La rue de Moorslede relie la rue Stéphanie à la rue Dieudonné Lefèvre. Sur son parcours, elle croise la rue Marie-Christine, est interrompue par la place Joseph Benoît Willems puis rencontre successivement les rues Meyers-Hennau, de la Briqueterie et Drootbeek.

L’artère est créée en vertu de l’arrêté du royal du 14.05.1879. Seul le premier tronçon, entre les rues Stéphanie et Marie-Christine, est toutefois percé à cette époque, à travers des terrains appartenant à la Compagnie Immobilière de Belgique et au Bureau de Bienfaisance de Laeken, avec lesquels la Commune signe une convention, respectivement les 15.12.1879 et 20.12.1880. Le reste de la rue est ouvert en plusieurs phases: vers 1894 pour le tronçon jusqu’à la place Willems, vers 1903 pour la partie entre la place et la rue Drootbeek. Prévue dans le cadre de la création du boulevard Émile Bockstael, par arrêtés royaux des 18.02.1899 et 05.10.1900, la dernière portion n’est percée que vers 1920.

L’artère est à l’origine baptisée rue de l’Archiduc Rodolphe, en l’honneur de Rodolphe de Habsbourg, qui épousera en 1881 la princesse Stéphanie de Belgique. Peu après la Première Guerre mondiale, la rue reçoit une nouvelle dénomination, comme d’autres artères bruxelloises dont le nom faisait référence à l’Allemagne ou à ses alliés: elle est rebaptisée en souvenir d’une commune de Flandre occidentale, théâtre d’une offensive de l’armée belge lors de la Libération.

Résidentielle, la rue est essentiellement bâtie de maisons d’inspirations néoclassique ou éclectique, érigées progressivement entre 1881 et 1914. Du second style, pointons les nos117 (1904) et 125 (1902), dont le dôme de la travée d’entrée a perdu sa flèche. Ce bâti est complété dans l’entre-deux-guerres par des constructions de styles éclectique tardif, Beaux-Arts ou d’inspiration Art Déco, comme les nos146 (architecte F. Seeldraeyers, 1935) et 150. Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses maisons sont transformées, voire remplacées par des immeubles à appartements. Nombre d’habitations sont érigées en ensemble. Parmi elles, les nos78 et 80 (vers 1900), 81 à 87 (architecte Alb. Van Camp, 1910) et 145, 147 (architecte A. Hoeven, 1925).

Comme la plupart des artères du quartier, la rue de Moorslede comptait et compte toujours un grand nombre d’industries et ateliers se développant en intérieur d’îlot. Citons, par exemple, une manufacture de pianos au no95 (1902) et un commerce de charbons, cokes et briquettes au no243 (architecte A. Leclercq, 1913). Quant aux nos54-56 et 58-60, respectivement ancienne fabrique de boites métalliques Kouperman (architecte A. De Meulemeester, 1921) et ancienne scierie mécanique (1913), ils ont tous deux fait l’objet d’une profonde rénovation en 2015 dans le cadre d’un contrat de quartier: les bâtiments abritent aujourd’hui un centre de jeunes et une maison d’enfants, avec salle polyvalente et plaine de jeux en intérieur d'îlot.
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Sources

Archives
AVB/PP 3469 (1898), 3374 (vers 1900).
AVB/TP 57115 (1878-1886), 53107 (1893); 54-56: 27479 (1921), 52282 (1925); 58-60: Laeken 3148 (1913); 95: Laeken PV reg. 74 (27.10.1902); 81 à 87: Laeken PV reg. 116 (1910); 115, 117: Laeken 3983 (1904); 125: Laeken 4857 (1902); 145: 52293 (1925); 146: 44634 (1935); 147: 52294 (1925); 243: Laeken PV reg. 153 (30.10.1913).

Ouvrages
COSYN, A., Laeken Ancien & Moderne, Imprimerie scientifique Charles Bulens, Bruxelles, 1904, p. 138.
CULOT, M. [dir.], Bruxelles Hors Pentagone. Inventaire visuel de l'architecture industrielle à Bruxelles, AAM, Bruxelles, 1980, fiche 61.
VAN NIEUWENHUYSEN, P., Toponymie van Laken (thèse de doctorat en Philologie germanique), UCL, Louvain-la-Neuve, 1998, pp. 0509-0510, 1480.

Périodiques
Almanach du Commerce et de l’Industrie, «Archiduc Rodolphe (rue de l’)», 1893, 1902, 1914, 1920.

Sites internet
Contrats de quartiers durables