La chaussée de Wavre est une longue artère rectiligne qui traverse les communes d'Ixelles, d'Etterbeek et d'Auderghem. Sur le territoire ixellois, la chaussée débute à hauteur de la porte de Namur, au croisement avec la chaussée d'Ixelles, et se prolonge jusqu'à l'avenue du Maelbeek (Etterbeek).

Avec la chaussée d'Ixelles, la chaussée de Wavre fait partie du réseau des principales voies de communication d'Ixelles sous l'Ancien Régime. La chaussée de Wavre apparaît déjà en 1550 sur le plan de Deventer (de Deventer, J., Plan d'ensemble de Bruxelles et environs, 1550-1554) et, dès avant 1670, elle est pavée depuis la porte de Namur jusqu'au Maelbeek.

Au XVIIIe siècle, on projette de redresser et d'élargir la chaussée qui, avec les chaussées d'Ixelles et de Vleurgat, faisaient du Haut-Ixelles un important territoire de transition entre la ville de Bruxelles et les villes de Namur et Charleroi (GONTHIER, A., 1960, p.113). À cette époque, peu d'habitations se sont implantées le long de ces trois axes. On rencontre dans cette zone rurale quelques maisons de campagne construites par de riches bourgeois de Bruxelles ainsi que quelques auberges et des relais tels que, aux abords de la chaussée de Wavre, Le Petit Lattis, La Rose Blanche au coin de la rue de Naples, La Fleur d'Or au débouché de la rue de la Tulipe, Au Mayeur cabaret au départ de la rue Goffart (GONTHIER, A., 1960, p.116).

La chaussée de Wavre se bâtit très progressivement en même temps que s'urbanise le faubourg d'Ixelles, aux abords de l'ancienne porte de Namur (démolie en 1785). Très partiellement bâti vers 1820 (plan DE BOUGE, 1823), le faubourg l'est entièrement dans les années 1860, jusqu'à hauteur de la rue du Trône (plan de P. C. POPP, 1860). Au cours de cette phase, la chaussée de Wavre voit son alignement fixé par un premier arrêté royal daté du 03.06.1851. Celui-ci est ensuite partiellement rectifié par l'arrêté royal du 23.07.1866 (qui concerne également la chaussée d'Ixelles).

Le bâti le plus ancien actuellement conservé aux abords de la chaussée date du XIXe siècle, les plus anciennes demandes de permis de bâtir conservées aux archives communales ayant été introduites en 1827. Ces documents attestent que, dès cette époque, de petits promoteurs immobiliers investissent le long de la chaussée comme Pierre Kerckx en 1837 (actuels nos117 à 127), le fabricant de briques Jean-Baptiste Lepage en 1843, A. Pierart en 1844, Clément Hap en 1846 (à l'angle des chaussées de Wavre et d'Ixelles), le docteur Limauge qui investit en 1862 à l'angle de la rue du Viaduc (voir les nos213 à 225) ou encore un certain Franchomme qui commande la construction de dix maisons en 1879 (soit l'ensemble allant du n°270 au n°288).

Ce bâti ancien, encore très présent aujourd'hui, est sobre, de tradition néoclassique et offre un gabarit souvent identique, à savoir une façade développant trois travées ainsi que deux ou, plus souvent, trois niveaux. La principale transformation apportée à ce bâti au cours des années consiste en l'aménagement, au rez-de-chaussée, d'une devanture commerciale, par la suite remplacée ou modernisée à plusieurs reprises. On retiendra comme exemples les quelques ensembles ou enfilades de maisons qui ont conservé leur cohérence: un ensemble de deux maisons de la seconde moitié du XIXe siècle aux nos31 et 33; l'ensemble formé par une maison d'habitation et une maison à rez-de-chaussée commercial (transformé depuis) respectivement situées aux nos81 et 83 et datées 1860; les nos179 et 181 ou encore les deux très longues enfilades allant, pour l'une, du n°151 au n°167A et, pour l'autre, du n°183 au n°193 (voir ces numéros). Parmi les immeubles constituant cette dernière enfilade se distinguent des maisons de caractère bourgeois qui comptent parmi les rares témoignages de cette typologie le long de la chaussée (voir aussi l'ancienne habitation de l'écrivain Camille Lemonnier au n°150, l'ensemble formé par les nos187, 189 et 191 ou encore celui formé par les nos251 et 253). On remarquera également au n°178 une maison du milieu du XIXe siècle, dont la devanture commerciale date de 1951 (architecte Henri Leemans), et une autre au n°185, de 1863, située au début d'une longue enfilade homogène d'immeubles allant jusqu'au n°195 (voir cette enfilade). Signalons également qu'au n°178 vécut le peintre réaliste Henri Logelain (Ixelles, 1889–1968) dont certaines œuvres sont conservées au musée d'Ixelles (voir aussi rue Élise n°126). L'artiste était le neveu du peintre décorateur Pierre Logelain dont l'atelier se trouvait au n°67 de la rue du Conseil (voir la notice de voirie). Un monument est également dédié au sculpteur dans les jardins de La Cambre (03.10.1975).

