La rue Émile Delva relie la rue Léopold Ier, au carrefour avec l’avenue Prudent Bols, au square Prince Léopold. Elle croise de nombreuses artères sur son parcours: les rues Breesch, Jacobs-Fontaine, Steyls, à hauteur de laquelle elle forme un coude et deux pans cintrés à l’est, puis les rues Fineau et Victor Mabille. L’artère franchit ensuite la ligne de chemin de fer Bruxelles-Gand puis la rue du Gaz, qu’elle enjambe toutes deux via un pont (voir notice).

Les premiers – jusqu’à la rue Steyls – et dernier tronçons de la rue sont décrétés par arrêté royal du 18.02.1899. Les premiers tronçons forment le pendant symétrique de la première partie de l’avenue Prudent Bols, avec laquelle ils dessinent un angle aigu, tandis que le dernier s’inscrit dans le quartier en étoile conçu autour du square Prince Léopold. Comme les autres artères formant l’axe nord-sud ou est-ouest de ce quartier, le tronçon est doté de zones de recul à usage de jardinets. En vertu de l’arrêté royal du 21.09.1903, l’ensemble de la rue est toutefois ouvert dans la seconde moitié des années 1900. Attribuée avant 1904, sa dénomination rend hommage à Émile Alexis Delva (1847-1914), qui fut échevin à Laeken entre 1894 et 1911.

Le vaste îlot délimité par la rue Steyls et le chemin de fer avait été investi par un champ de courses, géré par la société Hippodrome de Laeken-Jette, créée en 1896 pour une période de dix ans. Sa piste mesurait 1.000 mètres de long. Son entrée principale se situait rue Steyls, à la frontière entre Laeken et Jette. Suite aux grands travaux urbanistiques dans le quartier vers 1905, le site fut vendu, en 1907, à la Compagnie anonyme du Gaz de Saint-Josse-ten-Noode, qui y implanta une usine à gaz, en fonction jusqu’en 1963. La partie de la rue Delva comprise entre la rue Fineau et le chemin de fer, qui dessinait une courbe, ne fut rectifiée que suivant un projet de l’ingénieur P. Gillet dressé en 1908 et approuvé par le Collège en 1909. Dans cet îlot s’installa après la Première Guerre mondiale, côté rue Delva (no100), une entreprise de pierre de taille, dénommée les Nouveaux Chantiers de Laeken à partir de 1930 et qui ferma ses portes vers 2016. Sur le site sont encore présents un hangar à charpente métallique d’avant 1930, ainsi que divers appareils de levage. Un projet immobilier baptisé Hippodrome est en cours de réalisation dans l’îlot (a2o-architecten).

Entre 1905 et 1914, la rue se bâtit de maisons bourgeoises et de rapport d’inspiration néoclassique ou de style éclectique, certaines à rez-de-chaussée commercial. Parmi elles, pointons le no3 (1912), les nos24 et 26 (1909) ou l’enfilade formée par les nos28 (1908), 30, 32 (1907) et 34 à 44 (1907). Ce bâti se complète durant l’entre-deux-guerres et après-guerre par des maisons et immeubles à appartements de style Art Déco, comme le no86 (architecte Pierre Netels, 1937), ou de tendance moderniste. En 1920, le Foyer Laekenois commandite à différents architectes la construction d’un vaste ensemble de logements sociaux dans l’îlot compris entre les rues Victor Mabille, Fransman et Fineau (voir nos75 à 87).

Le dernier tronçon de la rue ne se bâtit qu’après-guerre. Côté impair, à l’angle des rues du Gaz et Alfred Stevens, se trouvait jusqu’au milieu des années 1970 l’entreprise laitière La Nutricia, fondée en 1898 et spécialisée en alimentation pour nourrissons. Devenue Nutrella vers 1950, elle déménagea vers Bornem dans les années 1960. En 1998, la Ville de Bruxelles confia à l’Atelier d’Architecture de Genval l’implantation à cet endroit de l’Institut Paul-Henri Spaak, un bâtiment de plan en boomerang devancé d’une cour circulaire, inauguré en 2002. La partie nord de l’îlot (nos113 à 119) est, quant à elle, occupée par un ensemble de logements sociaux conçu en 1951 pour le Foyer Laekenois par l’architecte Constant Desmaré. Le côté pair est, lui, constitué de maisons des années 1950-1960 devancées d’une pente de garage, ainsi que par un dernier ensemble du Foyer (nos154 à 158), conçu en 1989 (Architecture et Urbanisme A. & M. Vanden Bossche).

À noter enfin que sur le trottoir des nos75 à 87 de la rue a été inauguré en 2004 par le Foyer Laekenois le Musée du Réverbère, imaginé par les artistes Nathalie Mertens et Christophe Terlinden. Il s’agit de seize réverbères de périodes et styles différents, au gaz et ou à l'électricité, qui retracent l’histoire de l’éclairage public.

Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaire

Sources

Archives
AVB/PP 3374 (vers 1900), 3474 (1904).

AVB/TP 57104 (1908-1909), 105783 (1998); 3: Laeken PV Reg. 131 (25.01.1912); 24, 26: Laeken 6105 (1909); 28: Laeken 4511 (1908); 32: Laeken 1815 (1907); 34 à 44: Laeken 1789 (1907); 86: 48548 (1937); 100: 50482 (1922), 44948 (1936); 113 à 119: 63357 (1952); 154 à 158: 92332 (1989).

Ouvrages
ABEELS, G., «Laken: in de schaduw van het vredegerecht», Liber Amicorum Robert Van den Haute, Notre Comté.
Annales du cercle d’Histoire, d’Archéologie et de Folklore du Comté de Jette et de la Région asbl, 27, 1998-2000, pp. 193-196.
CELLULE PATRIMOINE HISTORIQUE DE LA VILLE DE BRUXELLES, Promenades bruxelloises. 3. Logement ouvrier et social à Laeken, 1998, pp. 15-16.
CULOT, M. [dir.], Bruxelles Hors Pentagone.
Inventaire visuel de l'architecture industrielle à Bruxelles, AAM, Bruxelles, 1980, fiche 43.
VAN KRIEKINGE, D., Essai de toponymie laekenoise, Laeken, 1995, s.p.
VAN NIEUWENHUYSEN, P., Toponymie van Laken (thèse de doctorat en Philologie germanique), UCL, Louvain-la-Neuve, 1998, pp. 789-790.

Périodiques
Almanach du Commerce et de l’Industrie
, «Emile Delva (rue)», 1907.
VAN KRIEKINGE, D., «Het I.P.H.S. – Institut Paul-Henri Spaak», Laca Tijdingen, année 14, 3, 2003, pp. 23-24.

Cartes / plans
STERCKX,
Commune de Laeken. Résidence Royale. Plan général des voies publiques existantes et à créer, 01.10.1900 (AVB/TP 53097).

Sites internet
www.bruciel.brussels.