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Pentue, l'avenue Huart Hamoir relie la place Princesse Élisabeth à la chaussée d'Helmet. Épine dorsale du quartier Monplaisir-Helmet, elle s'impose comme l'une des plus larges avenues-promenades de la capitale, sur le modèle du quartier des Squares, aménagé quelques années plus tôt sur le territoire de Bruxelles. Dotée d'un terre-plein central arboré, l'avenue affecte une forme elliptique vers le milieu de son parcours, portant sa largeur de 60 à 120 mètres et formant un square traversé de chemins, orné de rocailles et doté en son centre d'une aire de jeux pour enfants. Elle y distribue symétriquement les principales artères du quartier. À gauche, les avenue Albert Giraud et Sleeckx y aboutissent, tandis qu'à droite y débutent les avenues Jean Jaurès et Maurice Maeterlinck. Reprenant sa forme rectiligne, elle croise ensuite le square François Riga, comme une seconde respiration sur son parcours. Dans son dernier tronçon, l'église de la Sainte-Famille prend place sur le terre-plein, clôturant la perspective initiée par la gare de Schaerbeek.

L'avenue s'inscrit comme l'artère principale du quartier Monplaisir-Helmet, dont le plan de voiries dressé par l'ingénieur communal des Travaux Octave Houssa est approuvé en séance du Conseil communal du 03.11.1904 puis par l'arrêté royal du 21.04.1906, en même temps que ceux des trois autres nouveaux quartiers de Schaerbeek – Monrose, de Linthout et de la Vallée Josaphat. Sa largeur considérable généra de nombreuses discussions, le but initial étant de permettre une vue panoramique vers le domaine royal de Laeken. L'artère est ouverte en 1908-1909.

Sur le tracé de la future avenue, juste en contrebas du square elliptique, prenait anciennement place la maison de plaisance dénommée Monplaisir. Édifiée vers 1690 pour Pierre Ferdinand Roose et reconstruite au début du XIXe siècle, elle connut un occupant fameux en la personne de Charles de Lorraine, qui la loua de 1752 à 1780 et y organisa chasses et fêtes. Une manufacture de porcelaine s'y tint de 1786 à 1790. Le domaine fut exproprié dans le cadre de la création du quartier et la maison et ses dépendances furent détruites en 1907.

La dénomination de l'artère lui est attribuée en séance du Conseil communal du 23.03.1906. Lors de cette même séance, une rue portant le même nom dans le quartier Monrose est rebaptisée rue Joseph Coosemans. Achille Huart Hamoir (1841-1913), homme politique libéral et franc-maçon, fut bourgmestre de Schaerbeek de 1903 à 1909.

Avenue Huart Hamoir, square elliptique, vue prise durant l'entre-deux-guerres (Collection Dexia Banque-ARB-RBC).

Dévolue à la promenade, l'avenue présente diverses sculptures sur son terre-plein. Un socle irrégulier en rocaille présente un médaillon de bronze figurant le profil de Jacques Georgin (sculpteur Gustave Fischweiler, sans date), militant francophone assassiné par des extrémistes flamands en 1970. Plus loin se dresse un buste en marbre de Carrare sur haut socle en pierre blanche gravé de silhouettes de jeunes gens, conçu en 1964 par le sculpteur Idel Ianchelevici. Il commémore Henri Jaspar (Schaerbeek, 1870 – Saint-Gilles, 1939), avocat et homme d'État catholique belge rendu fameux notamment par son combat en faveur de la protection de l'enfance. Enfin, un monument en arc de cercle, en pierre bleue rehaussée de bronze, honore les campagnes d'Afrique de 1885 à 1960. Il est dû au sculpteur Willy Kreitz. Neuf petits blocs de pierre bleue délimitent un cercle autour du monument.

Sur le square elliptique prennent place deux abris en rocaille, à poteaux en imitation de tronc et toiture autrefois couverte de chaume. Le premier, rectangulaire sous toit à croupes, présente des parois en fausses planches. Le second, hexagonal sous toit conique, conserve des bancs à structure en faux branchages. Jusqu'il y a peu, deux tables en rocaille avec petits sièges prenaient place non loin; l'ensemble est aujourd'hui remplacé par un mobilier contemporain.

L'avenue est plantée de nombreux arbres, certains référencés comme remarquables. Sur les trottoirs alternent ginkgo biloba fastigiata et cerisiers du Japon. Sur le terre-plein se dressent notamment des frênes communs, des frênes de Biltmore, des marronniers communs, des hêtres, des platanes à feuilles d'érable, des tilleuls et des houx.

L'avenue apparaît résolument résidentielle, bâtie de maisons unifamiliales, tels les nos160 à 164 (1921), ou à logements multiples et de petits immeubles à appartements. Des commerces prennent place aux rez-de-chaussée entre le square Riga et la chaussée d'Helmet. La monumentalité de l'artère ne laisse pas soupçonner le nombre important d'ateliers et de manufactures en intérieur d'îlot. Citons un laboratoire de photographies (voir no18-20) et une manufacture de lingerie (voir no136-138).

Avenue Huart Hamoir 90, élévation, ACS/Urb. 141-90 (1936).

L'avenue se bâtit relativement lentement. Marquée par l'éclectisme – comme aux nos14 et 16 (vers 1913) –, la Renaissance flamande – tel le no61 (architecte A. Dankelman, 1913) – et l'Art nouveau, la première phase de construction débute en 1908 et s'achève avec la Première Guerre mondiale. De 1922 à 1935 s'étend une deuxième campagne d'édification, caractérisée par l'éclectisme tardif, le style Beaux-Arts, l'Art Déco et, plus rarement, le modernisme (no90, architecte V.Lievens, 1936). Actif dans les deux premières phases, l'architecte J. Van Den Eng signe six maisons sur l'avenue: dont les nos50, 73 et 140 (voir ces numéros). Après la Seconde Guerre mondiale, les parcelles vierges se font plus rares et sont bâties de maisons ou de petits immeubles à appartements modernistes. L'architecte G. Nauts en construit dix, dont huit pour le même commanditaire, entre 1950 et 1957.

Sources

Archives
ACS/Urb. 14, 16: 141-14; 61: 141-61; 90: 141-90; 160 à 164: 141-160-164.
ACS/TP Dénomination des rues II.
ACS/Bulletin communal de Schaerbeek, 1904, pp. 508-526.
Maison des Arts de Schaerbeek/fonds local.

Ouvrages
BERTRAND, L., Schaerbeek depuis cinquante ans. 1860-1910, Librairie de l'Agence Dechenne, Bruxelles, 1912, p. 59.
CULOT, M. [dir.], Schaerbeek. Inventaire visuel de l'architecture industrielle à Bruxelles, AAM, Bruxelles, 1980-1982, fiche 107.
DEROM, P., Les sculptures de Bruxelles. Catalogue raisonné, Galerie Patrick Derom, Bruxelles, 2002, p. 117.
GUILLAUME, A., MEGANCK, M., Atlas du sous-sol archéologique de la Région de Bruxelles, Schaerbeek, 16, Direction des Monuments et des Sites – Musées royaux d'Art et d'Histoire, Bruxelles, 2006, pp. 75-80.


Cartes / plans
HOUSSA, O., Plan no3. Aménagement des quartiers Mon Plaisir et Helmet, 11.04.1904 (ACS/TP).

Sites internet
Inventaire des arbres remarquables, avenue Huart Hamoir