Cette large artère relie le rond-point de l'Étoile (Ixelles) à la chaussée de Wavre (Etterbeek), selon un tracé courbe. Sur le territoire d'Ixelles, elle croise la chaussée de Boondael et l'avenue de la Couronne; les avenues de l'Hippodrome, Émile de Beco et la rue Juliette Wytsman y aboutissent; les avenues Adolphe Buyl, des Saisons, la rue Eugène Cattoir, les boulevards de la Plaine et du Triomphe y débutent. Cette voie enjambe la ligne de chemin de fer du Luxembourg. Les nos1 à 263 et 2 à 212 se situent sur le territoire de la commune d'Ixelles.

Boulevard Général Jacques et gendarmerie, s.d (Collection Dexia Banque-ARB-RBC).

Dès les années 1860, l'inspecteur-voyer Victor Besme prévoit l'établissement d'un boulevard de ceinture autour de Bruxelles. Dans le cadre de ce projet, en 1865, l'État et la Commune signent une première convention par laquelle le gouvernement se charge de faire tous les travaux de terrassement et de pavage d'un grand boulevard projeté par l'administration des Ponts et Chaussées, destiné à relier la Chasse royale à l'avenue Louise. La Commune, en contrepartie, cède les terrains nécessaires à l'assiette de cette voie. Vingt années de négociations furent nécessaires pour aboutir à une nouvelle convention arrêtée le 13.01.1885 par laquelle la Commune d'Ixelles prend en charge la construction du boulevard de grande voirie destiné à relier les casernes d'Etterbeek à l'avenue Louise, moyennant subsides. Les plans généraux d'alignement du boulevard de la Cambre, du rond-point de la Petite Suisse (actuel rond-point de l'Étoile) et du boulevard Militaire (actuel boulevard Général Jacques) reliant les casernes d'Etterbeek à l'avenue Louise sont adoptés par l'arrêté royal du 19.10.1889. L'arrêté royal du 19.03.1890 précise ensuite l'alignement du tronçon compris entre l'avenue de la Couronne et la chaussée de Wavre. Propriétaire de terrains jouxtant le premier tronçon du boulevard (voir nos27, 29 et 31) Madame Veuve Chantal Vermeren-Coché –alors à la tête de la célèbre manufacture de porcelaine située chaussée de Wavre– prend l'initiative d'ouvrir les avenues Ernestine, Jeanne, Maurice et des Courses, amorces du rond-point de l'Étoile. Pour ce faire, elle signe le 30.07.1891 avec l'administration communale une convention prévoyant notamment le maintien d'une zone de non-bâtisse clôturée de grilles en fer posées sur des soubassements de pierre bleue, contribuant au charme et à l'unité du quartier. Cette zone de non-bâtisse est alors également prévue pour le premier tronçon du boulevard.

Boulevard Général Jacques à l'angle de l'avenue des Saisons, après 1902 (Collection Dexia Banque-ARB-RBC).

Alors que l'artère n'est encore qu'un projet, elle est dénommée boulevard des Ponts et Chaussées. En 1889, quand les plans d'alignement sont arrêtés, elle est dénommée boulevard Militaire, en raison de sa fonction première de liaison entre les casernes et l'avenue Louise. Enfin, elle est dédiée, après la Première Guerre mondiale (selon HAINAUT, M., BOVY, Ph., p. 11), au général baron Jacques de Dixmude (Stavelot, 1858 – Ixelles, 1928), officier au Congo.

Le boulevard Général Jacques se bâtit principalement entre 1890 et 1914 de maisons bourgeoises de style éclectique, telles que les nos85 et 233. De longues enfilades ont été conservées: nos19 à 33 (majoritairement dus à l'architecte Ernest Delune, 1895), nos72 à 78, nos89 à 101, nos127 à 171, nos134 à 152 et nos182 à 192 (voir ces numéros). Parmi ce bâti éclectique, on note la présence de quelques immeuble de rapport à rez-de-chaussée commercial (voir les nos58, 116-118-120 et 184-184-184A), dont beaucoup sont situés aux angles des artères principales: à l'angle de l'avenue de l'Hippodrome, les nos35 et 48 (voir ce numéro); à l'angle de la chaussée de Boondael, les nos124-126 et 115 boulevard Général Jacques – 309, 311 chaussée de Boondael (voir ce numéro); à l'angle de l'avenue des Saisons, les nos177 et 177A.

Boulevard Général Jacques 171 à 127, enfilade (photo 2013).

Les dernières parcelles sont bâties dans l'entre-deux-guerres de maisons et immeubles de style Art Déco (n°249, 1923). On notera tout particulièrement la présence au n°20-20B de la remarquable Résidence de La Cambre, conçue par l'architecte Marcel Peeters en 1937 pour la Société des Pavillons français dirigée par Gérard Kaisin qui en avait repris la gestion après le décès de son père, Lucien Kaisin, initiateur du Résidence Palace (Bruxelles, architecte Michel Polak, 1923). Après le krach boursier de 1929, les Kaisin se tournèrent vers des projets moins luxueux tels que les Pavillons français (Schaerbeek, architecte Marcel Peeters, 1930-1934) et la Résidence de la Cambre.
Après 1945, on assiste, boulevard Général Jacques, à quelques démolitions et reconstructions, majoritairement dues aux dommages causés par la guerre.

La fin de la portion comprise sur le territoire d'Ixelles est marquée par la présence de la gare d'Etterbeek (voir n°265) et des anciennes casernes de gendarmerie construites en 1909 (voir n°210). À l'angle de la rue Juliette Wytsman, voisine des casernes, un monument, dû au sculpteur Eugène De Bremaecker, est dédié Aux officiers, sous-officiers, brigadiers et gendarmes morts pour la loi et la patrie (1920-1921). Il se compose d'un socle en pierre bleue et de trois figures en bronze.
Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaire

Sources

Archives
ACI/TP Historique des rues (1925).
ACI/TP 144, 81.
ACI/Urb. 35: 144-35; 85: 144-85; 124-126: 144-126; 177, 177A: 144-177; 249: 144-249.

Ouvrages
HAINAUT, M., BOVY, Ph., Le quartier de la Petite Suisse, Commune d'Ixelles, Bruxelles, 1998 (À la découverte de l'histoire d'Ixelles, 2).
Ixelles, Ensembles urbanistiques et architecturaux remarquables, ERU, Bruxelles, 1990, pp.120-123.
LE ROY, P., Monographie de la commune d'Ixelles, Imprimerie Générale, Bruxelles, 1885, pp.299-303.