De la place Sainte-Catherine et de la place du Vieux Marché aux Grains au boulevard de Nieuport, sinueuse voie d’accès depuis l’Ouest, partie de la «Chaussée» ou «Steenweg», très ancienne artère commerçante et de transit qui traversait la ville médiévale d’Ouest en Est via le «Castrum», le «Werf» ou débarcadère en bordure de la Senne, le «Marché», actuelle Grand-Place, et le Coudenberg et dont le tracé remonte au moins au XIe siècle (voir aussi rue Sainte-Catherine, rue du Marché aux Poulets, rue du Marché aux Herbes, rue de la Madeleine, rue Montagne de la Cour et rue de Namur dont les dénominations apparurent au XVIIe siècle). Elle était jadis limitée à l’Est par la porte Sainte-Catherine — élément de la première enceinte urbaine et détruite en 1609 —, interrompue au milieu, à hauteur de la rue du Marché aux Porcs par la porte à Peine-Perdue ou « Verloren Costpoort» — pratiquée dans les «petits remparts» et détruite en 1727 — et se terminait à l’Ouest à la porte de Flandre protégeant la deuxième enceinte — démolie en 1783 et remplacée par les pavillons d’octroi de la porte d’Anderlecht sur les plans de l’architecte A. Payen de 1832 —. Aujourd’hui, le tracé étroit et infléchi de la rue bordée de constructions serrées est interrompu au milieu par le vaste carrefour des rues du Marché aux Porcs, du Rempart des Moines et Léon Lepage et s’élargit à son extrémité Ouest à la rencontre de la rue Antoine Dansaert réalisée à cet endroit en 1898-1899.
La rue de Flandre comptait jadis quatorze impasses, la plupart du XIXe siècle, aujourd’hui disparues en grande partie. Sont encore visibles cependant les vestiges des impasses de la Serpette au n° 13, de la Faucille au n° 23, du Gril à côté du n° 98 et du Roulier aux nos 176-178. Des ruelles parallèles entre elles — du Chien Marin, du Nom de Jésus et du Pays de Liège — mènent, depuis la première partie de la rue, au quai aux Briques; la rue de la Cigogne, coudée, relie la deuxième partie de la rue à la rue du Rempart des Moines. Comme voie d’accès au centre et comme axe vers la sortie Ouest de la ville, la rue de Flandre fut remplacée, au Sud et dans les années 1870, par la rue Antoine Dansaert, plus large et au tracé rectiligne. Le front de bâtisses regroupe une variété de façades bien conservées dans la totalité de la rue. Les plus anciennes constructions arborent une façade à pignon dont il reste huit exemples; un certain nombre d’habitations étroites ont subsisté avec une façade renouvelée aux XIXe et XXe siècle. L’importante «Maison de la Bellone», dans une cour en retrait de la voirie, témoigne du style baroque classicisant ; une autre, à façade caractéristique en pierre de taille, du style Louis XV. Une série de façades affichent les styles classique tardif et néoclassique et résultent d’aménagements de la fin du XVIIIe siècle et de la première moitié du XIXe siècle qui éliminèrent les pignons à rue au profit de couronnements «classiques» sous corniche, parfois avec ajout d’un étage ou d’un niveau d’attique. Nombre de ces bâtiments ont conservé leur volume d’origine révélé en façade par des ancres parfois à crochet, par le profil de la toiture perpendiculaire, souvent par la façade arrière à pignon à rampants droits ou débordant (voir nos 5, 9, 12, 26-26A — avec façade décapée, en briques et pierre blanche, à bandeaux, montants chaînés profilés en cavet et à bandeaux de décharge clavés aux deux étages —,50 — à façade décapée en briques et pierre blanche à bandeaux, montants chaînés profilés en cavet et à bandeaux de décharge clavés au premier étage —, 94-96, 101 à l’angle de la rue du Marché aux Porcs, 150 et 156). Le n° 95 constitue la partie subsistante d’une maison originellement vaste sous toiture raide, de même que le n° 25 à pignon débordant à gauche.
L’autre aspect de la rue est caractérisé par des édifices reconstruits en style néoclassique, la plupart à toiture parallèle, de la première moitié du XIXe siècle, avec enduit lisse ou bandeaux délimitant des registres, un couronnement «classique» ou un niveau d’attique (voir nos 2, 15, 17, 19, 27, 32 — avec baies du premier étage cintrées sur impostes continues et inscrites dans un encadrement rectangulaire —, 33, 36, 40, 42, 49, 52, 57, 65, 76-78 [1847], 88, 109, 111, 116 à pseudo-fronton, 117, 118, 120, 126, 135, 162 et 182). Certains de ces bâtiments comportent aussi probablement un noyau ancien, cependant non repérable à première vue. Certaines façades affichent un décor de stuc plus ou moins élaboré, du troisième quart du XIXe siècle : voir nos 10 (1873), 34 (1866), 124, 125-127 (1852), 161 et 163 (1874, originellement ensemble symétrique de trois maisons) et 174 (1869). De la charnière des deux siècles et du début du XXe siècle datent quelques volumineux immeubles à appartements groupés surtout à la fin de la rue et construits suivant un nouvel alignement en retrait : les nos 86, 183-183A (1920-1921, architecte H. Lejeune), 184, 185-187 (1913, architecte M. Schmitz), 190-190A, 192 (1900, architecte H. De Kock) et 195-197 (1909). La rue se caractérise depuis longtemps par son importante fonction commerciale surtout concentrée au début, dans sa partie Est, dont la vitalité se révèle par le renouvellement récent des vitrines ; une seule devanture «classique» subsiste, au n° 165.

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Sources

Archives
AVB/TP 11175 (1847), 11155 (1873), 11164 (1866), 11242 (1852), 11254 (1874), 11200 (1869), 31058 (1920-1921), 5932 (1913), 140 (1900), 5650 (1909).