Typologie(s)

immeuble de bureaux
poste d'émission
rez-de-chaussée commercial

Intervenant(s)

Joseph DIONGREarchitecte1935-1938

Statut juridique

Classé depuis le 28 avril 1994

Styles

Modernisme

Inventaire(s)

  • Actualisation de l'inventaire d'urgence (Sint-Lukasarchief - 1993-1994)
  • Actualisation du projet d'inventaire régional du patrimoine architectural (DMS-DML - 1995-1998)
  • Le patrimoine monumental de la Belgique. Ixelles (DMS-DML - 2005-2015)

Ce bien présente l’(es) intérêt(s) suivant(s)

  • Artistique
  • Esthétique
  • Historique
  • Urbanistique

Recherches et rédaction

2009-2011

id

Urban : 19447
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Description

Immeuble de bureaux et studios d'enregistrement à rez-de-chaussée commercial de style moderniste, architecte Joseph Diongre, 1935-1938.

Historique
Créé en 1930, l'Institut national de radiodiffusion (INR) réside alors dans diverses installations éparpillées à Ixelles. Très rapidement, on constate que la construction d'une infrastructure adaptée est indispensable. En 1932, la Commune d'Ixelles vend à l'INR une large parcelle de terrain située sur le côté sud de la place Sainte-Croix.

En 1933, un concours d'architecture est mis sur pied. Quarante architectes décident d'y participer malgré des exigences techniques vagues. En effet, la seule exigence clairement énoncée émane du Conseil communal: les rez-de-chaussée devront être dévolus au commerce (avec caves et entresols). À l'époque, très peu de bâtiments destinés à la diffusion d'ondes sonores existent. L'acoustique et l'insonorisation ne sont pas encore au point. Les solutions qui ont été adoptées à Londres et à Berlin ne conviennent pas à Ixelles en raison de l'emplacement et de la taille du terrain. Il faut dès lors innover. Le jury est composé de treize membres dont trois architectes (Jean-Baptiste Dewin, Louis Van Hove et Victor Horta), des membres du conseil d'administration de l'INR et de deux ingénieurs de la BBC. Suite à des protestations, l'architecte Henry Van de Velde vient les rejoindre (remplacé par Émile Van Averbeke lors de la deuxième épreuve). À l'issue du concours, le manque de technicité des projets ne permet pas de désigner un vainqueur.

Ancien Institut national de radiodiffusion, projet initial de J. Diongre, 1933 (© fonds d’archives BRT), reproduit dans [i]Flagey[/i], 2002.

Un second concours est alors lancé. Cette fois, le programme est plus précis et contient de nombreuses directives techniques ainsi qu'un projet préliminaire mettant l'accent sur l'isolement acoustique des studios. Seuls quinze candidats y prennent part. Le lauréat, l'architecte Joseph Diongre, est choisi par onze voix contre trois abstentions. Son projet répond parfaitement aux exigences techniques du programme et l'esthétique choisie exprime elle-même la technicité. Des membres du Conseil communal diront d'ailleurs qu'il s'agit «d'une belle usine». L'INR est une véritable usine à sons.

À la demande de l'ingénieur Raymond Braillard, quelques modifications sont apportées au projet initial, notamment la tourellePetite tour engagée dans un bâtiment, généralement sur un de ses angles. qui habille l'antenne d'émission pour la télévision. En effet, vingt ans avant l'apparition de ce média en Belgique, on en prévoyait déjà le développement.

Le chantier est entamé en 1935. Un cinquième étage est alors ajouté du côté de la place Flagey et les rez-de-chaussée commerciaux sont supprimés à l'exception des vitrines, faute de place. L'INR est entièrement construit sur 836 pieux en béton, de 11 à 12 mètres de long et 60 centimètres de diamètre. Ce système était nécessaire vu la composition du sol, gorgé d'eau à proximité de l'étang.

Ancien Institut national de radiodiffusion (Collection Dexia Banque).

Le bâtiment est inauguré en 1938. Durant 35 ans, il servit à la radiodiffusion, à l'enregistrement et à la diffusion de concerts de musique classique, de jazz, et de musiques nouvelles et, à partir des années 1950, à la télévision. Il devient très rapidement trop petit, vu le développement considérable de la télévision. Dès 1960, la BRT et la RTB, propriétaires, décidèrent de la construction d'un nouveau bâtiment: la Cité de la radiotélévision située boulevard Reyers. Les locaux de l'ancien INR sont alors loués à des organismes culturels. Le bâtiment est classé en 1994. Un an plus tard, les propriétaires ferment définitivement le bâtiment en raison du problème de l'amiante.

