Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaireReliant la rue des Alexiens au boulevard du Midi, cette longue rue légèrement courbe, ancienne voie d’accès à la ville par le Sud, est l’artère principale du quartier des Marolles. Elle longe à mi-pente le flanc occidental de la colline qui rejoint à l’Ouest la vallée de la Senne et à l’Est la vallée du Maelbeek. Son tracé remonterait à la période romaine et plus précisément au diverticulum d’Enghien à Elewijt qui traversait Bruxelles et dont le parcours correspondait approximativement à celui de la rue Haute, de l’actuel boulevard de l’Empereur, du Cantersteen, du Marché au Bois, de l’ancienne Montagne de Sion et de la chaussée de Schaerbeek.

En 1298, elle est mentionnée comme la «Alta Strada», et en 1337 sous le nom de « Hoogstrate ». Située alors à l’extérieur de la première enceinte (XIe-XIIIe siècles), elle donnait accès au cœur de la cité par la Steenpoort, rasée en 1760. Au Sud, elle était délimitée par la porte de Hal qui appartient à la deuxième enceinte (XIVe siècle). Le premier tronçon de la rue, près de la Steenpoort où fut fondée en 1134 l’église de la Chapelle située extra-muros, fut occupé à partir du XIIe siècle par les tisserands et les foulons. Une léproserie y est fondée au milieu du XIIe siècle, à l’emplacement du futur hôpital Saint-Pierre. Les flancs de la colline, occupée au moyen âge par l’agriculture et la viticulture, se bâtissent. Au XIVe siècle, la rue Haute est le cœur d’un quartier dense et bien desservi. En 1405, un incendie aurait ravagé 1400 maisons et réduit en cendres la partie non voûtée de l’église de la Chapelle. À partir du XVe siècle, le quartier voit se développer multitude d’impasses, de passages et de ruelles, et ce jusqu’à la fin du XIXe siècle. Plusieurs institutions monastiques et caritatives s’y établissent et fleuriront jusqu’au XIXe siècle, à commencer par la léproserie (XIIe siècle), l’hôpital Saint-Julien (XIVe siècle), l’hospice Sainte-Croix (vers 1500), le couvent des Capucins (1587), le couvent des Brigittines (1625), le refuge de Forest (1634), le couvent des Filles de la Charité (1852) et le couvent des Petites Sœurs des Pauvres (1856).
La noblesse, les patriciens et les dignitaires s’y font construire de vastes maisons de maître aux XVIIe et XVIIIe siècles. À partir du XIXe siècle, le quartier de la rue Haute sera celui des ouvriers. La majorité des grandes propriétés sont alors morcelées et très densément peuplées. À la fin du XIXe siècle, la rue comptait 35 impasses — voir ce qui subsiste de l’impasse de la Providence (XVIIIe siècle) au n° 15, la cité Ronsmans (moitié XIXe siècle) au n° 82, l’ancienne impasse des Chansons appelée «Liekerck Straetje» au n° 114, l’impasse Saint-Crépin au n° 142, l’impasse de Varsovie au n° 184, l’impasse Meert (début XIXe siècle) au n° 243, l’impasse des Ramoneurs au n° 301 et l’impasse du Roulier au n° 334A. Cette période est caractérisée par le grand nombre de cabarets populaires, d’estaminets, de salles de bal et de relais que l’on y fréquentait. D’importantes campagnes d’assainissement sont entreprises dès le début du XXe siècle (voir Cité Hellemans, rue Blaes, nos 174-198 et les logements sociaux compris entre la rue Pieremans et le boulevard du Midi). Sur les conseils du Groep Planning, une importante restructuration de la rue Haute a été mise en œuvre dès 1983, comprenant un élargissement des trottoirs munis désormais de bornes.
Le tracé historique de la rue Haute est bien conservé. À une extrémité s’élève l’importante église Notre-Dame de la Chapelle s’imposant sur la place de la Chapelle dont un flanc fut percé en 1894 par le large tracé de la rue J. Stevens, isolant ainsi la partie septentrionale de la rue. À l’autre extrémité, le tracé des boulevards de la petite ceinture a brisé le lien qui unissait la rue Haute à la porte de Hal.
