La rue relie, selon un tracé rectiligne, la chaussée de Wavre à la place de Londres.

D'abord dénommée rue des Champs puis rue de Vienne, la rue est rebaptisée après la Première Guerre mondiale en mémoire du Major René Dubreucq. Cet ardent propagandiste de l'entreprise coloniale belge, mort au combat en 1914, était secrétaire de l'Union coloniale (1852) et publia l'ouvrage À travers le Congo Belge (1909).

La rue compte parmi les artères créées lors de l'urbanisation progressive de l'ancien Faubourg de Namur, suite au démantèlement des fortifications de Bruxelles à la fin du XVIIIe siècle. Les ouvrages défensifs sont alors nivelés, les terrains sur lesquels ils avaient été érigés vendus et, pour la plupart, rendus à l'exploitation agricole. Les terrains situés à gauche de la chaussée de Wavre sont longtemps épargnés par l'urbanisation; à l'exception d'une villa et de deux métairies, on ne trouvait jusqu'à la guinguette La Rose Blanche que des jardins et des sablonnières.

La rue est ouverte dans les années 1830 afin de relier entre elles l'ancienne chaussée de Wavre et la zone de l'Esplanade, un terrain vague situé à proximité de la porte de Namur et utilisé comme plaine des manœuvres jusqu'à ce que l'aménagement des boulevards, à partir de 1829, rendent les exercices d'artillerie impossibles. Laissée à l'état d'abandon, la zone s'urbanise peu après 1850 suite à son annexion à la Ville de Bruxelles (arrêté royal du 23.08.1851).

Le tracé de la rue Major R. Dubreucq reprend partiellement celui de l'ancien Chemin de l'Argile qui débutait chaussée de Wavre, à hauteur du Chemin des Tulipes (voir rue de la Tulipe), et se prolongeait ensuite vers la commune de Saint-Josse-ten-Noode par le chemin des Noyers (DE BOUGE, 1823; VANDERMAELEN, Ph., 1837).

Le bâti d'origine se construit tout au long de la seconde moitié du XIXe siècle et aligne de sobres maisons d'habitation néoclassiques de deux ou plus fréquemment trois niveaux de hauteur décroissante, et deux ou trois travées (voir nos 23, 25) ; au n°21, fortement remanié, les fenêtres à arc en plein cintre du premier étage trahissent l'influence du style Empire. Par leur similitude les façades, enduites et sobres, conféraient à l'ensemble de la rue une grande unité architecturale que diverses transformations ont altéré: peu d'immeubles conservent leur ordonnance néoclassique primitive. Dès la fin du XIXe siècle, des immeubles sont surhaussés d'un étage, pourvus d'une devanture commerciale et, plus tard, recouverts d'un parement de briquettes. D'autres sont enrichis d'éléments d'inspiration classique tels que l'habillement du rez-de-chaussée avec un parement à bossages, l'ajout d'encadrements moulurés à hauteur des fenêtres ou d'un balcon, etc. (n°28: maison néoclassique construite en ensemble avec le n°30, milieu du XIXe siècle, rhabillée en 1887 par l'ajout de bossages, d'un balcon axial à garde-corps métallique; n°25 : éléments décoratifs ajoutés en 1903).
L'immeuble sis au n°35 fait partie du complexe scolaire de l'Athénée Charles Janssens dû aux architectes Constant Bosmans et Henri Vandeveld (1903; voir place de Londres n°5).

La rue accueillait autrefois quelques ateliers ou entrepôts bâtis en intérieur d'îlot (l'immeuble sis au n°12 donnait accès à un entrepôt de charbon, tous deux en très mauvais état de conservation (IVAI, 1980-82, 8, fiche 35); un atelier de tissage se trouvait au n°25 (IVAI, 1980-82, 8, fiche 28).
Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaire

Sources

Archives
ACI/TP Historique des rues (1925).
ACI/Urb. 23: 220-23; 25: 220-25; 30: 220-30.
12: CULOT, M. (dir.), Ixelles. Inventaire visuel de l'architecture industrielle à Bruxelles, AAM, Bruxelles, 1980-1982, fiche n°35.
25: CULOT, M. (dir.), Ixelles. Inventaire visuel de l'architecture industrielle à Bruxelles, AAM, Bruxelles, 1980-1982, fiche n°28.
35: voir place de Londres n°5.

Ouvrages
GONTHIER, A., Histoire d'Ixelles, Le Folklore Brabançon éd., Impr. De Smedt, Bruxelles, 1960, pp. 138-147.
LE ROY, P., Monographie de la commune d'Ixelles, Imprimerie Générale, Bruxelles, 1885, pp. 201-203.

Périodiques
HAINAUT, M., «Une rue d'Ixelles porte leur nom, 1e partie de A à G», Mémoire d'Ixelles, 28, 1987, p. 39.
«Répertoire des voies publiques d'Ixelles en 1991», Mémoire d'Ixelles, 46-47, 1992, p. 43.
Inventaire visuel de l'architecture industrielle à Bruxelles. Ixelles, AAM, Bruxelles, 1980-82, 8, fiches n°28 et n°35.

Cartes / plans
DE BOUGE, Plan topographique de la Ville de Bruxelles et de ses faubourgs, publié pour 1823, Bruxelles, 1823.
VANDERMAELEN, Ph., Atlas cadastral du Royaume de Belgique–Province du Brabant. Plan parcellaire de la commune d'Ixelles 1836, Bruxelles 1837.