Cette longue rue relie la chaussée de Waterloo (à Saint-Gilles) à l’avenue du Mont Kemmel et s’inscrit en grande partie sur le territoire de Saint-Gilles. Seuls les nos 187 et de 152 à 164 se situent à Forest. La rue croise successivement les rues d'Albanie, de Lombardie, l'avenue Jef Lambeaux, la rue Arthur Diderich et la chaussée d'Alsemberg. 

Elle a été aménagée suivant le plan général d’alignement du quartier du Midi, ratifié par l’arrêté royal du 27.04.1892. Cette rue est anciennement nommée rue du Tyrol, puis rebaptisée du nom d'un des bourgmestres de Saint-Gilles. Antoine Bréart (1861-1935), qui succède à Maurice Van Meenen en 1909, reste bourgmestre jusqu'en 1929.

Le bâti, à vocation surtout résidentielle, présente divers caractères suivant les tronçons. Les deux premières parties de la rue sont essentiellement composées de maisons modestes. Les deux dern. sont édifiées plus tardivement et s'enrichissent d'un bel éventail d'immeubles à appartements, de style Beaux-Arts, Art Déco (No 129, 1922) et moderniste.

Au point de vue des façades, on y note les divers styles caractéristiques du tournant du XXe s. Des maisons d'inspiration néoclassique, souvent modestes, ponctuent, çà et là, la rue. C'est notamment le cas du no 3, de 1897, édifié sur la même demande que le no 291 ch. de Waterloo, du no 4, de 1896 sur les plans de l'arch. Gilion Wittebort, modifié au r.d.ch. en vitrine de pharmacie par l'arch. Paul Hamesse en 1931 et rhabillé récemment (mobilier de style néo-Renaissance flamande conservé), du no 6, édifié sur la même demande que le no 4 et surhaussé d'un niveau en 1936 sur les plans de l'arch. Philibert, des nos 9 et 11, édifiés resp. en 1901 et 1898, par l'entrepreneur Jean Smeesters, qui ont aujourd'hui perdu leur garde-corps et leurs châssis d'origine, du no 57 (1899, entrepreneur Swaelens), déroché à l'étage, du no 103, de 1901 par l'arch. Hubert De Kock, parementé de briquettes, percé d'un garage en 1960 et act. réenduite, du no 118 (1898), exhaussé d'un niveau en 1927 (arch. Robert Lemaire) et percé au r.d.ch. d'une vitrine commerciale en 1932. Au no 153-155, à l'angle de la ch. d'Alsemberg no 130-132, un immeuble de rapport et de commerce d'inspiration néoclassique (arch. A. Sarot, 1899) présente une élévation exhaussée d'un niveau. Son r.d.ch. a été modifié à plusieurs reprises.

Parmi les maisons les plus simples, on remarque quelques élévations de style éclectique à façade polychrome. Elles ont pour la plupart conservé leur décor d'origine, comme le no 2, de 1896, modifié en 1932 par le percement d'une vitrine de style Art Déco, le no 10, de 1898 par l'arch. Jean-Joseph De Wit, abîmé par la perte de ses châssis et de son garde-corps, le no 12 de 1901, le no 40 (1901), le no 61, qui conserve une belle porte architecturée sous baie d'imposte, le no 79 de 1898, banalisé par la perte de ses menuiseries et de son garde-corps, le no 120 (1898), act. peint et surhaussé d'un niveau en 1929, le no 122, de 1898, dont la corniche a été remplacée, le no 127-127a, de 1906 (voir De Keyser, G., 1996), percé d'un garage en 1977, le no 128 de 1902 (voir De Keyser, G., 1996), qui a perdu son garde-corps d'origine, et le no 149, de 1901 par l'arch. A. Sarot.

L'Art nouveau, quant à lui, est représenté par des réalisations de qualité. Le no 81, de 1902, a malheureusement été transformé en 1960 (surhaussement, parement de briquettes, banalisation de la forme des baies), mais conserve de magnifiques grilles en fer forgé, typiques du courant géométrique et protégeant les fenêtres du soubassement et du r.d.ch.

Des exemples de maisons en style Beaux-Arts ou d'influence Beaux-Arts se situent au nos 156 et 160 de l'architecte Charles Dewys (voir nos) et nos 162 de l'architecte Pierre De Gieter (voir no).

