Ce parc public en forme de S est situé au nord du parc Duden auquel il est relié par le square Lainé. Il occupe un terrain vallonné de treize hectares, aménagé en jardin de style anglais. Le parc dont une petite partie située au nord-est s’inscrit sur le territoire de Saint-Gilles, est délimité par la place Rochefort et l’avenue des Villas au nord, les avenues du Mont Kemmel et Besme à l’est, et l’avenue Reine Marie-Henriette et le square Lainé au sud et à l’ouest.

Zone du futur parc de Forest, détail de la carte de J. De Ferraris, 1777, ©Bibliothèque royale de Belgique, Bruxelles, Section Cartes et Plans.

Historique
Le Galgeheyde

Sur les anciennes cartes, le parc de Forest est situé à l’est de la vallée de la Senne et est au sud attenant au bois qui faisait partie de la forêt de Soignes (l’actuel parc Duden). Il comptait parmi les terrains appartenant à l’abbaye de Forest.
Dans un guide du XVIIIesiècle, on peut lire à propos de Forest:«Situé hors de la porte de Hal, à une demi-lieue de la ville, est très agréablement situé, ayant d’un côté la rivière (Senne) pour bornes et de l’autre l’utilité et l’agrément de plusieurs belles fontaines d’eau vive avec une belle forêt et de grandes prairies entourées d’étangs et de ruisseaux …» (Le guide fidèle…, Bruxelles, 1996 (1761)). Sur les cartes de Ferraris et de Vandermaelen, la zone occupée par le parc actuellement est désignée sous le nom de Galgeheyde et se situe entre la chaussée de Bruxelles à l’ouest, le Postweg à l’est (correspondant à l’actuelle rue Garibaldi, une partie de l’avenue du mont Kemmel et l’avenue Besme), la Hoerestraat au sud (une partie de l’actuelle rue Timmermans) et le hameau dit het Moleken et la ceinture de Bruxelles avec la porte de Hal au nord.
Après la suppression de l’abbaye de Forest au lendemain de la Révolution française, les terres du parc actuel vont à la Commune de Forest et quelques propriétaires privés. À l’angle du Postweg et de la Hoerestraat, la Commune exploite une sablonnière. Les autres terres demeurent des champs et des prairies.

Parc du Midi, Quartier à villas, plan de Victor Besme, 1876, ACF/TP Dossier A.R. 22.09.1911.

La création d’un nouveau parc public en 1875
Avec la révolution industrielle, Saint-Gilles connaît un énorme accroissement de sa population. Dans les années 1860, la moitié nord de la commune est déjà presque entièrement bâtie. Une extension du bâti dans la périphérie de la commune voisine paraît donc inévitable. Pour canaliser cette urbanisation, l’ingénieur et inspecteur voyer Victor Besme (1834-1904) introduit en 1875 auprès du Conseil communal une demande portant sur l’aménagement d’un parc public et d’un nouveau quartier à ses abords. Le roi Léopold II (1835-1909) jouera un rôle important en tant qu’inspirateur de ce projet qui a pour objectif de créer pour les nouveaux venus des quartiers où il fait bon vivre et, pour les ouvriers entassés dans le quartier de la gare du Midi, des espaces verts leur permettant de se récréer et de s’oxygéner. D’un point de vue urbanistique, le parc reliera le plateau de Berkendael avec le quartier du Midi et le futur quartier Altitude Cent.
La même année, Victor Besme dessine les plans du Projet du Parc du Midi et le quartier à Villas. Comme la commune de Saint-Gilles est à l’époque déjà nettement plus urbanisée que Forest, le parc est baptisé parc de Saint-Gilles. Également appelé parc du Midi, il se situe cependant presque entièrement sur le territoire de Forest. Le projet sera ratifié par l’arrêté royal du 15.03.1876.
Dans l’accord du 17.04.1875, les trois parties – la Commune de Forest, la Commune de Saint-Gilles et la Compagnie Immobilière Belge (Société Anonyme) – conviennent des modalités de mise à exécution du projet. La compagnie immobilière se chargera de l’aménagement des rues et la Commune de la création du parc. Le travail de cette dernière consistera à niveler le terrain, y tracer des allées, le planter d’arbres et de buissons et d’y semer des fleurs et du gazon. Elle veillera aussi à l’éclairage du parc et des rues environnantes. Les bâtiments que l’on y construira, devront être d’utilité publique et préalablement approuvés par Société immobilière et le gouvernement. Le projet doit être réalisé dans les trois ans. L’accord stipule aussi que le parc demeurera ouvert en permanence et que chaque Commune sera responsable de l’entretien de la partie du parc s’inscrivant sur son territoire. Le nouveau bâti des trois larges avenues longeant le parc – les avenues des Villas, du Mont Kemmel et Reine Marie-Henriette – ainsi que de l’avenue Clémentine devra obligatoirement consister en des villas de prestige entourées d’un grand jardin et précédées d’un jardinet. Par ailleurs, il est précisé que dans les avenues des Villas et Clémentine, la hauteur des bâtiments sera limitée afin de ne pas entraver la vue que l’on a sur Bruxelles. L’avenue Besme au sud-est du parc sera une voie de circulation plus dense, bordée de maisons de rangée.
Léopold II contribue personnellement à la réalisation du projet en finançant notamment l’achat et l’expropriation des terrains requis. Pour l’aménagement du parc, il offre 500.000 francs aux deux communes concernées. Il pose toutefois comme condition que la vue sur la ville et la vallée de la Senne soit préservée afin d’optimaliser la perspective urbanistique vue du parc. S’intéressant de près au projet, il se rend à de nombreuses reprises sur le chantier et va jusqu’à participer au choix de la flore et du mobilier du parc. Les deux Communes ne parvenant pas à s’entendre quant au partage des coûts d’entretien du parc, le roi s’engage à les prendre sur lui jusqu’à sa mort. Cette étroite implication s’explique par sa volonté d’embellir la capitale grâce notamment à des projets urbanistiques comme l’aménagement de la ceinture de Bruxelles, du parc Josaphat et de l’avenue de Tervuren.