La partie de la chaussée située au-delà de la rue du Trône se construit surtout à la suite de l'ouverture des rues mettant en communication le quartier Léopold et le quartier Marie-Henriette, entre 1861 et 1876 (rues Wiertz en 1863, Vautier en 1860, de Limauge en 1866, Vandenbroeck en 1866, etc.). À ce niveau de la chaussée s'érigent quelques petits immeubles de rapport à rez-de-chaussée commercial (tels les nos300 et 302 construits en ensemble en 1873) et des maisons unifamiliales. Entre la rue Vautier et l'avenue du Maelbeek, le côté pair de la chaussée est en grande partie occupé par une enfilade de maisons (du n°270 au n°288) érigées en 1876 et à l'origine identiques: une façade de composition asymétrique percée de fenêtres à arc surbaissé, rehaussée d'un balcon en travée axiale et dont le rez-de-chaussée est marqué de refends. Malgré les multiples transformations qu'ont subies les façades de ces maisons (transformation des rez-de-chaussée, ajout d'un parement de briquettes, dérochage de l'enduit d'origine, etc.), la similitude dans les gabarits et les ordonnances de façade sont toujours frappantes. Cette similitude s'explique par le fait que leur construction résulte d'une opération immobilière menée par un promoteur, M. Franchomme, déjà cité plus haut.

Chaussée de Wavre, s.d (Collection de Dexia Banque).

Quelques immeubles de rapport à rez-de-chaussée commercial de style éclectique s'érigent au début de la chaussée durant les années 1870, et notamment à hauteur de la rue Anoul (voir l'enfilade allant du n°99 au n°109 ainsi que les nos15, 51, 53).

Habitat et commerce se partagent la chaussée de Wavre depuis le XIXe siècle. L'architecture commerciale y est illustrée par quelques devantures anciennes offrant une certaine qualité esthétique. Si on remarque au n°154-154A la devanture datée de 1911 (immeuble de 1857) ou aux nos274 et 276 les devantures identiques datées de 1930 (architecte G. Gilbert), la plus remarquable est, sans conteste la façade-affiche des établissements Demeuldre-Coché, dont le lettrage souple de l'enseigne est typique de l'Art nouveau (voir n°141-143).

Chaussée de Wavre 274, devanture.

La chaussée de Wavre était autrefois dotée d'une autre façade-affiche remarquable, celle de la boulangerie Timmermans –publiée dans la revue anglaise The Studio, 1896, vol. VIII, p.178. Fruit de la collaboration de l'architecte Paul Hankar et du sgraffiteur Adolphe Crespin, elle avait remporté le concours d'aménagement commercial lancé en 1896 par la commune d'Ixelles. La décoration se réduisait à l'enseigne en fer forgé et au sgraffite de qui recouvrait presque entièrement la façade; y figuraient la déesse du pain Cérès, flanquée à gauche des armes de la commune d'Ixelles et, à droite, d'un moulin à blé.
On aurait pu également mentionner la devanture de l'ancienne pharmacie Belco qui se trouvait, jusqu'au début des années 2000, au n°88 et dont l'aménagement remontait à 1930. Son architecte Adolphe Masure était parvenu à créer un métrage impressionnant de vitrines dans un espace réduit en tirant parti d'une audacieuse composition sur le plan libre. Au début des années soixante, les architectes Raoul I. Brunswyck et Odon Wathelet réalisent pour la boulangerie-pâtisserie Maurice la devanture moderniste toujours conservée au n°17 (voir ce numéro).

Chaussée de Wavre 88, ancienne pharmacie [i]Belco[/i], de 1930 (démolie).

