La rue des Vignes est une artère courbe qui relie l’avenue du Parc royal et la rue Mathieu Desmaré à l’extrémité de la rue Mellery, avec laquelle elle dessine un îlot de forme irrégulière. La rue est bordée à l’ouest par le square du Vingt-et-un-juillet et le Domaine royal.

L’artère trouve son origine dans la Wyngaerd Straetje, une ruelle au tracé irrégulier d’avant 1810, qui débutait rue de l’Église (aujourd’hui rue Mathieu Desmaré) et montait jusqu’à hauteur du Molenbeek, dont le cours formait un étang, aujourd’hui incorporé au Domaine royal. Le nom de l’artère fait vraisemblablement référence au vignoble de l’église de Laeken qui la bordait.

En 1876, le roi Léopold II céda à l’État une partie de son domaine pour la création d’un parc public, ainsi que l’assiette de la future avenue du Parc royal. Formant une ellipse autour du Domaine royal, celle-ci remplaçait, à partir de la nouvelle église de Laeken, l’ancienne route de Bruxelles à Tamise, qui traversait son domaine. De cette route subsistent aujourd’hui les deux premières portions : la rue des Palais Outre-Ponts et la rue Mellery. En parallèle, le roi s’attacha, au cours des dernières décennies du XIXe siècle, à étendre le Domaine royal et à urbaniser ses abords. Parmi ceux-ci, le quartier situé au nord-est de l’église Notre-Dame, formé par les rues de l’Église, des Vignes et Mellery, formant désormais une enclave dans le Domaine. Le projet consistait à remplacer ces anciennes artères bâties de maisons modestes et insalubres par des rues nouvelles où prendraient place des habitations bourgeoises. Plusieurs propriétés furent rachetées dans ce but par le roi. Finalement approuvé par la Commune le 06.10.1905, le projet de transformation du quartier ne fut toutefois jamais mis en œuvre, le roi étant décédé en 1909. Seule la rue des Vignes fut élargie et les bâtiments implantés sur son côté ouest furent démolis au profit de la création d’un jardin public (voir square du Vingt-et-un-juillet).

Les plus anciennes constructions de la rue des Vignes forment une enfilade de maisons modestes néoclassiques, du no
17 au no 26, vraisemblablement érigées par groupes des années 1860 aux années 1880. Elles ont subsisté malgré la modification d’alignement et les différentes transformations dont elles ont pour la plupart fait l’objet. Les maisons du début de la rue ont, elles, cédé la place à un bloc de logements pour vieux ménages conçu en 1969 par l’architecte Égide Dekeuleneer pour le Foyer Laekenois (rue Mathieu Desmaré nos 13). Quant à la fin de l’artère, décrivant une courbe, elle n’a été bâtie qu’à partir de 1923, de maisons d’inspiration Art Déco pour la plupart. Parmi elles, citons le no51 (architecte P. Eenens, 1931-1932), ainsi que l’enfilade formée par les nos42 (voir ce numéro), 43 (1927), 44 (1928), 45 (1928) et 46 (1931-1932).

Au no 16 (voir ce numéro) se trouve l’ancien bâtiment de bureaux de la Grande Tonnellerie Mécanique, implantée dans l’îlot dès avant 1897. Au no27, sur une parcelle communiquant avec la rue Mellery (voir no 54), se trouve encore une partie des anciens Ateliers Jonckheere (machines de paquetage automatique), dont le bureau à façade Art Déco à front de rue (architecte Jean De Rom, 1927).

Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaire

Sources

Archives
AVB/PP 3372 (ca 1880), 3427 (ca 1900).
AVB/TP 57127 (1896) ; 17 à 26 : Laeken 2551 (1869) ; 27 : 52728 (1927), 53357 (1927), 105859 (1994) ; 43 : 52727 (1927) ; 44 : 38533 (1928) ; 45 : 40123 (1928) ; 46 : 38534 (1931-1932) ; 51 : 40124 (1931-1932).

Ouvrages
RANIERI, L., Léopold II urbaniste, Hayez, Bruxelles, 1973, pp. 48-58.
VAN NIEUWENHUYSEN, P., Toponymie van Laken (thèse de doctorat en Philologie germanique), UCL, Louvain-la-Neuve, 1998, pp. 1940-1942.

Cartes / plans
DE WAUTIER, G., Carte de Bruxelles et ses environs, vers 1810.
VANDERMAELEN, Ph., Atlas cadastral du Royaume de Belgique, plan parcellaire de la commune de Laeken avec les mutations jusqu’en 1836.
POPP, P. C., Atlas cadastral de Belgique, plan parcellaire de la commune de Laeken avec les mutations, 1866.
Plan de Bruxelles et environs, Établissement géographique Ph. Vandermaelen, 1877.