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Circulaire et arborée, la place des Bienfaiteurs s'inscrit comme une respiration urbanistique dans l'avenue Rogier, qui la traverse de part en part. Greffées en étoile, cinq artères y débutent: la rue Artan, la Grande rue au Bois, l'avenue Jan Stobbaerts, les rues Frans Binjé et Godefroid Devreese.

Dans la première moitié des années 1860, la future avenue Rogier, alors limitée à la rue des Coteaux, est prolongée jusqu'à la Grande rue au Bois. Dès 1866, l'inspecteur-voyer Victor Besme prévoit à cet embranchement une place ronde. Il faut cependant attendre le plan de voiries du quartier de la Vallée Josaphat, dressé par l'ingénieur communal des Travaux Octave Houssa et approuvé par l'arrêté royal du 10.02.1902 puis définitivement par celui du 21.04.1906, pour que la place soit décrétée.

Sa dénomination honore les bienfaiteurs des pauvres. L'idée de ce nom apparaît en 1895 suite à un legs de 500.000 francs de Joseph Caroly à la Commune pour la construction d'un hospice.

Place des Bienfaiteurs 29 à 25 (photo 2011).

En déclivité, la place est dominée dans sa partie haute par le Monument aux Bienfaiteurs des Pauvres, conçu par le sculpteur Godefroid Devreese et l'architecte Henri Jacobs (voir notice). Le dessin général et le choix des plantations sont l'œuvre du paysagiste Edmond Galoppin, qui y alterna à l'origine zones engazonnées, parterres de fleurs, topiaires d'ifs et arbres. Il profita de la pente naturelle pour créer de nombreux emmarchements et un jeu audacieux de fontaines, le bassin entourant la sculpture se déversant dans un autre, trilobé, en contrebas, encerclé par un chemin. Probablement plantés à l'inauguration du monument en 1907, dix arbres sont aujourd'hui considérés comme remarquables (tilleuls, platanes, érable à feuilles de frêne, marronniers, platane à feuilles d'érable).

Le bâti, de qualité et d'une belle cohérence au point de vue des gabarits, est essentiellement construit entre 1908 et 1913. Les façades oscillent entre Art nouveau – dont deux réalisations d'Henri Jacobs (voir nos5 et 6) – et éclectisme. Plusieurs d'entre elles rappellent le style «reconstruction», qui caractérise les maisons du centre de Bruxelles à la charnière des XVII et XVIIIe siècles (pignon à volutes, caractère ajouré des façades, pilastres, balustres). Elles sont dues à deux architectes, Armand Lund (voir no14) et M. Dechamps (voir nos9, 10-11 et 25). À l'exception du no9, construit par Dechamps pour lui-même, ces maisons furent toutes édifiées pour le compte de l'ingénieur Julien Linet, par ailleurs maître de l'ouvrage de nombreuses autres maisons du quartier. Toujours pour Linet, Dechamps conçut les nos1-1a et 32 de la place, qui monumentalisent son entrée depuis l'avenue Rogier et sont inspirés par l'Art nouveau d'Henri Jacobs. Après la Première Guerre mondiale, la construction reprend dans les années 1920, avec des bâtiments teintés de style Beaux-Arts (voir nos3, 4, 7) ou de modernisme sur le côté nord-est de la place. Globalement haut (quatre ou cinq niveaux), le bâti est, outre quelques hôtels particuliers, surtout constitué d'immeubles de rapport, certains à rez-de-chaussée commercial dès l'origine.

Sources

Archives
AVB/FI, cartes postales.
Collection de cartes postales Dexia Banque.

Ouvrages
La place des bienfaiteurs 1907-2007. Brochure à l'occasion du centenaire de la place des Bienfaiteurs des pauvres à Schaerbeek, les Bienfêtards, Anderlecht, 2007.

VERREYDT, L., Schaerbeek, le village des ânes, 1997, pp. 36-37.