Au XIXe siècle, la chaussée de Wavre regroupait des ateliers comme celui de Joseph Vervloet, qui avait installé sa fabrique artisanale de serrurerie décorative au n°169-173 (voir ce numéro), ainsi que quelques-unes des grandes fabriques du Haut-Ixelles. On pense ici aux manufactures de porcelaine de Frédéric Faber, Charles-Christophe Windisch, Cappellemans qui valurent à Ixelles le surnom de «faubourg de la porcelaine». F. Faber, peintre et aquafortiste, avait succédé en 1818 à Morteleque à la tête de la manufacture de porcelaine dont l'entrée, établie au n°152 de la chaussée de Wavre, est aujourd'hui devenue un couloir d'accès à l'athénée Charles Janssens (voir place de Londres n°5). La manufacture s'étendait en profondeur jusqu'à l'impasse de Londres aujourd'hui disparue et incorporée dans l'école. Faber s'associa au porcelainier français Charles-Christophe Windisch qui prit la direction des ateliers de modelage, de façonnage et des fours et, en 1825, la fabrique reçut le titre de «Manufacture royale». En 1830, Windisch se sépare de Faber et s'établit à son compte grâce au soutien financier de Jean-Jacques Coché-Mommens qui possédait une campagne non loin de là (voir n°249). Windisch s'installe pratiquement en face de son ancienne usine dans les locaux de l'ancienne auberge-relais Au Mayeur cabaret. La manufacture de Faber, par la suite reprise par J. B. Cappellemans (IVAIB, Ixelles, 1980-1982, fiche 143), a disparu aujourd'hui contrairement à celle de Windisch qui perpétue la tradition sous le nom de Demeuldre-Coché (voir n°143).

Ancienne fabrique d’orgues de J. Merklin et F. Schütze, démolie ([i]La Belgique industrielle[/i], 1854).

Dans un autre secteur, il faut évoquer la manufacture Merklin Schütze et Cie, détruite aux environs de 1875 et qui se trouvait à l'angle de la chaussée et de la rue Francart. Créée par le célèbre facteur d'orgues allemand Joseph Merklin, qui s'était associé avec son contremaître Friedrich Schütze en 1849, cette fabrique d'orgues avait été construite en 1854 par l'architecte Henri Beyaert et se présentait sous la forme d'un vaste immeuble éclectique d'inspiration gothique.

« Établissement de MM. Merklin Schutte et Cie, facteur d’orgue Orchestrum, harmonium etc. » (démoli) ([i]Journal belge de l’Architecture et de la science des constructions[/i], 1855, pl. L).

Dès la fin du XIXesiècle et l'urbanisation des abords de la porte de Namur, des cafés, cinémas, théâtres et autres lieux de divertissements s'installent dans le Haut-Ixelles. Aux abords de la chaussée de Wavre, les espaces actuellement occupés par le cinéma Vendôme (n°18), accueillaient en 1912 un jeu de quilles qui devint, dès 1914, le Bowling de la Porte de Namur. L'engouement pour ce divertissement d'origine américaine perdure à Bruxelles tout au long de l'entre-deux-guerres. En 1936, le Bowling laisse place au «Dancing des Rossignols» qui ferme ses portes dès 1938 pour être affecté à un cynodrome (architectes E. Vandezande et John Vanzeeland). En 1939, les espaces de la chaussée de Wavre accueillent le cinéma Le Roy (architecte René Ajoux) dont subsiste aujourd'hui la façade moderniste, à l'exception des portes, de la caisse et des vitrines qui résultent d'un aménagement de 1965 (architecte R. De Boeck). Au début des années 1990, le Vendôme s'installe dans l'ancien complexe du cinéma Le Roy, après la transformation complète des structures d'accueil (espace bar, entrée et caisses) et la rénovation totale des salles (nouveaux fauteuils, écrans et installation technique). Le cinéma rouvre ses portes en janvier 1992. Au n°19-23, à l'emplacement de la Galerie d'Ixelles (voir chaussée d'Ixelles n°50 et chaussée de Wavre n°19-23), se trouvait autrefois un Jaï-Alaï (jeu de pelote basque), réalisé d'après les plans de l'architecte Camille Damman (1935). Dénommé Le Fronton, ce vaste établissement de spectacle sportif était doublé d'une organisation de pari mutuel. La piste de jeu se trouvait dans la salle de spectacle, haute de plafond, et était séparée des gradins par un grillage s'élevant du sol au plafond. Les balles étaient lancées contre le frontis en granit, situé dans le fond de la salle. La décoration intérieure, rehaussée de teintes chaleureuses, s'inspirait du style basque.