En 1998, la SA Maison de la Radio achète le bâtiment aux propriétaires, la VRT et la RTBF. La sprl Samyn et associés est alors chargée de concevoir l'extension du bâtiment, de gérer la rénovation des studios et surtout de restructurer et réaménager le studio 4, le plus grand d'entre eux. Le bâtiment est alors entièrement désamianté. La capacité d'accueil du studio 4 est doublée. Le studio 1 est restauré à l'identique. Le studio 5 accueille désormais une salle de cinéma, le studio 6 est aujourd'hui un studio de télévision pour TV Brussel. Les studios 7, 8, 10 et 11 sont occupés par une société d'enregistrements musicaux. L'idée initiale du rez-de-chaussée commercial est reprise. Une nouvelle façade-rideau complète la façade vers la rue du Belvédère.

Ancien Institut national de radiodiffusion, hall côté place Flagey (photo Bastin & Évrard © MRBC, vers 2002).

Description
Élévation comptant six niveaux vers la place Sainte-Croix et sept vers la place Flagey, le deuxième en entresol et le septième en attiqueUn élément est dit en attique lorsqu’il est situé au-dessus de l’entablement.. TourellePetite tour engagée dans un bâtiment, généralement sur un de ses angles. d'angle de quatre niveaux circulaires et de taille dégressive, incluant l'antenne. Façade en briques jaunes de type Venloo et de pierre bleue parant le rez-de-chaussée et encadrant les entrées; elle alterne les bandeauxÉlément horizontal, soit en saillie et de section rectangulaire, soit dans le plan de la façade. de pleins de travée1. Division verticale d’une élévation, composée d’une superposition d’ouvertures, réelles ou feintes. 2. En plan, la travée est l'espace compris entre deux rangées de supports disposées perpendiculairement à la façade. et les bandeauxÉlément horizontal, soit en saillie et de section rectangulaire, soit dans le plan de la façade. vitrés, conférant à l'ensemble une forte horizontalité. Rez-de-chaussée surmonté d'un auventPetit toit couvrant un espace devant une porte ou une vitrine. en béton et briques de verre. Deux entrées: l'une publique vers la place Sainte-Croix, l'autre administrative vers la place Flagey. L'auventPetit toit couvrant un espace devant une porte ou une vitrine. s'élargit au-dessus de chacune d'elles. Vers la place Sainte-Croix, l'entrée est éclairée de trois grandes baiesOuverture, d'ordinaire une porte ou une fenêtre, ménagée dans un pan de mur, ainsi que son encadrement. encadrées de pierre bleue et occupant deux niveaux. Vers la place Flagey, elle est marquée par un oriel de plan arrondi, parcourant toute la hauteur de la façade.

Ancien Institut national de radiodiffusion, escalier vers la place Flagey, dessin de J. Diongre (© fonds d’archives BRT), reproduit dans VANDENBREEDEN, J., VAN SANTVOORT, L., 1989, p.48.

Intérieur
Douze studios d'enregistrement sont répartis dans deux tours acoustiques qui constituent le noyau du bâtiment. Autour, viennent s'agencer les locaux administratifs et techniques. Ces tours possèdent des murs en briques dont l'épaisseur atteint parfois 1,25 mètre pour stopper la propagation du son. Les studios ne peuvent pas être contigus: on les isole alors les uns des autres par des zones de «silence». Tous les studios sont de plan trapézoïdal et conçus selon un rapport longueur-largeur-hauteur de 5-2-3, proportion considérée comme la plus favorable du point de vue acoustique dans le programme du concours. Dans chaque studio des places assisesRang d’éléments de même hauteur posés de niveau dans une maçonnerie. L’assise désigne également la plate-forme d’un balcon ou d'une logette, portée d’ordinaire par des consoles et sur laquelle repose le garde-corps. sont prévues pour les auditeurs (à l'origine entre 20 et 500 personnes selon la taille du studio).
J. Diongre a également dessiné un mobilier adapté: bureau du directeur et salon de la direction avec meubles en bois de style Art DécoStyle Art Déco (entre-deux-guerres). Tendance à la géométrisation des formes et des ornements architecturaux, doublée de jeux de matériaux, de textures et de couleurs.; chaises tubulaires et pupitres de style moderniste fabriqués en série pour les musiciens. Pour aménager les bureaux et les autres espaces de service, Diongre fait appel à la firme «Les Métaux Galler» qui propose des meubles tubulaires et des éléments de finition aux lignes modernistes et surtout fonctionnels.
Les espaces de circulation conçus par Diongre évoquent les paquebots de l'époque: lambrisLe lambris est un revêtement de menuiserie, de marbre ou de stuc couvrant la partie inférieure ou l'entièreté des murs d’une pièce. en bois, fins luminaires tubulaires, …
Un orgue est spécialement conçu pour occuper la totalité de la paroi derrière la scène du studio 4. Fabriqué par le facteur d'orgues tournaisien Maurice Delmotte, il possède 4 claviers, 95 registresAlignement horizontal de baies sur un pignon., 8125 tuyaux, mesure 20 mètres de long, 12 m de haut et 3 à 5 mètres de profondeur. Il fut inauguré en 1940. Aujourd'hui démonté et désamianté, il attend d'être restauré.
L'intérieur de l'INR a été entièrement restauré et adapté à ses nouvelles fonctions. Il évoque encore néanmoins l'architecture voulue par Diongre.

