La rue Charles Quint relie le boulevard Clovis et la chaussée de Louvain à la rue du Noyer, à hauteur de la place des Chasseurs Ardennais, située sur Schaerbeek. Elle croise la rue de Pavie, l'avenue de la Brabançonne et la rue Van Campenhout. Les rues du Carrousel et Jenneval y aboutissent tandis que la rue Luther y prend son départ.

La rue de l’Empereur, future rue Charles Quint, menant de la chaussée de Louvain au bois de Linthout, [i]Bruxelles et ses environs[/i], G. de Wauthier, vers 1821 (© Bibliothèque royale de Belgique, Bruxelles, Section Cartes et Plans).

L'artère est établie sur une partie de l'assiette d'un ancien chemin au tracé sinueux menant de la chaussée de Louvain au bois de Linthout, au-delà de la rue du Noyer. Il portait le nom de rue de l'Empereur ou Keyser Straet, renvoyant à Charles Quint, Empereur du Saint-Empire germanique de 1519 à 1555. Avant 1855, le chemin prend d'ailleurs le nom de rue Charles Quint (WAUTERS, A., 1973, p. 39). C'est à cette époque que le premier tronçon de l'artère côté pair se bâtit, de petites maisons modestes.

Le cimetière de la rue du Noyer et ses extensions vers la rue Charles Quint, plan dressé dans les années 1850 ou 1860, AVB/PP 348.

Dans les années 1850 et 1860 (MALEVEZ, G., 1989, p. 227), le cimetière établi en 1784 le long de la rue du Noyer est agrandi, jusqu'à border la rue Charles Quint.

En date du 28.05.1864, un nouveau plan d'alignement de la rue est adopté par le Conseil communal. Il est approuvé par arrêté royal du 03.09.1864 (AVB/TP 29039). L'artère est rendue plus rectiligne et portée à la largeur déjà adoptée pour sa partie bâtie (Bulletin communal, 1864, t. I, p. 371).

Plan du déblai des rues à ouvrir à travers l’ancien cimetière du quartier Léopold, dressé en 1891, avec indication des ancien et nouveau tracés de la rue Charles Quint entre les rues de Pavie et du Noyer, AVB/TP 16520.

Approuvé par l'arrêté royal du 20.12.1875, le plan d'aménagement du quartier Nord-Est dessiné par l'architecte Gédéon Bordiau prévoit une importante rectification du tracé de la rue Charles Quint jusqu'à la rue du Noyer, moyennant suppression du cimetière, devenu entre-temps trop exigu. En 1877, les inhumations cessent, tandis qu'un nouveau cimetière est ouvert à Evere. Cette même année, le nom de la rue est confirmé par arrêtés du Collège de la Ville de Bruxelles des 14.04 et 15.05.1877. Il faudra cependant attendre les années 1890 pour que s'effectue le déblai du terrain de l'ancien cimetière et que l'artère soit effectivement rectifiée (AVB/TP 16520).

La propriété Jacquet en 1894, peu avant son démantèlement, dernier tronçon de la rue Charles Quint côté pair, détail du plan [i]Bruxelles et ses environs[/i], réalisé par l’Institut cartographique militaire, AVB/TP 16767.

Le long de la rue côté pair, en bordure est du cimetière, s'étendait la propriété Jacquet, un vaste terrain en triangle bâti avant 1863. Cette année-là, en effet, l'architecte Gustave Saintenoy reçoit l'autorisation de construire une annexe à usage d'atelier pour les frères Jean-Joseph et Jacques Jacquet, tous deux sculpteurs.
Suite à l'adoption du plan de Bordiau, les Jacquet sont expropriés par la Ville, qui installe dans la propriété, en 1882, le service communal des transports funèbres (Bulletin communal, 1882, t. I, p. 611). Celui-ci y demeure jusqu'à la construction d'un dépôt de corbillards, en 1895, dans l'îlot compris entre les rues Luther, de l'Abdication, de la Brabançonne et du Noyer (voir cette dernière). À partir de 1899, l'ancienne propriété Jacquet laisse place à des habitations, qui correspondent approximativement aux actuels nos 108 à 126.


Outre les premiers numéros côté pair, remontant aux années 1850-1860 et aujourd'hui fort modifiés, la rue est essentiellement bâtie de maisons d'inspiration néoclassique ou de style éclectique, conçues pour la plupart entre 1889 et 1908.

La plupart des immeubles situés aux angles de l'artère sont dotés d'un commerce au rez-de-chaussée.

Le second tronçon côté impair est caractérisé par une belle enfilade de onze maisons analogues de deux niveaux, conçues en 1897-1898 (voir nos 61 à 81).

Rue Charles Quint 134, maison d’inspiration Art nouveau, à menuiserie aujourd’hui remplacée, conçue pour l’entrepreneur Hector Linet, probablement par l’architecte Maurice Dechamps, élévation, AVB/TP 8796 (1901).

