l'élégante maison du maçon-entrepreneur François Sanders (voir rue des Éburons nos 62 à 66).

Au no 16-24, se dresse l'un des bâtiments de la crèche-garderie des services de la Communauté européenne, conçue dès 1988 par le bureau M & C Marijnissen et associés. Bâtie sur un vaste terrain traversant l'îlot, la crèche compte un second bâtiment, plus vaste, à front du boulevard Clovis no 75-79 (voir boulevard Clovis). Le bâtiment de la rue Wilson remplace des maisons de style éclectique, conçues par l'architecte Émile Dewé en 1902, en ensemble avec le no 14 (voir ce no).

Vue de la rue John Waterloo Wilson avec, à l’avant-plan, le cercle Saint-Josse (Collection de Dexia Banque, s.d).

Au no 19, l'architecte Jules Denis conçoit dès 1891, pour le vicaire d'Hane de Steenhuyse, un bâtiment destiné à abriter les locaux d'une société ouvrière, le cercle Saint-Josse.

Rue John Waterloo Wilson 19-21, élévation originelle du cercle Saint-Josse, AVB/TP 25014 (1891).

La construction présente une belle façade d'inspiration Renaissance flamande, de quatre larges travées, les latérales agrémentées d'un pignon. Il abrite notamment une grande salle avec podium, une salle-estaminet ainsi qu'un local de patronage pour enfants. Le terrain du cercle s'étend en une longue bande aboutissant rue du Cardinal, à hauteur de l'actuel no 32.

Rue John Waterloo Wilson 21, élévation de l’annexe du cercle Saint-Josse, AVB/TP 25022 (1902).

En 1902, la société ouvrière fait construire un bâtiment annexe, au no 21, à quatre travées percées de baies sous linteau métallique. Un long volume abritant des locaux scolaires lui est accolé à l'arrière.

Dès avant 1931, l'ensemble porte le nom d'école de Saint-Josse et du Sacré-Cœur. En 1961, l'asbl les Œuvres paroissiales du Doyenné de Bruxelles Centre, propriétaire des lieux, modifie le rez-de-chaussée du no 19, y créant une entrée axiale (architectes Paul et Stéphane Dhaeyer). Le bâtiment sert alors toujours de salle des fêtes et l'arrière du no 21 de classes.

Le no 15-17 (voir ce no), conçu en 1902 pour un fabricant et négociant en fils métalliques, est alors également la propriété de l'asbl. Son entrée cochère mène à un ancien atelier s'étendant sur une parcelle à l'arrière des nos 9 à 13, largement transformé selon une esthétique moderniste, peut-être dans l'entre-deux-guerres, et affecté en école gardienne. Côté rue du Cardinal, les numéros 28 à 34 font eux aussi partie du complexe. Les nos 32 et 34 sont démolis en 1966 et remplacés par un mur de clôture.

En 1967, la même asbl fait construire une aile de quatre classes sur pilotis (architectes Paul et Stéphane Dhaeyer), dans la prolongation du no 19, vers la rue du Cardinal.

Rue John Waterloo Wilson 17 à 21 et rue du Cardinal 28 à 32, plan d’ensemble de l’ancien complexe scolaire et d’œuvres paroissiales, avec, en rouge, l’aile sur pilotis de 1967, AVB/TP 77463 (1967).

Dans les années 1970 et 1980, les nos 19 et 21 sont transformés à plusieurs reprises, pour accueillir respectivement centre de rencontre et école néerlandophones. Tous deux sont baptisés Ten Nude, en référence à l'ancien cercle Saint-Josse : Nude est le nom du hameau médiéval à l'origine du développement du hameau de Saint-Josse-ten-Noode. Les nos 17 à 21 ont été complètement rénovés en 2006-2007. Le no 19 abrite aujourd'hui une salle de sport et de jeu.

Rue du Cardinal 28-32, école du Sacré-Cœur  (photo 2008).

Côté rue du Cardinal, au no 32, une aile conçue en 1991 (architectes Da Vinci sprl et Gildo Gorza) abrite des classes de l'école francophone maternelle et primaire du Sacré-Cœur. L'établissement occupe également le no 28 de la rue ainsi que l'aile sur pilotis de 1967 et celle dépendant anciennement du no 17.
Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaire

Sources

Archives
AVB/TP 25014 (1891) ; 10 : 25031 (1901) ; 16-24 : 25034 (1902), 91953 (1988), 105733 (1993) ; 19, 21 et rue du Cardinal 28-32 : 25014 (1891), 25022 (1898-1902), 36848 (1931), 72641 (1961), 79902 (1966), 77463 (1967), 86268 (1974), 105480 (1981-1992), 93814 (1983), 94512 (1990) ; 35 et rue de Gravelines 32 à 36a : 25028 (1902) ; 44-46 et rue de Gravelines 40, 42 : 25041 (1902) ; rue de Gravelines 23, 25-27 et 29-31 : 25043 (1902) ; 84, 86 et boulevard Clovis 5, 7 : 25384 (1895).
AVB/Bulletin communal de Bruxelles, 1881, t. II, pp. 379-381 ; 1891, D.O., p. 46 ; 1891, t. I, p. 480.
AVB/Répertoire des noms de rue.

Ouvrages
BERNAERTS, A., KERVYN DE MARCKE TEN DRIESSCHE, R., Les noms de rues à Bruxelles, éd. De Visscher, Bruxelles, 1951, p. 11.