Un parc vallonné avec vue sur Bruxelles
Le parc aménagé sur un terrain en forme de S s’inspire des jardins paysagers romantiques que l’on trouve par exemple en Allemagne. Il se caractérise par un terrain très vallonné avec des dénivellations d’une vingtaine de mètres, dont les points culminants se situent du côté des avenues Besme et du mont Kemmel. Il se pourrait que le plan particulièrement détaillé de Besme se nourrisse d’un premier avant-projet de l’architecte paysagiste Edouard Keilig (1827-1895). Le parc est accessible par six larges allées. Ses vastes pelouses sont semées de bosquets et de buissons, et ses allées sinueuses qui se croisent ou se rejoignent forment un réseau irrégulier et asymétrique.
Il comprend aussi deux zones circulaires. Le cercle empierré au centre du parc est une aire de récréation. Dans celui situé au sud du parc du côté de l’avenue Reine Marie-Henriette s’élève une colline artificielle dont le sommet est planté de châtaigniers et aménagé en belvédère.

Le parc de Forest, Bruxelles vu de la grande butte centrale, s.d. (vers 1910) (coll. Belfius Banque © ARB-SPRB).

Sur la carte militaire de 1881, le plan du parc diffère quelque peu de celui de Victor Besme. Ces changements ont sans doute été apportés au moment de l’aménagement du parc (1876-1879). Le tracé des allées est par exemple légèrement modifié et le nombre d’entrées est passé du simple au double pour rendre le parc plus accessible. Le cercle central est remplacé par un grand espace empierré et du côté de l’avenue Besme s’élève une seconde colline artificielle visant à offrir une meilleure vue sur Bruxelles.

Les premières années

Le parc de Saint-Gilles est inauguré en 1882. Il fait ainsi partie d’une première série de parcs publics créés dans les communes de la banlieue bruxelloise: le parc de Laeken est aménagé en 1878 par l’architecte paysagiste Jean-Pierre Barillet Deschamps et également à l’initiative de Léopold II; le bois de la Cambre date de 1861-1865 et a été conçu par l’architecte paysagiste Edouard Keilig. À l’époque, les quatre prestigieuses avenues qui l’entourent sont déjà aménagées, mais pas encore bâties. En 1890, le roi Léopold II demande à l’architecte paysagiste Elie Lainé (1829-1911) d’apporter quelques modifications à leur tracé tel que défini par Victor Besme. Lainé relie alors l’avenue Guillaume Van Haelen située au nord-ouest du parc avec l’avenue du Parc et dessine un premier plan du square appelé à former un trait d’union entre le parc de Forest et le futur parc Duden.

Le parc de Forest, la grande butte centrale, s.d. (vers 1910) (coll. Belfius Banque © ARB-SPRB).