Quelques intéressantes réalisations Art nouveau ont été bâties dans la rue. En 1898, l'architecte Paul Hamesse dessine une remarquable maison avec atelier de peintre, d'inspiration géométrique (voir no 103). Par ailleurs, trois maisons similaires présentent des baies sous archivolte terminée en coups de fouet. Elles sont conçues vers 1901, probablement par l'architecte Maurice Dechamps. Deux d'entre elles sont voisines (voir nos 126, 128), la troisième, au no 134, présentait à l'origine une belle vitrine à petits-bois, aujourd'hui disparue.

Rue Charles Quint 29, maison d’inspiration Art nouveau conçue par l’architecte Gustave Strauven, démolie dans les années 1970 en vue de la construction d’annexes de l’Athénée Adolphe Max, élévation, AVB/TP 8806 (1902).

En 1902, l'architecte Gustave Strauven conçoit, au no 29, une maison d'inspiration Art nouveau avec atelier arrière. Elle sera démolie dans les années 1970 en vue de la construction d'annexes de l'Athénée Adolphe Max (voir no 40 boulevard Clovis). Au no 120, l'architecte William Jelley dessine en 1899 une façade dotée de détails Art nouveau : arcs en éventail en briques blanches et pierre bleue et grille de porte aux lignes sinueuses. La maison est surhaussée d'un niveau en 1903.

Rue Charles Quint 120, conçu en 1899 par l’architecte William Jelley, porte (photo 2007).

L'avant-dernier tronçon de la rue, côté impair, est occupé par le Lycée La Retraite, qui s'étend sur l'entièreté de l'îlot (voir rue des Confédérés 70). En face de ce dernier se dresse son pendant gardienne et primaire, l'École de la Retraite du Sacré-Cœur, fondée en 1899 (voir no 112-114).

Rue Charles Quint 94-94a, magasin à bière, habitation et écuries, conçus en 1899, élévations, AVB/TP 8778 (1899).

Au no 94-94a, un magasin à bière, une habitation à façade éclectique et des écuries arrière sont conçus en 1899 pour un concessionnaire des bières de la Brasserie Caulier Frères. Le magasin présentait à l'origine une façade à trois pignons à gradins. Le premier, percé de l'entrée, est remplacé, vraisemblablement en 1923, par un mur de clôture. La partie correspondant au troisième pignon est transformée en habitation en 1927. Le reste du magasin est transformé par la suite en garage et la façade-pignon subsistante percée de deux entrées carrossables.

Autre entreprise liée à la bière, les établissements de la Brasserie Nord-Est, étaient implantés au no 31-33. Ils comptaient un immeuble à front de rue ainsi qu'un vaste bâtiment arrière. L'ensemble laissa la place à une extension de l'athénée du boulevard Clovis (voir no 40), conçue en 1971 par le bureau d'architecture URBAT (architectes J. Aron, F. De Becker, P. Puttemans).

Quelques constructions plus récentes s'insèrent dans le bâti originel de la rue, dont une maison moderniste conçue dans l'entre-deux-guerres (voir no 128a) et une morne sous-station électrique, au no 22, construite en deux phases, au début des années 1970 et 1990.
Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaire

Sources

Archives
AVB/TP 29039 (1864) ; cimetière : 16520 (1887) ; propriété Jacquet : 8855 (1863), 5238 (1882) ; 22 : 82098 (1971), 92949 (1991) ; 29 : 8806 (1902) ; 31-33 : 8807 (1899-1907) ; 94-94a : 8778 (1899), 31234 (1923), 33972 (1927) ; 120 : 8789 (1899-1903) ; 134 : 8796 (1901).
AVB/Bulletin communal de Bruxelles, 1864, t. I, pp. 371, 422 ; 1877, t. I, p. 316 ; 1882, t. I, p. 609-612.
AVB/PP 953 (1875), 956-957 (1879).

Ouvrages
MALEVEZ, G., « Des cimetières paroissiaux aux cimetières communaux », in SMOLAR-MEYNART, A., STENGERS, J. (dirs), La Région de Bruxelles. Des villages d'autrefois à la ville d'aujourd'hui, Crédit communal, Bruxelles, 1989, p. 227.
WAUTERS, A., Histoire des environs de Bruxelles, ou description historique des localités qui formaient autrefois l'ammanie de cette ville [1855], Livre huitième – A, éd. Culture et Civilisation, Bruxelles, 1973, pp. 8-53.
Propriété Jacquet : VAN SANTVOORT, L., Het 19de-eeuwse kunstenaarsatelier in Brussel (thèse de doctorat en Histoire de l'Art), Vrije Universiteit Brussel, Bruxelles, 1996, corpus deel A, 1863/1.
120 : VANDENBREEDEN, J., VAN SANTVOORT, L., DE THAILLE, P., et al., Encyclopédie de l'Art nouveau. Tome premier. Le quartier Nord-Est à Bruxelles, CIDEP, Bruxelles, 1999, p. 117.