La chaussée d’Anvers est une longue artère débutant au boulevard Baudouin, à hauteur de la porte d’Anvers, et aboutissant au square Jules de Trooz. Elle croise notamment sur son parcours le boulevard Simon Bolivar, l’avenue de l’Héliport et la rue Masui.

Ancienne route médiévale, la chaussée relie Bruxelles au pont de Laeken, où elle cède la place à la route menant à Anvers, via Vilvorde et Malines. Au cours du temps, l’artère est tour à tour dénommée chemin d’Anvers ou route de Malines (XVIIIe siècle), chaussée de Bruxelles à Anvers (après 1835), avant d’acquérir, en 1851, sa dénomination définitive de chaussée d’Anvers. En néerlandais, elle était surnommée Antwerpsekassei ou tout simplement Kassei. La chaussée ne fut directement accessible depuis la rue de Laeken, au centre-ville, qu’après le percement de la porte
Napoléon, avant 1804, plus tard rebaptisée porte Guillaume puis porte d’Anvers. Jusqu’à l’annexion par la Ville de Bruxelles en 1921, la première partie de l’artère, jusqu’aux environs de l’actuel boulevard Simon Bolivar, se trouvait sur Molenbeek-Saint-Jean et la seconde sur Laeken.

Les premières constructions apparaissent le long du début de la chaussée aux environs de 1800. Dans les premières décennies du XIXe siècle, l’artère devient la colonne vertébrale d’un nouveau quartier, dit faubourg d’Anvers, faubourg de Laeken ou encore Petit Molenbeek. Le quartier se développe rapidement, avantageusement implanté entre la ville, le canal de Willebroek et la Senne. Son urbanisation est encore favorisée par l’implantation, à l’ouest de la chaussée, de la station de chemin de fer de l’Allée Verte, inaugurée en 1835, suivie, en 1846, de la gare du Nord, à l’est de la Senne.

Les voies de l’Allée Verte croisaient à l’origine la chaussée d’Anvers à hauteur de la future rue Masui, pour rejoindre celles partant de la gare du Nord. Vers 1860, ce tracé est désaffecté au profit d’un raccordement suivant le tracé de l’actuelle avenue de l’Héliport. À ce carrefour, baptisé La Barrière, une maison de garde-barrière (voir no291) rappelle encore la présence de l’ancien passage à niveau.

Par la chaussée d’Anvers passait en outre l’une des plus anciennes lignes de tramways de la capitale, créée en 1872 pour relier l’avenue de la Reine à la place de la Vaillance à Anderlecht. Juste au sud du carrefour de la Barrière, son vaste dépôt, conçu entre 1872 et 1909, a été réaffecté en centre sportif et socio-culturel (voir no208-210).

Populaire et prospère, la chaussée d’Anvers se construit tout au long du XIXe siècle, alignant habitations, petits commerces,
ateliers et entrepôts, cafés, hôtels et restaurants, salles de danse et cinémas. Au tournant des XIX et XXe siècles, l’aménagement du port extra-muros et de la gare de Tour et Taxis renforce encore le caractère commerçant et industriel du quartier, au détriment de l’habitat bourgeois.

Parmi les maisons relativement bien conservées aujourd’hui, citons, d’inspiration néoclassique, le no
278 (avant 1881), accompagné à l’arrière d’un bâtiment industriel, ainsi que l’ensemble formé par les nos377 à 383 (après 1893), des maisons de rapport à rez-de-chaussée commercial. De style éclectique, pointons le no270 (1886), surhaussé en 1948, le no403-405, d’inspiration gothique, ainsi que les bâtiments de l’église protestante évangélique Silo (voir nos324, 326).

Les industries présentes en bordure de la chaussée étaient de natures variées: industrie carrossière (tramways, voitures, vélos), fabrique d’ascenseurs (Otis), brasseries, dont la firme Caulier (établie rue Herry, dans l’actuel îlot compris entre l’avenue de l’Héliport, le boulevard Simon Bolivar et la rue Willem de Mol), entreprises de déménagement, comme la Continentale Menkès (côté impair de la chaussée, à hauteur de l’actuel boulevard Simon Bolivar) et les établissements Walon Frères (au no204-206). Pointons, au no315-317, ce qu’il reste des Établissements Honoré Demoor et Cie, spécialisés dans les machines-outils. L’usine s’est implantée au début du XXe siècle à l’emplacement d’une fabrique de rubans. Derrière les bâtiments administratifs de 1916 (architecte Willy Plas) s’étendaient les vastes ateliers à sheds, bordés par la Senne.

La chaussée comptait plusieurs salles de bal, dont le Palais Baudouin, aux murs couverts de miroirs, et le Van Dyck, tous deux implantés à proximité de la porte d’Anvers. L’artère accueillait également trois cinémas, aujourd’hui démolis: le Panthéon (1921), devenu Rex puis Odéon, au no47, le Cade (vers 1908) au no219 et le Cinéma Royal (1921), rebaptisé Anvers Palace, au no413.

Dans l’entre-deux-guerres, la chaussée, encore prospère, se dote de quelques immeubles à appartements, dont le no
68 (architecte J. Vermeersch, 1931), érigé en style Art Déco à l’angle de la rue Nicolay, et le complexe de logements sociaux moderniste Bloemenkrans (voir no407-409). Citons également, au no441, un ancien café parementé de céramique, aménagé en 1941 (architecte Jules Vander Motten).