Classement 28.04.1994

Sources

Ouvrages
DE BACKER, A., Étude de l'œuvre de Joseph Diongre dans son contexte architectural (mémoire de fin d'étude), ULB, Bruxelles, 1985.
Flagey, Plaizier, Bruxelles-Brussel, 2002.
Flagey, Maison de la Radio Flagey–Omroepgebouw Flagey, Bruxelles-Brussel, s.d.
Flagey la réaffectation du bâtiment de l'INR–Flagey De herbestemming van het NIR-gebouw–Flagey The reallocation of the former Radio Building, Maison de la Radio Flagey–Omroepgebouw Flagey, Bruxelles–Brussel, s.d.
MIGNON, J., 1923-1973, La radio belge a 50 ans, RTBF, Bruxelles, 1973.
VANDENBREEDEN, J., Studio 4, Maison de la radio, Flagey 1933-2002, Bruxelles, 2004.
VANDENBREEDEN, J., VANLAETHEM, F., Art déco et Modernisme en Belgique. Architecture de l'Entre-deux-guerres, éd. Racine, Bruxelles, 1996.
VANDENBREEDEN, J., VAN SANTVOORT, L., Joseph Diongre architecte. Une maison, une église et une usine à sons = Architect Joseph Diongre. Een huis, een kerk en een geluidsfabriek, Sint-Lukasarchief, Bruxelles, 1989.

Périodiques
BALBACHEVSKY, G., «Le nouveau bâtiment de l'Institut national de Radio-diffusion (I.N.R.) à Bruxelles, Arch. J. Diongre», La Technique des Travaux, 2, 1937, pp. 65-74.
BALBACHEVSKY, G., «La maison de l'I.N.R. (Institut national de Radiodiffusion) à Bruxelles, Arch. J. Diongre», La Technique des Travaux, 2, 1939, pp. 73-82.
C.V., «Concours I.N.R., projet des architectes Ch. Van Nueten et M. Keym», La Cité, 2, 1934, pp. 17-29.
DIONGRE, J., «I.N.R., Place Eugène Flagey, Bruxelles», L'Émulation, 1, 1939, pp. 8-18.
FRANCOIS, L., «Joseph Diongre, architecte S. C. A. B», L'Émulation, 1, 1939, pp. 3-7.
GILLES, P., «La maison de l'I.N.R., à Bruxelles, architecte: Joseph Diongre», Bâtir, 71, 1938, pp. 443-446.
«La nouvelle maison de l'I.N.R.», Le Document, 8, 1935, pp. 106-113.
MARTINY, V.-G., «L'aménagement de la place Sainte-Croix à Ixelles, aujourd'hui place Eugène Flagey, ou un exercice de longue haleine», Bulletin de la Classe des Beaux-Arts, 6e série, T. IV, 1-6, Académie royale de Belgique, Bruxelles, 1993.
PUTTEMANS, P., «L'ancienne maison de la radio place Flagey», A+, 153, 1998, pp.60-61.
«S. A. Maison de la Radio–Flagey: le son et l'image», Les Nouvelles du Patrimoine, 85, 2000, pp. 30-31.
VANDENBREEDEN, J., «Joseph Diongre, un architecte aux talents multiples», A+, 122, 1993, pp.42-45.

Sites internet
Inventaire des orgues en région de Bruxelles-Capitale

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