Les premières années, le parc public n’attire cependant pas grand monde car il est aussi fréquenté par des vandales et des délinquants qui créent un climat d’insécurité. Les plaintes pour vol ou agression sont monnaie courante. De plus, de nombreuses plantes et arbres meurent à cause d’un manque d’entretien. La Convention pour l’aménagement du quartier des parcs du 23.09.1911 a pour objectif de mettre un terme à cette situation. Une patrouille de police spéciale est mise en place et des gardiens supplémentaires sont embauchés. Un nouveau commissariat de police destiné à la surveillance du parc et des environs est installé place Albert, à l’angle de la chaussée d’Alsemberg et de l’avenue Albert (démoli en 1985). Le parc est mieux éclairé et la Commune engage un chef jardinier qui a au moins quatre jardiniers sous ses ordres. Grâce à ces mesures, les promeneurs se font progressivement plus nombreux et le parc répond enfin à sa fonction première: celle d’être un lieu où il fait bon se récréer et se reposer.
Au début du XXe siècle, les espaces verts au sud du parc de Forest sont à leur tour transformés en parcs. En 1912, l’ancien domaine privé de Wilhelm Duden, dont ce dernier a fait don au roi en 1895, est ouvert au public. C’est dans le même contexte que le parc Jupiter est créé sur une longue bande de terre située entre les avenues Jupiter et Besme et ayant appartenu à la Société anonyme du Parc de Saint-Gilles et à la Société anonyme des Habitations ouvrières dans l’agglomération bruxelloise.

En 1913, le parc de Saint-Gilles est rebaptisé parc de Forest sur décision du conseil communal de Forest.

Le réaménagement du parc en 1919
Pendant la Première Guerre mondiale, une partie du parc est divisée en une série de petites parcelles mises en potagers par la population locale. Le rapport annuel de la Commune révèle également qu’un grand nombre d’arbres a été abattu et que la flore et les allées sont dans un piteux état.
En 1919, la Commune fait appel à l’architecte paysagiste Auguste Delvaux pour réaménager et réorganiser le parc. Delvaux en respecte le style paysager mais opte pour une structure plus ouverte avec moins d’arbres et de plantes, de plus vastes espaces gazonnés et davantage de perspectives. Il restaure la vue panoramique que l’on y avait sur la vallée de la Senne et la ville de Bruxelles en taillant tout ce qui l’entrave et en préservant les deux buttes au sud et à l’est du parc. Il crée aussi deux nouvelles perspectives à partir des plaines de jeu et du futur square Lainé. Au centre du parc, il prévoit une grande plaine de jeu octogonale et à l’ouest de celle-ci une plus petite, attenante et pourvue d’un bac de sable pour les tout-petits. Avec son tracé légèrement modifié, sa plaine de jeu entourée de quatre allées rectilignes, ses trois grands espaces gazonnés dont un du côté de la place Rochefort, un autre du côté du square Lainé et un troisième en pente raide du côté de l’avenue du mont Kemmel, ainsi que ses nombreux nouveaux bancs, le parc acquiert à peu près la physionomie que nous lui connaissons aujourd’hui.

L’aménagement du square de la Délivrance à l’angle de l’avenue du mont Kemmel et de l’avenue Besme date de la même époque. La pelouse de plan triangulaire de la nouvelle place est plantée d’un arbre baptisé l’Arbre de la Liberté, en mémoire des soldats, condamnés et déportés de la Grande Guerre (voir square de la Délivrance).
En 1927, les jardiniers de la commune étrennent en bordure du parc le long de l’avenue Reine Marie-Henriette, un bâtiment (B, avenue Reine Marie-Henriette 60) flambant neuf mais discret car situé en haut d’une colline escarpée et entouré de verdure. Ils peuvent y entreposer leur matériel, cultiver des plantes et se détendre.
En 1936, une fontaine est installée à proximité de la plaine de jeu. Il s’agissait d’une fontaine à deux bassins polygonaux de taille dégressive superposés, aujourd’hui disparue.
En 1937, l’architecte Maurice Van Ysendyck dessine les plans d’un chalet (A, avenue des Villas 80) à bâtir à hauteur de la plaine de jeu au centre parc. Le bâtiment est initialement aménagé en café-restaurant, mais plus tard il recevra diverses affectations.

