Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaireLongue et marquée par plusieurs coudes, la rue Josaphat relie la rue du Moulin, sur Saint-Josse-ten-Noode, à l'avenue Louis Bertrand. Son premier tronçon, jusque peu avant la rue Philomène, est situé sur le territoire de Saint-Josse. La rue Josaphat rencontre ensuite de nombreuses artères, dont le carrefour des rues de l'Olivier, Geefs et Thiéfry, à partir duquel elle s'élargit, ainsi que l'avenue Rogier.

Déjà visible sur le plan de Jacques De Deventer de 1550-1565, la rue reliait, parallèlement à la chaussée de Haecht, la commune de Saint-Josse à ce qui était alors la rue Teniers, cœur de l'ancien village de Schaerbeek. Anciennement dénommée rue Basse, Neer Weg ou chemin no17, l'artère reçoit son nom actuel en 1851, en référence à la vallée du même nom qu'elle longe. Selon la tradition, la vallée du Roodenbeek fut renommée au XVIe siècle du nom biblique de Josaphat, vallée proche de Jérusalem, par un pèlerin revenu de Terre sainte et frappé – dit-on – par la ressemblance entre les deux sites. C'est en vertu de l'arrêté royal du 04.07.1865 que la rue est redressée et élargie à douze mètres à partir de la rue de l'Olivier, formant désormais deux voies presque rectilignes reliées à angle obtus de part et d'autre de la rue Rogier, future avenue du même nom. Le dernier tronçon, au-delà de la rue de l'Est, fait l'objet d'un nouveau redressement en 1894. Avant 1908, dans le cadre de l'aménagement de l'avenue Louis Bertrand à l'emplacement de la rue Teniers, ce tronçon est légèrement prolongé jusqu'à la nouvelle artère.

Jusque dans les années 1840, la rue n'est bâtie que de quelques immeubles, situés presque exclusivement du côté impair, pour la plupart près de la frontière communale. La construction débute réellement vers le milieu du siècle, avec l'urbanisation des tronçons antérieurs aux rues de l'Olivier et Geefs. Il s'agit d'habitations néoclassiques, principalement des maisons modestes, tels les nos61 et 63 (vers 1850), accompagnées de quelques-unes plus cossues. À la fin des années 1870, la rue est presque entièrement bâtie jusqu'à l'avenue Rogier. Néoclassiques à l'origine, les maisons sont pour la plupart aujourd'hui fortement transformées – surhausses, aménagement de vitrines, reparementages – ou reconstruites. Entre la rue Seutin et l'avenue Rogier, s'implante en 1875 l'École communale no7 pour filles, dans un style éclectique cette fois (voir nos105-109, 115a-d). Citons en outre, au no39, un bâtiment abritant une salle de spectacle, érigé en 1919 sur une parcelle restée vierge. Baptisée Salle de la Paix, celle-ci est transformée en cinéma en 1921, le City Ciné, fermé en 1972 et reconverti en mosquée.

Quant aux tronçons situés au-delà de l'avenue Rogier, ils s'urbanisent progressivement des années 1880 aux années 1900, dans les styles néoclassique ou éclectique. Pointons-y deux ensembles du premier style: l'un érigé entre 1881 et 1894 aux nos168 à 186, composé de maisons sans doute ouvrières d'une seule travée; l'autre conçu en 1900 pour un même propriétaire aux angles de la rue de l'Est, totalisant quatorze habitations (nos193 à 201 et rue de l'Est 77, 79, nos203 à 213 et rue de l'Est 66 à 70).

Rue Josaphat 193 à 213 (photo 2013).

Seulement bâti dans les années 1900, le dernier tronçon côté impair présente deux enfilades particulièrement cohérentes d'immeubles de styles éclectique et Art nouveau. La première, allant du no217-219 au no241, est établie après démolition de diverses constructions, dont l'impasse ouvrière Vanden Bemden, érigée avant 1836. Elle se compose des bâtiments de l'ancien Groupe scolaire Josaphat (voir nos229 et 241), inauguré en 1907, flanqués de deux ensembles d'immeubles de rapport conçus pour un même commanditaire en 1911-1912 (voir nos217-219 à 227a-227b et 229a-231 à 237-239). La seconde enfilade, s'étendant du no255-257 au no275-277 (voir ces numéros), concerne des habitations pour la plupart conçues en 1906 et implantées sur l'extrémité est du jardin du presbytère de l'église Saint-Servais (voir avenue Louis Bertrand no37). Cinq d'entre elles sont l'œuvre de l'architecte Gustave Strauven, également auteur en 1906 d'un large immeuble de rapport qui abritait au rez-de-chaussée les «magasins schaerbeekois». Il est démoli au profit de la Maison des Femmes (voir no247-253).

Au nord de l'ancienne École communale no7 (voir nos105-109, 115a-d), s'étend le parc Rasquinet (bureau d'architecture CAE-Stricklesse), inauguré en 1999 sur le site de l'ancienne usine du même nom, spécialisée dans la fabrication de pédales de vélo et fermée en 1968.

Sources

Archives
ACS/Urb. 39: 154-39; 193 à 201: 154-193-201; 203 à 213: 154-205.
ACS/TP 154.
ACS/TP Infrastructure 38, 162, 195.

Ouvrages
BIVER, I., Cinémas de Bruxelles. Portraits et destins, CFC éditions, pp. 107, 195.
GUILLAUME, A., MEGANCK, M., Atlas du sous-sol archéologique de la région bruxelloise. 16. Schaerbeek, Ministère de la Région de Bruxelles-Capitale, Bruxelles, 2006, pp. 65-66.
HANOSSET, Y., MARCHI, C, L'avenue Louis Bertrand et le parc Josaphat, coll. Bruxelles, Ville d'Art et d'Histoire, Solibel Édition, Bruxelles, 1995, p. 5.
VAN BEMMEL, E., Histoire de Saint-Josse-ten-Noode et de Schaerbeek, Saint-Josse-ten-Noode, 1869, p. 206.

Cartes / plans
DE DEVENTER, J., Plan de Schaerbeek et de Saint-Josse-ten-Noode, 1550-1565.
VANDERMAELEN, Ph., Plan parcellaire de la commune de Schaerbeek avec les mutations jusqu'en 1836.
Atlas des chemins vicinaux de Schaerbeek, début des années 1840.
POPP, P. C., Atlas du Royaume de Belgique, plan parcellaire de la commune de Schaerbeek, vers 1858.
Plan de la commune de Schaerbeek 1876, Institut géographique national.
Bruxelles et ses environs, Institut cartographique militaire, 1881.
Bruxelles et ses environs, Institut cartographique militaire, 1893.
Plan de la commune de Schaerbeek 1899.