Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaireLa rue Georges Moreau relie la place du Conseil à la rue des Goujons, formant plusieurs légers coudes sur son parcours: au croisement avec la rue de l’Instruction, au carrefour avec les rues de l’École Moderne et Eloy, puis au croisement avec la rue des Vétérinaires.

L’artère fut percée en trois phases. Son premier tronçon s’inscrit dans le nouveau quartier résidentiel imaginé par l’inspecteur-voyer Victor Besme pour Cureghem, dont le projet fut accepté par le Conseil communal en séance du 09.11.1863. Comprise entre la chaussée de Mons au nord-ouest, la rue de l’Instruction (à créer) au sud-ouest et la nouvelle station du Midi au sud-est, la zone fit l’objet d’un projet définitif, dressé par Besme en décembre 1871 et janvier 1872, approuvé par le Conseil communal en séance du 21.03.1872 puis par l’arrêté royal du 01.05.1872. Large de dix-huit mètres, le tronçon constitue l’une des artères rayonnant géométriquement à partir de la place du Conseil.

Au-delà de la rue de l’Instruction, une prolongation en droite ligne jusqu’à la rue des Goujons avait été validée dès 1864, au-dessus de la branche intermédiaire reliant la Petite Senne à la Senne. Ce n’est toutefois que dans le cadre du Plan de l’extension du Quartier de Cureghem, concernant le quartier de l’École de Médecine vétérinaire, dressé par Besme en 1890 et validé par l’arrêté royal du 01.07.1891, que fut prévue la portion d’artère comprise entre les rues de l’Instruction et des Vétérinaires. Large de seulement seize mètres, elle devait rejoindre en diagonale l’angle nord du site de l’École vétérinaire. Par l’arrêté du 22.01.1901, le tronçon compris entre les rues Eloy et des Vétérinaires fut finalement légèrement décalé vers l’ouest et prolongé d’une dernière portion, de même largeur, bordant le site de l’école jusqu’à la rue des Goujons.

L’artère fut initialement baptisée rue Auber, sans doute en hommage à Esprit Auber (1782-1871), compositeur français, notamment auteur de La Muette de Portici. Cette dénomination fut remplacée le 25.07.1904 par l’actuelle, renvoyant au bourgmestre de l’époque, Georges-Alphonse Moreau (1843-1919), qui occupa cette fonction de 1884 à 1919.

Juste au sud de la rue de l’Instruction, l’artère enjambait via un pont la branche intermédiaire de la Senne, jusqu’à son assèchement dans les années 1950.

Bien que son premier tronçon ait été ouvert dans les années 1870, celui-ci ne s’est bâti qu’à partir de 1890. L’ensemble de la rue s’est progressivement couvert de constructions jusque vers 1910. Il s’agit de maisons bourgeoises ou de rapport d’inspiration néoclassique ou, le plus souvent, de style éclectique. Parmi elles, citons les nos6 (1893), 28, conçu par l’architecte Pierre Lemaire pour son propre compte en 1902, 64, érigé en 1902 par l’entrepreneur Louis Molle pour lui-même ou un membre de sa famille, 87 (architecte F. Dumont, 1911), 130 (1909), 132 (architecte Apollon Lagache, 1909), 138 (1909), 152 (architecte J. Rosschaert, 1910), 154 (1911) ou encore 176 (1907), peut-être dû à l’architecte Arthur Nélissen. Nombre de maisons présentent un rez-de-chaussée commercial, comme les nos63 (1904), 90-92 (1910) et 113 (1906). Diverses entreprises se sont en outre établies dans la rue, souvent en intérieur d’îlot. Citons le no48, conçu, vraisemblablement en 1903, avec un vaste atelier arrière à façade-pignon pour l’entrepreneur de maçonneries A. Dubois, le no52 (architecte Pierre Finders, 1901), lui aussi doté d’un atelier, ou encore les nos178-180 et 182-184, deux immeubles de rapport conçus en 1905 avec un magasin arrière. À noter que quatre des maisons du premier tronçon de la rue côté impair ont été annexées par l’hôtel communal, qui s’étend largement dans l’îlot (voir place du Conseil no 1).

La rue compte par ailleurs plusieurs établissements scolaires. Au no 104-106, la Voorzienigheidsschool, établie dans un bâtiment conçu en 1974 par l’architecte Achiel Aelbrecht, appartient à un complexe paroissial remontant à 1908 (voir rue Eloy nos 74 à 80) et initié par le curé de Saint-François Xavier, dont l’habitation subsiste juste à gauche (voir no 102). De l’autre côté de la rue, un mur de briques borde la cour de récréation de l’École communale Carrefour (voir rue Eloy no 114). À la fin de l’artère, l’Institut technique communal Marius Renard (voir no 105-107) occupe une parcelle aboutissant rue des Goujons. À droite de cette école, se trouvent quelques maisons de l’entre-deux-guerres, dont le no99 (1929), de style Art Déco. Pointons enfin, au no112, un immeuble à appartements passif érigé pour le Foyer Anderlechtois en 2014-2015 (architectes Bogdan & Van Broeck).

Sources

Archives
ACA/Urb. Registre des rues.
ACA/Urb. 6: 5532 (05.07.1893); 28: 8947 (20.06.1902); 48: 9431 (22.05.1903); 52: 8746 (27.12.1901); 63: 10135 (10.01.1905); 64: 9267 (10.02.1903); 87: 13119 (22.09.1911); 90-92: 12577 (03.06.1910); 99: 22245 (11.10.1929); 113: 10771 (13.04.1906); 130: 12129 (23.04.1909); 132: 12450 (01.02.1910); 138: 12408 (17.12.1909); 152: 12800 (20.12.1910); 154: 12914 (25.03.1911); 176: 11261 (22.03.1907); 178-180: 10651 (16.01.1906); 182-184: 10648 (12.01.1906).

Ouvrages
VAN AUDENHOVE, J., Les rues d’Anderlecht, Commémoration du vingtième anniversaire de la fondation d’Anderlechtensia, C.A.F.H.A, 1995, pp. 25, 181.

Périodiques
Almanach du Commerce et de l’Industrie, «Auber (rue)», 1878.
Almanach du Commerce et de l’Industrie, «Georges Moreau (rue)», 1906.

Cartes / plans
BESME, V., Plan d’ensemble du Quartier de Cureghem, 01.12.1871 et 30.01.1872.
BESME, V., Plan de l’extension du Quartier de Cureghem. Emplacement de la nouvelle Ecole de Médecine vétérinaire, 27.08.1890.