Artère au tracé irrégulier, la rue Alfred Stevens se situe dans le prolongement de la rue Fransman, par-delà la ligne de chemin de fer Bruxelles-Gand. Aboutissant au boulevard Émile Bockstael, elle croise sur son parcours les rues du Gaz et du Champ de la Couronne, de Ter Plast, Charles Ramaekers et Alphonse Wauters, avec laquelle elle dessine un petit square triangulaire longeant le boulevard Bockstael.

Tout comme les actuelles rues Fransman et Émile Wauters, la rue Alfred Stevens trouve son origine dans la rue de la Cave, une longue artère sinueuse qui menait de la rue Léopold Ier à la frontière avec Jette. Le 06.06.1882, la partie de cette artère s’étendant jusqu’à l’actuel boulevard Bockstael, ainsi qu’un chemin baptisé Meysse wegel, débutant à cette hauteur pour aboutir rue du Heysel, furent tous deux rebaptisés rue Fransman, en hommage à Edmond Alexandre Fransman (1837-1882), qui fut notamment échevin des Travaux publics à Laeken, où il possédait une maison de campagne. En 1935, la portion de l’artère située au nord du chemin de fer fut renommée rue Alfred Stevens jusqu’au boulevard Émile Bockstael, puis Émile Wauters jusqu’à la place Saint-Lambert. La rue Alfred Stevens est baptisée en l’honneur d’un peintre (1828-1906) qui fut notamment élève de François-Joseph Navez. Si l’attribution du nom de l’artiste à une rue de Laeken fut proposée dès l’année de son décès, ce n’est qu’en vertu des arrêtés du Collège de la Ville de Bruxelles des 04.01 et 05.04.1935 qu’une partie de la rue Fransman reçut cette dénomination.

À hauteur de la rue Fransman, la ligne Bruxelles-Gand était à l’origine franchie par un simple passage à niveau. Celui-ci fut remplacé en 1915 par une passerelle piétonne, constituée d’éléments de récupération de celle aménagée, sur demande du roi Léopold II, entre la propriété Vanderborght, résidence de la baronne de Vaughan, et le domaine du Stuyvenberg, au bas de l’actuel boulevard du Centenaire. La passerelle actuelle, en tôles d’acier pliées, a été placée en 2012-2013 (bureaux Ney & Partners et MSA).

Le premier bâti de l’artère s’érige essentiellement des années 1880 à la Première Guerre mondiale. Il s’agit pour la plupart de maisons modestes ou ouvrières de style néoclassique, pour la plupart fort transformées aujourd’hui. Pointons, aux nos82 à 86, un exemple bien conservé quoique tardif de cette typologie, portant le millésime «ANNO 1920». Ce bâti se complète, dans l’entre-deux-guerres, d’immeubles d’inspiration Art Déco. Notons qu’au no49 de la rue se trouvent les bâtiments de l’ancienne sous-station électrique des tramways de la ligne Bruxelles-Humbeek (voir ce numéro).

La partie sud du deuxième tronçon côté pair était jadis occupée par l’entreprise laitière La Nutricia, fondée en 1898 et spécialisée en alimentation pour nourrissons. Devenue Nutrella vers 1950, elle déménagea vers Bornem dans les années 1960. Le complexe fut démoli entre 1974 et 1976, pour laisser la place à un terrain vague. En 1998, la Ville de Bruxelles confia à l’Atelier d’Architecture de Genval l’implantation à cet endroit de l’Institut Paul-Henri Spaak (no20), un bâtiment de plan en boomerang devancé d’une cour circulaire, inauguré en 2002. Quant à la partie nord du même tronçon, elle accueille un complexe de logements sociaux du Foyer Laekenois (nos22 à 28), conçu en 1950 par les architectes François De Bondt, Auguste Peeters et Ferdinand Petit.

En face, dans le troisième tronçon côté impair, fut implantée, avant 1872, l’Usine à Gaz de Laeken. Gérée par la Compagnie anonyme du Gaz de Saint-Josse-ten-Noode, cette usine fut encore agrandie en 1907, avant de fermer ses portes juste avant ou pendant la Première Guerre mondiale. À sa place fut érigé un vaste complexe de logements sociaux conçus en 1921 (voir no35) et 1932 (voir nos25 à 33), également pour le Foyer Laekenois. Citons enfin un dernier ensemble de même typologie pour ce commanditaire: les nos40 et rue Charles Ramaekers 49 et 51 (architectes Art. Paulis et Fr. Thomisse, 1950).

Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaire

Sources

Archives
AVB/AR rues, boite 20–24, cote 24, no7 (15.01.1935).
AVB/TP 20: 105783 (1998); 22 à 28: 62243 (1950); 40: 62245 (1950).

Ouvrages
Le livre d’or de l’Exposition universelle et internationale Bruxelles 1935
, Comité exécutif de l’exposition, Bruxelles, s.p.
VAN KRIEKINGE, D., Essai de toponymie laekenoise, Laeken, 1995, s.p.
VAN NIEUWENHUYSEN, P., Toponymie van Laken (thèse de doctorat en Philologie germanique), UCL, Louvain-la-Neuve, 1998, p. 520.

Périodiques
VAN KRIEKINGE, D., «Het I.P.H.S. – Institut Paul-Henri Spaak», Laca Tijdingen, année 14, 3, 2003, pp. 23-24.
VAN KRIEKINGE, D., «Laken vroeger en nu. De Alfred Stevensstraat (voorheen Fransmanstraat)», Laca Tijdingen, année 14, 4, 2003, pp. 19-20.
VAN KRIEKINGE, D., «Ik heb twee verdwenen plekken in Laken gekend… Herinneringen van de moeder van ons werkend lid Guy Fautsch», Laca Tijdingen, année 16, 4, juin 2005, pp. 25-28.

Sites internet
www.bruciel.brussels.