En 1944, le quartier subit des bombardements, qui détruisent plusieurs bâtiments de la chaussée. Parmi les immeubles sinistrés, le no425, à l’angle de la rue de l’Éclusier Cogge, reconstruit en 1953 (architecte J. F. Van Immelen). En 1950, l’architecte Paul Dhaeyer reconstruit l’école de filles Saint-Albert, jusqu’alors établie dans trois maisons contigües (no28-32); l’actuel Collège La Fraternité Saint-Vincent est à son tour modifié en 2003 (ingénieur-architecte Philippe Tyberghein). Au no354, un commerce de 1961 à façade en claustra de béton, est accompagné à l’arrière par un immeuble à appartements situé au no82 de l’Allée Verte.

À partir de 1959 est élaboré par le groupe Structures le plan Manhattan, qui prévoit une refonte complète du quartier Nord, appelé à devenir un vaste centre d’affaires à l’américaine. Le projet est validé par l’arrêté royal du 17.02.1967. Jugée insalubre, une zone de 53 hectares, dans laquelle s’inscrit la chaussée d’Anvers, doit être entièrement démolie et reconstruite, tandis qu’est prévu, sur le tracé désaffecté de la Senne, le futur boulevard Roi Albert II. Au cours des années 1970, les îlots du côté impair de la chaussée délimités à l’est par le nouveau boulevard sont entièrement rasés. Dès le début de cette décennie, le ralentissement de l’activité économique empêche toutefois la construction de la plupart des immeubles de bureaux prévus. Entre 1970 et 1973 est érigé le premier des complexes du World Trade Center, envisagé comme un QG du commerce mondial au cœur du quartier Nord; le second (et dernier) ne sort de terre qu’au début des années 1980 (voir nos53-55, 57-59b).

Parallèlement aux démolitions massives, la Ville fait construire des logements sociaux en bordure de la chaussée d’Anvers. Ainsi est érigé, entre 1968 et 1978, le complexe du Foyer laekenois (voir nos150-150a à 152b-154), suivi de celui du Foyer bruxellois (nos61-63), achevé en face du premier en 1979.

C’est dans la seconde moitié des années 1980 que reprend l’activité immobilière dans le quartier. E
ntre 1987 et 1990 est construit, à l’angle du boulevard Baudouin, le bâtiment du ministère de la Communauté flamande (no1-5), par les bureaux Jaspers et Vander Elst. En 1989, une révision partielle du plan d’aménagement de 1967 prescrit une concentration des bureaux sur le boulevard Roi Albert II et une priorité au logement sur la chaussée d’Anvers. Ainsi, le vaste îlot compris entre les rues Frère-Orban et du Peuple, créé à l’emplacement de plusieurs petites artères, accueille-t-il dans les années 1990 les complexes North Gate et North Star côté boulevard, accompagnés chaussée d’Anvers, suivant une exigence de la Ville de Bruxelles, par un ensemble de 98 logements du Foyer laekenois. Enfin, entre 2008 et 2013 sont construits côté pair, entre la rue Simons et le boulevard Simon Bolivar, deux imposants complexes de bureaux jumeaux en «H» (Jaspers-Eyers Architects), qui remplacent notamment le magasin de décors de théâtre de la Monnaie, créé avant 1893.

Parmi les réalisations intéressantes sur la chaussée ces dernières décennies, citons la nouvelle église Saint-Roch, construite en 1995 par l’Atelier de Bruxelles (voir no60), ainsi qu’un immeuble à appartements d’angle érigé en 2011-2013 par JAVA Architects (no212), caractérisé par de grandes ouvertures en façade.
Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaire

Sources

Archives
AVB/Actes Administratifs, vol no2, folio 314; vol no35, p. 9.
AVB/TP 4534 (1893);
28-30: 59092 (1948), 59091 (1948-1950), 112211 (2003); 47: 59244 (1921); 68: 38496 (1931); 270: 57930 (1948), 59594 (1950); 315-317: 67351 (1916); 354: 73096 (1961); 425: 61649 (1953); 441: 54970 (1941); 451: Laeken PV Reg. 170 (1919).

Ouvrages
CELLULE PATRIMOINE HISTORIQUE DE LA VILLE DE BRUXELLES, Promenades bruxelloises. 4. Patrimoine industriel à Laeken, Bruxelles, 1999, pp. 2-5.
CELLULE PATRIMOINE HISTORIQUE DE LA VILLE DE BRUXELLES, Promenades bruxelloises. 3. Logement ouvrier et social à Laeken, 1998, p. 8.
CULOT, M. [dir.], Bruxelles Hors Pentagone.
Inventaire visuel de l'architecture industrielle à Bruxelles, AAM, Bruxelles, 1980, fiches 52, 76.
DEMEY, Th., Chronique d’une capitale en chantier. 2. De l’Expo ’58 au siège de la C.E.E., Paul Legrain, Bruxelles, 1992, pp. 105-169.
LA RÉTINE DE PLATEAU, Inventaire des salles de cinéma de la Région de Bruxelles, Bruxelles, 1994, fiches 134, 135.
TOELEN, T., De grote en kleine geschiedenis van de Kassei. La grande et petite histoire de la Chaussée, AMVB, Bruxelles, 2004.
VANDEN EEDE, M., MARTENS, A., Quartier Nord. Le relogement des expulsés, EPO, Bruxelles, 1994, pp. 56-62.
VAN KRIEKINGE, D., Essai de toponymie laekenoise, Laeken, 1995, s.p.
VAN NIEUWENHUYSEN, P., Toponymie van Laken (thèse de doctorat en Philologie germanique), UCL, Louvain-la-Neuve, 1998, pp. 528-529, 1151.

Périodiques
VAN DER ELST, W., «De verdwenen filmzalen van Laken», LACA Tijdingen, 4, année 16, juin 2005.