Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaireCette longue avenue s’étire de la place Altitude Cent à la rue Jean-Baptiste Vanpé. Elle commence par traverser le quartier Altitude Cent et longe la façade sud du parc Duden. Ensuite elle descend en sinuant et s’achève juste avant le pont du chemin de fer qui enjambe l’avenue J.-B. Vanpé. Parmi les nombreuses artères qu’elle croise sur sa route, citons les avenues Maréchal Joffre, du Domaine et du Globe.

Le tracé de l’avenue Victor Rousseau est en grande partie déterminé par celui de deux anciennes rues, la Kerkestraet et la Kappellekenstraat, qui fusionnent au début du XXesiècle pour former un grand axe nord-sud reliant la partie haute à la partie basse de Forest.

Le début de
l’avenue fait partie d’un ensemble urbanistique composé de huit artères rectilignes rayonnant depuis la place Altitude Cent dominée par l’église Saint-Augustin. Le plan d’aménagement de cet ensemble est élaboré en 1899 dans le cadre d’un projet immobilier initié par la Société Anonyme des Villas de Forest et surtout l’un de ses promoteurs principaux, Alexandre Bertrand. Le cœur du nouveau projet «quartier Saint-Augustin» est la place circulaire. Le plan s’étend entre le parc de Forest (au nord), la chaussée d’Alsemberg (à l’est), la rue Joseph Bens (au sud) et le parc Duden et l’ avenue du Domaine (à l’ouest). Les terrains acquis par la Société anonyme sont ceux du domaine Zaman, anciennement connu comme Zevenbunder et Galgeveld. La Commune de Forest approuve le plan en 1901 et les alignements définitifs sont ratifiés la même année par l’arrêté royal du 04.05.1901.

Le tracé de sa deuxième partie qui longe le parc Duden et se recoupe avec la Kerkestraet fait partie d’un projet d’aménagement prévu par l’Etat belge et la commune de Forest qui est ratifié par l’arrêté royal du 08.02.1912. Ce nouveau projet porte sur une meilleure connexion entre le quartier des parcs (dessiné par Victor Besme en 1875) et le nouveau quartier Saint-Augustin.
Tout comme les constructions autour du parc de Forest, ce projet prévoit la construction de villas précédées d’un jardinet et ce, uniquement du côté pair vu que l’autre côté donne sur le parc Duden. Le long de ces deux premières parties de l’avenue Victor Rousseau, la société anonyme détient à l’époque de nombreux terrains qu’elle lotira et mettra en vente.

Sur le tronçon suivant de l’avenue Victor Rousseau, situé sur un terrain en forte pente, les sœurs de l’abbaye de Forest cultivaient des vignes. Le nom du
Grand Vignoble ou Wijngaerdveld situé au sud-est de l’actuel parc Duden évoque cette activité d’antan. Au lendemain de la Révolution française, ces terrains passent successivement aux mains du chevalier Wyns de Raucourt, de l’industriel Joseph-Emmanuel Zaman et de l’industriel Vimenet.
Afin de prolonger l’avenue jusqu’à la Kappellekensstraat, une rue sans issue dont le tracé correspond plus ou moins à celui de la dernière partie de l’avenue Victor Rousseau, il est nécessaire d’exproprier une partie du Domaine Vimenet. Le tracé de ce tronçon est ratifié par l’arrêté royal du 20.03.1926 qui autorise l’élargissement et la rectification de la Kappellekensstraat. Depuis 1938, l’avenue est desservie par une ligne de bus qui va de la place Saint-Denis au centre de Bruxelles, au détour du quartier Altitude Cent et de Saint-Gilles.

Peu après 1930, la première partie de l’avenue qui portait le nom d’avenue du Petit Prince, est rebaptisée en l’honneur du sculpteur Victor Rousseau (Feluy, 1865 – Forest, 1954) qui habite Forest.

Le bâti de ce premier tronçon (du no1 au no62) date des années 1913-1914 et de l’entre-deux-guerres. Il se compose principalement de maisons de rapport de gabarit modeste, de style éclectique (tardif) ou Art Déco. Les nos18 et 20 (ce dernier de l’architecte Fernand Stiernet) ont été tous deux construits en 1914. Il s’agit de maisons de style éclectique rythmées de logettes, de balcons et de baies à arc surbaissé ou en plein cintre. Le no16 de l’architecte Léonard Homez (1924) s‘inspire de l’Art Déco. Ses trumeaux consistent en des pilastres à ressauts et sa travée principale s’inscrit sous un pignon à faux colombages. Le no28 trahit lui aussi une influence Art Déco. Sa porte sous auvent et baie d’imposte, les boiseries de ses fenêtres et sa corniche sur modillons étaient initialement peintes en vert. L’immeuble à appartements des architectes Léon et Paul Hamesse (1932, voir no53) et l’ensemble de l’architecte Charles Colassin (1934, voir nos36 à 42) arborent quant à eux un style résolument moderniste. Avec sa façade en briques strictement appareillées et son large entablement au-dessus des fenêtres du second étage, la maison de rapport no51 de l’architecte C. Van Lierde (1932) respire une influence moderniste, d’autant qu’à l’origine elle était pourvue de fenêtres à petits-fers horizontaux.

Les architectes locaux de renom qui ont dessiné les plans d’une ou plusieurs maisons dans cette partie de l’avenue Victor Rousseau sont Gaston Ide (voir nos35, 37 et 41), Léon Janlet (voir no17), F. Van Meulecom (voir nos11, 32 et 33), Fernand Stiernet et Isidore Henrotay (voir no24). Conçu en 1924 par Gaston Ide, le no29 consiste en une maison de style éclectique soignée, percée de baies à arc en plein cintre, sommée d’une mansarde sous fronton.

