Reliant la rue de la Loi au square Ambiorix, le boulevard Charlemagne croise en son milieu la rue Stevin. La rue Joseph II y aboutit.

Cette large artère est ouverte suivant le plan d'aménagement du quartier Nord-Est, dessiné par l'architecte Gédéon Bordiau et approuvé par l'arrêté royal du 20.12.1875.

Elle doit son dessin courbe à la présence du chemin de fer traversant le quartier, qui court sous son tracé. À l'origine, la ligne était située en tranchée, à l'air libre. Dans le tronçon nord du boulevard, elle était bordée de deux bandes de circulation. Après son passage sous la rue Stevin, elle occupait la moitié de l'artère, le long du couvent de Berlaimont, jusqu'à une station située rue de la Loi, ancêtre de la gare Schuman.

Le boulevard Charlemagne traversé par le chemin de fer de ceinture, détail d’un plan des terrains à vendre au quartier Nord-Est, vers 1880, AVB/PP 3481.

Aujourd'hui, l'ouverture du tronçon nord a cédé la place à un terre-plein planté de végétation, ponctué de deux bouches d'aération circulaires et bordé d'emplacements de parking. Au-delà d'un rond-point, le tronçon sud, toujours à une seule bande, est bordé depuis les années 1960 par l'imposant Berlaymont, un complexe de bureaux conçu en 1959-1960 par les architectes Lucien De Vestel, Jean Gilson, André et Jean Polak à l'emplacement du couvent éponyme (rue de la Loi 200). La station est désormais enterrée.

Le boulevard porte un nom historique, tout comme la plupart des artères du quartier, baptisées en lien avec l'histoire du jeune État belge ou celle, plus ancienne, des régions dans lesquelles il se situe. À l'instar de celles du boulevard Clovis et de la rue Charles Martel, sa dénomination renvoie à la période franque : Charlemagne fut roi des Francs de 768 à 814. Elle est attribuée par arrêtés du Collège de la Ville de Bruxelles des 14.04 et 15.05.1877.

À l'origine, l'artère est bâtie de maisons néoclassiques ou éclectiques, conçues pour la plupart entre 1879 et 1906. Parmi celles-ci, sur un angle, trois maisons sont dues à l'architecte Édouard Elle (voir nos 26 et 28). Une autre, maison personnelle de l'architecte Georges Dhaeyer, présente une façade d'inspiration néogothique (voir no 34). Elle fait aujourd'hui partie de la Résidence Charlemagne, comprenant appartements, commerces et parkings, qui regroupe les nos 30 à 36, profondément rénovés.

Boulevard Charlemagne 68, élévation, AVB/TP 25360 (1898).

Le no 68, conçu en 1898 par l'architecte Édouard Ramaekers pour le ferronnier d'art Joseph Meert, a quant à lui été démoli. La pierre bleue et les ferronneries de sa façade ont cependant été conservées, de sorte que cette dernière a pu faire l'objet d'un remontage, à l'aide de nouvelles briques, dans le courant des années 2000. Son intérieur est actuellement relié au no 64-66. L'architecte avait en outre dessiné pour le ferronnier un atelier arrière, qui fut agrandi en 1900 par l'architecte Antoine Aulbur.

Le boulevard compte également deux maisons de style Beaux-Arts, datant de 1911 et 1912 (voir nos 27a et 38).

Après la Seconde Guerre mondiale, une large part des constructions d'origine a dû céder la place à d'imposants immeubles. L'artère aurait cependant été encore plus dénaturée si tous les projets de démolition et reconstruction avaient été autorisés à voir le jour.

Concernant les immeubles de bureaux, citons, outre le Berlaymont, le complexe Charlemagne, qui lui fait face. Conçu en 1964 par l'architecte Jacques Cuisinier et rhabillé en 1998 par l'architecte Helmut Jahn (rue de la Loi 170), il remplace notamment, à l'angle de la rue de la Loi, cinq immeubles de l'architecte Almain-De Hase, les quatre premiers de 1879, le cinquième de 1884. À l'angle de la rue Joseph II s'élevait en outre une maison avec atelier d'artiste-peintre (architecte L. Martin, 1888). Le premier numéro de la rue est aujourd'hui l'International Press Center, qui arbore une façade en modules de béton blanc (voir no 1).

Boulevard Charlemagne, premier tronçon côté pair, à l’angle de la rue Joseph II, maison avec atelier d’artiste-peintre, architecte L. Martin, élévation, AVB/TP 25328 (1888).

Au no 45-47 (1966), qui porte également le no 40 square Ambiorix, ainsi qu'au no 92 (1964), l'architecte Jacques Mignolet a conçu deux immeubles à appartements de dix étages pour la SA Amelinckx. Le premier remplace cinq bâtiments. Parmi eux, le no 47, une maison conçue en 1899 pour l'ingénieur Henri Trullemans, dotée sur l'angle d'un oriel sous toit en pavillon. À la gauche de celle-ci, vers le square, s'élevait la maison du baron Théophile de Jamblinne de Meux (architecte Jules Barth, 1893). En 1902, ce dernier avait fait construire des écuries sur son terrain arrière, donnant au no 45 du boulevard.

De par la proximité des institutions européennes, divers hôtels de haut standing ont également fleuri. Parmi eux, le First Euroflat Hotel au no 50-62 (1975), le Martin's Central Park au no 80-84 (architecte Gérard Clotuche, 1988) ou encore l'ancien hôtel Dorint, aujourd'hui Silken Berlaymont, au no 11-19 (atelier d'architecture Serge Roose, 1993). Ce vaste complexe, qui s'étend jusqu'au no 16-26 de la rue Archimède, remplace, en intérieur d'îlot, des hangars conçus pour l'entrepreneur Auguste Grégoire en 1904.
Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaire

Sources

Archives
AVB/TP Premier tronçon côté pair : 13980 (1879), 25345 (1884), 25328 (1888) ; 11-19 : 25337 (1904), 105602 (1993), 106027 (1993) ; 45-47 : 6608 (1892-1902), 84349 (1966) ; 50-62 : 86066 (1975) ; 68 : 25360 (1898-1900) ; 80-84 : 90715 (1987), 90544 (1988) ; 92 : 85011 (1964).
AVB/Bulletin communal de Bruxelles, 1877, t. I, p. 315.
AVB/PP 953 (1875), 956-957 (1879).

Périodiques
11-19 
: LOZE, P., « L'hôtel Dorint à Bruxelles par l'atelier d'architecture Serge Roose », A+, 142, 1996, pp. 25-27.