La jonction entre le parc de Forest et le parc Duden

L’aménagement du square Lainé en 1949 dans le but de jeter un pont entre le parc de Forest et le parc Duden est l’aboutissement d’un projet de longue date puisqu’en 1884, le roi Léopold II avait déjà acquis les terrains nécessaires à sa réalisation. Le nouveau square est approuvé dans le cadre du Projet d’aménagement du quartier des parcs ratifié par l’arrêté royal du 08.02.1912 et légèrement modifié par celui du 11.08.1926. Il faudra cependant attendre encore des années avant que le projet ne se concrétise définitivement. Le square Lainé consiste en une grande pelouse rectangulaire aménagée verticalement entre les deux parcs. Le nouvel accès au parc Duden, avec sa terrasse monumentale et son belvédère, est d’Auguste Delvaux.
En 1955, le parc s’enrichit d’une nouvelle buvette (C) flanquée d’un large auvent qui donne sur la grande plaine de jeu et sur le chalet situé de l’autre côté. Cette buvette a été construite aux frais des particuliers qui entendaient l’exploiter et se sont vu octroyer pour ce faire une concession de dix-huit ans qui sera prorogée à plusieurs reprises.


Le parc de Forest vu du square Lainé (photo 2016).


Le parc à l'heure actuelle

Le parc de Forest est classé comme site par arrêté royal du 04.06.1973. Quelques mois plus tard, le parc Duden bénéficiera du même privilège.
Aujourd’hui le parc de Forest est la propriété de la Commune de Forest qui en assume la gestion. En 2010, Beliris a fait faire une étude en vue de sa restauration et revalorisation.

Patrimoine
La Jeune femme penchée (D) est une sculpture romantique située en bordure du parc du côté de l’avenue Reine Marie-Henriette (en face du Lycée royal). Cette œuvre en pierre artificielle rose signée Maurice De Korte (1889-1971) en 1955 se dresse sur un socle maçonné de forme rectangulaire et représente une jeune femme nue ramassant un coquillage.

Statue d'une jeune femme penchée, Maurice De Korte, 1955 (photo 2016).


Un monument commémorant la lutte pour le suffrage universel (E) se dresse sur la pelouse située au début de l’avenue Reine Marie-Henriette. Il a été inauguré en 1990. Il consiste en un monticule de pavés en haut duquel est scellée une plaque avec l’inscription «SERMENT DE SAINT-GILLES 1890-1990. HOMMAGE LA LUTTE POUR LE SUFFRAGE UNIVERSEL. 1 homme = 1 voix», et a été réalisé par le personnel de la commune.
Le monument rappelle les 100.000 manifestants du Parti ouvrier belge qui, le 10 août 1890, ont prêté le «serment de Saint-Gilles» dans le parc de Forest. Les pavés sont une allusion à la révolution sociale et libérale.

Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaire

Sources

Archives
ACF/TP dossier 49, A.R. 15.03.1876; 45, A.R. 08.02.1912; 40, A.R. 11.08.1926.
Archives du Cercle d’histoire et du patrimoine de Forest, dossier «Parcs à Forest».

Ouvrages
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DEROM, P., Les sculptures de Bruxelles. Catalogue raisonné, Galerie Patrick Derom, Bruxelles, 2002, p.88.
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FRANCIS, J., La chanson des rues de Forest, Louis Musin éditeur, Bruxelles, 1976, pp.60-61.
D’OSTA, J., Dictionnaire historique des faubourgs de Bruxelles, Paul Legrain, Bruxelles, 1989, pp.110-128.
GRONTMIJ en partners, Park Vorst, voorafgaandelijke studies. Eindrappport (étude inédite réalisée à la demande de Beliris), 27.10.2010.
LOMBAERDE, P., Léopold II. Roi-bâtisseur (Catalogue d’exposition)Pandora, Bruxelles1995, pp.70-77.
PIERRON, S., Histoire illustrée de la Forêt de Soignes. Tome 1. La géographie – L’histoire – La juridiction, La Pensée BelgeBruxelles, s.d.
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RANIERI, L., Léopold II Urbaniste, Hayez, Bruxelles, 1973, pp.41-46.
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Le guide fidèle contenant la description de la ville de Bruxelles tant ancienne que moderne, celle de ses Faux-Bourgs et de ses huit chefs-Mayeries, savoir Vilvorden, Grimberghe, Gaesbeke, Rode, Assche, Merchtem, Campenhout et Capelle. Ouvrage curieux et utile, AGR-ARA, Bruxelles, 1996 (1761).