Ensemble architectural varié comprenant un certain nombre de maisons de type traditionnel, des plus modestes aux plus ornementées, du XVIe au XVIIe siècle. Une quinzaine de maisons conservent leur façade-pignon, à rampants droits ou à gradins, ou adaptée en style baroque.
Quatre maisons sont pourvues d’une façade de style Louis XV ou Louis XVI. Un nombre considérable de maisons a été adapté à la fin du XVIIIe siècle ou au début du XIXe siècle en type néoclassique, par la substitution d’un entablement classique et parfois l’ajout d’un niveau supplémentaire. La plupart de ces demeures ont conservé leur volume initial, comme le démontrent les ancres, la structure perpendiculaire de la toiture et le pignon arrière, ainsi que les façades latérales des maisons d’angle; voir nos 1-3 (à l’angle de la rue des Alexiens), 11, 23, 35-37, 44, 52-56, 67 (à l’angle de la rue Notre-Seigneur), 69-73, 99, 120, 122 à l’angle de la rue Christine (escalier en chêne de style Louis XVI), 124-126, 165, 186, 190-192 (1852, ancien pignon à gradins), 295, 299 et 301. Aux nos 33, 57, 189 et 254, l’ordonnance et les ancres au deuxième niveau indiquent des maisons parallèles surhaussées, ou tout au moins des maisons perpendiculaires transformées de manière plus radicale. Le n° 326 semble être aussi une maison traditionnelle ou du XVIIIe siècle. En outre, la plupart des maisons de type néoclassique ont été reconstruites pendant la première moitié du XIXe siècle, parallèle et aux façades ornées tout au plus d’un cordon, d’un entablement classique et d’un attique à l’occasion (voir nos 46-48, 53, 59, 64 côté gauche, 85, 94, 95, 96-98 (à l’angle de la rue du Temple), 101 (avec garde-corps en fer forgé), 127-129 (noyau du XVIIIe siècle), 140, 152, 154, 155 (à l’angle de la rue Saint-Ghislain, 1835, ancien devanture chantournée), 176, 196, 204 (à l’angle de la rue de l’Éventail, 1838), 210-212, 232, 252, 269-271, 273, 317 et 389).
Quelques maisons parallèles présentent un décor stuqué plus ou moins ouvragé, de tendance Louis-Philippe ou Second Empire par exemple, datant des années 1860 et 1870 : voir nos 19 (1861, autrefois à gradins), 21 (1864, autrefois à gradins), 136, 138, 147, 161 (1862), 180, 208, 243, 283 (1873), 285 (balcon en fonte caractéristique), 321, 324 (à l’angle de la rue des Faisans, 1878) et 381-383. Quelques maisons commerciales ou de rapport datent du début du siècle : nos 14 à 24 (1895, architecte V. Taelemans), 61 (entresol vitré sous balcon en fer forgé), 121-125 (1894), 157 (à l’angle de la rue Saint-Ghislain, 1900, architecte H. De Kock), 201-203 (1910, architecte H. Van Massenhove; briques émaillées, balcons en fonte et corniche typique), 202 (à l’angle de la rue de l’Éventail, 1897), 234 (balcons en fonte Art nouveau), 256 (1898) et 303 (1898). Les nos 5 (1954, architectes L. et R. Homez), 10 et 42 (1949, architecte F. Gorlier) furent construits en style historisant. La fin de la rue est dominée par l’hôpital universitaire Saint-Pierre (voir n° 296A-322) et par un ensemble de logements sociaux indépendants totalisant 194 appartements construits pour le «Foyer Bruxellois» sur les plans de l’architecte Ch. Van Nueten en 1952-1965.

La rue Haute est aujourd’hui une rue commerciale animée; le commerce et le secteur horeca ciblent une clientèle essentiellement locale; les cafés s’y multiplient. Les rez-de-chaussée forment un enchaînement de devantures modernes et vitrées, à quelques exceptions près : voir nos 21 (1913), 52-56 (dans le style des années 1930, vitrine Art Déco arborant l’enseigne de la maison «A L’AVENIR»); devantures classiques aux nos 101, 152, 254 et 338.



Sources

Archives
AVB/TP 12282 (1852), 25683 (1835), 12288 (1838), 12115 (1861), 12116 (1864), 12144 (1862), 12188 (1873), 12324 (1878), 12167 (1910), 12286 (1897), 12305 (1898), 6130 (1898), 70996 (1954), 1978 (1913).