Chaussée de Wavre 19-23, Jaï Alaï [i]Le Fronton[/i] (démoli) ([i]Bâtir[/i], 38, 1936, p. 525).
Depuis la fin des années cinquante, le quartier autour de la chaussée de Wavre accueille une importante communauté africaine qui lui vaut le nom de Matonge (du nom d'un quartier de Kinshasa).
Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaire

Sources

Archives
ACI/TP Historique des rues (1925).
ACI/TP 317.
ACI/Urb. 18 (cinéma Vendôme): 317-18; 81 et 83: 317-83; 88: ACI/Urb 317-88; 154-154A: 317-154; 179: 317-179; 178: 317-178; 181: 317-181; 185: 317-dossier avant 1900; 270: 317-270; 272: 317-272; 274, 276: 317-274-276; 278: 317-278; 280: 317-280; 282: 317-282; 284: 317-284; 286: 317-286; 300 et 302: 317-300.

Ancienne fabrique d'orgues Merklin Schütze et Cie (démolie): Archives communales d'Ixelles, dossier urbanisme antérieur à 1900 classé dans la boîte 143/voirie 317; IVAIB, Ixelles, 1980-1982, fiche 144; «Établissement de M. Mercklin à Ixelles, par M. Beyaert, architecte», Journal Belge de l'Architecture, VII, 1859, pl. 1; L'architecture éclectique d'Henri Beyaert (Catalogue d'exposition), B.N.B., Bruxelles, 1978.

Ouvrages
DEL MARMOL, B., DELSAUTE, J.-L., et al., Le quartier Saint-Boniface, Ministère de la Région de Bruxelles-Capitale, Bruxelles, 1998 (Bruxelles, Ville d'Art et d'Histoire, 23).
DEMEULDRE-COCHÉ, H., «Christophe Windisch, maître porcelainier auquel la porcelaine de Bruxelles doit son efflorescence au XIXe siècle», Le Folklore Brabançon, 211, 1976, pp.277-331.
GUILLAUME, A., MEGANCK, M., et al., Atlas du sous-sol archéologique de la Région de Bruxelles:15 Ixelles, Bruxelles, 2005.
GONTHIER, A., Histoire d'Ixelles, Le Folklore Brabançon, Impr. De Smedt, Bruxelles, 1960.
CULOT, M. (dir.), Ixelles. Inventaire visuel de l'architecture industrielle à Bruxelles, AAM, Bruxelles, 1980-1982.

18: BERGER, D., COLARD, D., DE REYMAEKER, M., et al., L'heure bleue, La vie nocturne à Bruxelles de 1830 à 1940 (Catalogue d'exposition), Crédit communal de Belgique, Bruxelles, 1987, pp. 94, 96-97, 145.

19-19A-21-23: «Pour la joie du muscle et du risque Le Jaï-Alaï de l'architecte C. Damman», Bâtir, 38, 1936, pp. 525-527; Corps et Esprit, Ministère de la Région de Bruxelles-Capitale, Bruxelles, 2006, p.53; Delcoigne, O., «Le Jaï Alaï de Bruxelles», Jakintza, 42, 2008, pp.5-8.

Ancienne boulangerie Timmermans (démolie
): LOYER, F., Paul Hankar, Naissance de l'Art Nouveau, AAM, Bruxelles, 1986, pp.150-151; «Concours de façades du quartier Saint Boniface à Ixelles», L'Émulation, 1, 1899, col. 13-14; G., «Le concours d'Ixelles», La Ligue Artistique, 13, Bruxelles, juillet 1896.

Cartes / plans
DE BOUGE, Plan topographique de la Ville de Bruxelles et de ses faubourgs, publié pour 1823, Bruxelles, 1823.
POPP, P. C., Atlas cadastral de Belgique, Plan parcellaire de la commune d'Ixelles avec les mutations, Bruxelles, 1860.
Vandermaelen, Ph., Atlas cadastral du Royaume de Belgique–Province du Brabant. Plan parcellaire de la commune d'Ixelles 1836, Bruxelles 1837.