Des maisons ont été entièrement rhabillées et/ou surhaussées. Les nos 73 et 75, édifiés en ensemble en 1898, ont malheureusement été parementés de briquettes ; garage établi au no 73 en 1968 ; le no 75, surhaussé en 1924, conserve un vitrail à motif floral. Le no 107, de 1901, est entièrement modernisé en 1960 par l'arch. F. De Jaeger. Le no 131 par l'arch. Georges Peereboom (1911), où avait vécu le peintre Pierre Paulus de Châtelet, est radicalement transformé en 1965 sur les plans de l'arch. C. Lamoral. Le no 102, de 1967 (arch. J. Mayné), est édifié en remplacement d'une maison de 1898.


En 1972, la commune projette un vaste commissariat de police au no 104, sur les plans des arch. Monique Bertrand et Jacques Goossens-Bara en remplacement de la maison-atelier de Jef Lambeaux, conçue par l'arch. Jean De Blois (1900). Au no 108, à l'angle de la r. Arthur Diderich (No 32-34) sur parcelle traversante avec l'av. Ducpétiaux (No 135), l'arch. Gustave Pappaert conçoit les plans du « Home des Tilleuls » (1956) édifié en remplacement de l'Hospice Jourdan (1891-1959).

Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaire

Sources

Archives
ACSG/Urb. 2 : 391 (1896), 337 (1936) ; 4-6 : 524 (1896) ; : 232 (1931) ; 6 : 107 (1936) ; 9 : 2393 (1901) ; 10 : 1229 (1898) ; 11 : 1167 (1898) ; 12 : 83 (1901) ; 40 : 216 (1901) ; 57 : 1609 (1899) ; 61 : 2191 (1900) ; 73-75 : 1218 (1898) ; 73 : 27 (1968) ; 75 : 153 (1924) ; 79 : 1182 (1898) ; 81 : 122 (1902), 74 (1960) ; 102 : 1409 (1898), 25 (1967) ; 103 : 319 (1901), 25 (1960) ; 109 : 125 (1901) ; 118 : 1530 (1898), 353 (1927), 264 (1932) ; 120 : 1533 (1898), 295 (1929) ; 122 : 1133 (1898) ; 127 : 26 (1977) ; 131 : 311 (1911), 43 (1965) ; 149 : 162 (1901) ; 153-155 : ch. d'Alsemberg no 130-132 : 1569 (1899).
ACSG/TP fonds non classé.
 
Ouvrages
BLONDIAU, G., SOBIESKI, Ch. (o.l.v.), Ensembles urbains et architecturaux à Saint-Gilles, Service des Monuments et Sites - Commune de Saint-Gilles, s.l., 1999, pp. 16-19.
CABUY, Y., DEMETER, S., LEUXE, F., Atlas du sous-sol archéologique de la région de Bruxelles, 4, Forest, MRBC – MRAH, Bruxelles, 1993.
EYLENBOSCH, A., LEBRUN, G., Dictionnaire raisonné des rues de Saint-Gilles, Les Rencontres Saint-Gilloises, Bruxelles, 1989, pp. 61-62.
FRANCIS, J., La chanson des rues de Forest, Louis Musin éditeur, Bruxelles, 1976, p. 41.
Jubilé administratif de M. Antoine Bréart, Bourgmestre, 1891-1916, Commune de Saint-Gilles-lez-Bruxelles, Bruxelles, 1920.
PIRLOT, A.-M., Le quartier de l’Altitude Cent, SPRB, Bruxelles, 2014 (Bruxelles, Ville d’Art et d’Histoire, 53), pp. 14-15.
VANDEWATTYNE, C., (dir.), Saint-Gilles : de la porte de Hal à la prison, Service des Monuments et Sites de la Région de Bruxelles-Capitale, Bruxelles, 1997 (Bruxelles, ville d'art et d'histoire, 21), pp. 39-41.

VAN SANTVOORT, L., Het 19de-eeuwse kunstenaarsatelier in Brussel (doctoraal proefschrift, sectie Kunstwetenschappen en Archeologie) VUB, Bruxelles, 1995-1996.
VOKAER, J.P., Par les rues de Forest, étude sur la toponymie locale, Imprimerie Cantrin, Bruxelles, 1954, p. 84.


Périodiques
« Maison de retraite à Saint-Gilles », La Maison, 9, 1957, pp. 286-290.
« Maison de retraite “Les Tilleuls” (Commission d'Assistance Publique de Saint-Gilles – Bruxelles) », La Maison, 3, 1963, pp. 88-93.
TORDOIR, J., « Saint-Gilles/Genappe/Jauche – Antoine Bréart (1851-1935) et Joseph Courtoy (1854-1938). Deux maçons saint-gillois originaires du Brabant wallon (Approches biographiques) », Wavriensia, 4, 1999, pp. 102-121.