Au no46-48 se dresse l’Institut Sainte-Ursule fondé par l’ordre des Ursulines grâce au soutien financier d’Alexandre Bertrand, propriétaire foncier initiateur de la création du quartier. Le complexe scolaire actuel date de 1956 et est signé Willy Reyns. Il s’étend jusqu’à l’avenue Armures no37-39 où se situe le couvent d’origine, conçu en 1904 par Camille Damman.

Les nos66 à 98 forment une enfilade homogène de maisons bourgeoises. Ces maisons se situent face au parc et sont devancées d’un jardinet fermé par une haie ou une clôture en ferronnerie. Les nos80-82 et 84 de l’architecte Bonduelle datent de 1929 et 1930. Les ferronneries et les baies de la maison no88 conçue en 1938 par architecte Favaux (?), sont clairement d’inspiration Art Déco. Édifiée en 1935 d’après les plans de l’architecte Henri De Saedeleer, la maison no98 est quant à elle plutôt moderniste.

Les autres bâtiments qui donnent sur le parc Duden consistent en des immeubles à appartements d’au moins six niveaux. C’est notamment le cas des nos124 (voir ce numéro), 128 et 130-132 construits dans les années 1955-1959 par l’entrepreneur Frans Werth d’après les plans de l’architecte F. Van Gouthem.

Au-delà du parc Duden, l’avenue Victor Rousseau jouxte les terrains de l’ancien Wijngaerdveld. Vers 1830, Wyns de Raucourt fait bâtir sur ce vaste domaine une maison de campagne de style néoclassique conçue par l’architecte M. Janlet. Dans les années 1933-1938, les autorités de Forest s’y installent en attendant que soit achevée la nouvelle maison communale dessinée par l’architecte J.-B. Dewin. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle est réquisitionnée par l’occupant et en 1948, elle est démolie pour faire place à un nouveau Centre de Santé: une école de plein air où près de la moitié du temps était consacré au sport et au jeu. Aujourd’hui, le site est occupé par l’école Arc-en-Ciel (no40) et le club de tennis Forest Domaine (dont l’entrée principale est située avenue du Domaine no150-152). Les uniques vestiges de la maison de campagne sont les deux pilastres en pierre blanche amortis de grands vases qui aujourd’hui encadrent l’entrée est du parc Duden (située avenue Victor Rousseau). Le bâti de cette partie de l’avenue date principalement des années 1950. C’est notamment le cas de la maison moderniste au no183, conçue en 1950 par l’architecte Gui Rousseau. Certaines habitations remontent cependant au tournant du XXesiècle. Parmi elles, citons les maisons de style classique nos211 et 213 de l’architecte Victor Demoor (1905) et le no181 qui était à l’origine un café. L’ensemble formé par les maisons de gabarit modeste nos286 à 298-300 fait également partie de ce bâti de la première heure. Le no298-300 était à l’époque un estaminet.


Sources

Archives
ACF/TP dossier 45, A.R. 08-02-1912.
ACF/Urb. 16: 8406 (1924); 18: 6586 (1914), 8592 (1925); 20: 6474 (1914); 28: 9920 (1928); 29: 8097 (1924), 13713 (1938); 46-48: 5587 (1911), 10911 (1930), 16779 (1956); 51: 11678 (1932), 23108 (2004); 105-107: 18153 (1960), 23543 (2005); 181: 7410 (1922), 11227 (1931), 20094 (1976); 183: 15662 (1951); 211: 3827 (1905), 13200 (1936), 14999 (1948); 213: 3827 (1905), 21718 (1994); 80-82: 10681 (1929), 14694 (1946); 84: 10980 (1930); 88: 11098 (1931), 11748 (1932), 14813 (1947), 23127 (2004); 94-96: 12055 (1933), 14230 (1942), 16763 (1955), 18083 (1961); 98: 12764 (1935), 14172 (1938), 25892 (2014); 128: 17038 (1957), 17173 (?); 130-132: 17328 (1959), 24497 (2009); 200: 18884 (1962), 20707 (?), 22439 (1999); 298-300: 3748 (1905), 10500 (1929), 21883 (1996).
Cercle d’histoire et du patrimoine de Forest, «Rues Quartiers Avenues de Forest: Avenue Victor Rousseau».

Ouvrages
CABUY, Y., DEMETER, S., LEUXE, F., Atlas du sous-sol archéologique de la région de Bruxelles, 4, Forest, MRBC – MRAH, Bruxelles, 1993.
DUBREUCQ, J., Forest en cartes postales anciennes. Vorst in oude prentkaarten, Bibliothèque européenne, Zaltbommel, 5eéd., 1981, pp.37-38.
FRANCIS, J., La chanson des rues de Forest, Louis Musin éditeur, Bruxelles, 1976, pp.93-97.
PIRLOT, A.-M., Le quartier de l’Altitude Cent, SPRB, Bruxelles, 2014 (Bruxelles, Ville d’Art et d’Histoire, 53), pp.14-15.
VERNIERS, L., Histoire de Forest les Bruxelles, A. De Boeck, Bruxelles, 1949, pp.22, 194-195, 316-318.
VOKAER, J.-P., Par les rues de Forest. Étude sur la toponymie locale, Impr. Catrin, Bruxelles, 1954, pp.79-80.

Périodiques
«Nouveaux bâtiments d’une école de jeunes filles. Architecte S.C.A.B. G.W. Reyns», Habitat habitations, 18, 11-12, 1958, pp.122-124.