L’avenue du Port est une large artère s’étirant sur plus de 1.500 mètres entre la place Sainctelette et la rue Claessens. Longeant à l’est le bassin Béco et son quai des Matériaux puis le bassin Vergote et son quai des Steamers, l’artère croise sur son parcours les rues de l’Intendant, Ulens, Van Meyel et Picard, la place des Armateurs, puis les rues de l’Entrepôt et Olivier Brunel. Ses premiers numéros côté pair (nos2 à 16) se situent sur le territoire de Molenbeek-Saint-Jean; le reste dépend de la Ville de Bruxelles.

L’artère est partiellement établie sur l’assiette de deux anciennes voiries, la rue des Moutons, une artère molenbeekoise au tracé irrégulier, et l’avenue de Tour et Taxis, percée dans son prolongement avant 1876 sur le territoire de Laeken, entre la rue de la Dyle et l’avenue de la Reine. Longeant la dérivation de la petite Senne, cette artère devait constituer la limite est d’un quartier en damier à établir dans la plaine de Tour et Taxis. Après annexion de la zone par la Ville de Bruxelles en 1897, ce projet sera remplacé par celui de la gare maritime. Percée en 1905-1906, l’avenue, qui borde cette dernière, est baptisée avenue du Port par arrêté du Collège de la Ville de Bruxelles du 23.08.1907.

Dès l’origine, l’artère est recouverte de pavés en porphyre de Quenast, un matériau résistant à la circulation lourde inhérente aux activités du port. Dans la seconde moitié des années 1920, l’avenue est en outre plantée de deux rangées de platanes. Percée sur les terrains de la Société anonyme du Canal et des Installations maritimes, la voirie fut cédée à la Ville de Bruxelles en 1962. Depuis la fin des années 1990, sa gestion incombe à la Région de Bruxelles-Capitale.

Côté bassins, les terrains compris entre l’avenue du Port et les quais des Matériaux et des Steamers – historiquement propriété de la Société du Canal et aujourd’hui du Port de Bruxelles – étaient reliés à la gare de Tour et Taxis par un réseau de voies ferrées. Ce sont principalement des entreprises liées au secteur de la construction qui s’y sont installées, comme des grossistes en matériaux et des cimentiers, qui y ont érigé leurs magasins, hangars et bureaux, à partir des années 1910.

Sur les plans des installations maritimes dressés aux alentours de 1900, le triangle effilé formé par l’avenue et le quai des Matériaux est désigné comme «terrains réservés au commerce», tandis qu’à son extrémité nord est prévu le bâtiment abritant le Service du Port, qui ne sera érigé qu’en 1938 (voir place des Armateurs no6). Parmi les entreprises qui s’étaient installées le long de ce quai, citons l’American Petroleum Company et la firme Ackermans (voir avenue du Port nos23 et 25). Au no51-51b s’était établie en 1910 la firme de matériaux de construction J. Riez et Cie, dont les bâtiments disparurent après 1953. Juste au nord, au no53, se trouve encore une partie de l’ancienne scierie de pierres Istas & Soille (architecte Eugène François, 1910): deux bâtiments de faible profondeur, l’un de bureaux à front de l’avenue, l’autre de service côté quai, reliés par un atelier de taillage sous toit en bâtière. Dans un futur proche, un réaménagement complet de l’îlot doit avoir lieu, avec la création d’un parc public de plus de trois hectares, fonctionnant comme un pôle récréatif régional. Cet espace vert permettra notamment de relier le parc de la Senne à celui de Tour & Taxis.

Dans sa moitié nord, l’avenue du Port longe une bande de terrain d’environ 75 mètres de largeur bordée par le quai des Steamers. Les terrains situés aux deux extrémités du quai sont aujourd’hui occupés par des cimenteries et leur centrale à béton, tandis que la partie médiane accueille depuis fin 2017 le Village de la Construction, un complexe multifonctionnel et modulaire combinant espace de stockage, showroom et bureaux (TETRA architecten). Pointons, à l’angle de la rue Claessens, l’ancien bureau d’embauche des Dockers (voir no79), remontant à 1937.

À l’ouest, l’avenue du Port longe, à partir de la rue Picard, le site de Tour et Taxis (voir rue Picard nos1 à 11). Sur la moitié sud de ce vaste îlot compris entre les rues Picard et Dieudonné Lefèvre s’élèvent encore les bâtiments de l’ancienne gare de marchandises, érigés dans les années 1900. Ils ont été rejoints en 2014 et 2017 par deux immeubles passifs: le nouveau siège de Bruxelles Environnement (bureaux d’architecture Cepezed et Philippe Samyn & Partners) et le bâtiment Herman Teirlinck du Gouvernement flamand (bureaux d’architecture Neutelings Riedijk & Conix RDBM). Quant à sa moitié nord, ainsi qu’au terrain en pointe délimité par la rue Claessens, ils étaient eux aussi «réservés au commerce» et desservis par des voies de chemin de fer. Ils furent investis par de nombreux hangars, chantiers de pierre et autres dépôts de matériaux, aujourd’hui tous disparus. Au no104-106 de l’avenue du Port (voir ce numéro), est implanté depuis le début des années 1970 le TIR, un centre de transport conçu par la Société du Canal pour compléter celui existant rue Dieudonné Lefèvre.

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Sources

Archives
AVB/AR rues, boite 54–63, cote 61, no10 (08.05.1905), boite 16–19, cote 16, no5 (23.08.1907).
AVB/TP 16752 (1897-1903); 51-51b: 19821 (1910-1912); 53: 19820 (1910-1911), 82653 (1963).

Ouvrages
Bruxelles Port de Mer, Société anonyme du Canal et des Installations maritimes de Bruxelles, Éditions illustrées du «Soir», 1922, p. 56.
VANDERHULST, G., Relevé de l’état physique et de la valeur patrimoniale d’immeubles situés sur le site de Tour & Taxis et ses alentours – Rapport, mars 2011, pp. 55-57.

Sites internet
www.port.brussels.