Partagée entre les territoires d'Ixelles et de Bruxelles, la chaussée de Vleurgat relie la place Eugène Flagey à la chaussée de Waterloo.

Cette ancienne voie de communication, dont la création remonte au XVIe siècle, reliait autrefois le « bas-Ixelles », qui s'était développé autour de l'église Sainte-Croix, au hameau de Vleurgat à Uccle. Elle prolongeait la chaussée d'Ixelles et permettait, avec d'autres voies, les échanges commerciaux entre la ville et les faubourgs. La chaussée de Vleurgat fut pavée en 1727 par le gouvernement autrichien, en même temps que la chaussée de Waterloo.

La chaussée de Vleurgat est la seule voie qui traverse Ixelles dans toute sa largeur, via son prolongement par les rues Malibran et du Sceptre. Depuis 1864, elle est coupée en deux par l'avenue Louise qui relève de la Ville de Bruxelles.

Le tracé de la chaussée de Vleurgat fut rectifié et élargi suivant l'arrêté royal du 11.05.1867. Bordée jusque-là de fermes, de métairies et de petites habitations rurales, la chaussée s'urbanise définitivement à partir de cette date. Ce premier arrêté royal est ensuite complété par celui du 25.10.1872 qui clarifie le tracé de la chaussée dans sa partie supérieure, au-delà des rues Jordaens et Van Eyck.

La partie de la chaussée située sur Ixelles à l'est de l'avenue Louise – à savoir du n°1 au n°95, et du n°2 au n°104 – relie la place Flagey à l'avenue Louise en croisant les rues Lesbroussart et Lannoy. Avec l'avenue Louise et la chaussée d'Ixelles, elle délimite les frontières du quartier de l'Ermitage dont la plupart des rues sont ouvertes selon l'arrêté royal du 11.11.1863.
Ce tronçon de la chaussée se bâtit entre 1830 et 1900. À la veille du XXesiècle, pratiquement toutes les parcelles sont occupées et beaucoup de grandes maisons ont déjà été détruites afin d'en construire de nouvelles, plus petites et donc plus nombreuses.

Aux abords de la place Flagey, côté impair, de nombreuses maisons de style néoclassique, de composition asymétrique, forment le bâti d'origine. Elles ont été fortement transformées notamment par l'aménagement d'un rez-de-chaussée commercial et/ou la «rénovation» de la façade par un parement de briquettes (nos1, 3, 17). Les nos33 et 35 nous donnent un exemple de ce à quoi devaient ressembler les maisons bourgeoises d'origine (voir ces numéros). Côté pair, c'est l'ensemble construit par La Société de l'avenue Louise (voir les nos2 à 22) qui témoigne le mieux de l'aspect originel.
Plus tard, vers la fin du XIXesiècle, les dernières parcelles libres se bâtiront de maisons de style éclectique tels les ensembles des nos48 à 52 (1892) et des nos72 à 78 (1895).

Chaussée de Vleurgat 72, 74, 76, et 78 (photo 2009).

Au n°80-82 (anciennement deux maisons distinctes), la Brasserie Lannoy – du nom de son propriétaire – installe ses bureaux en 1872. L'entrée principale de la brasserie se trouve rue Lannoy (voir cette rue). On supprime en 1924 le rez-de-chaussée du n°80 afin d'agrandir l'entrée cochère du n°82 et de la transformer en un large porche bordé de deux rangées de colonnes. En 1954, la brasserie cesse ses activités. Depuis, les locaux de la chaussée de Vleurgat sont occupés par la Croix-Rouge de Belgique et les services des ambulances et de prêt du matériel sanitaire.

Chaussée de Vleurgat 82, les Grandes Brasseries d’Ixelles, entrée des bureaux, s.d. (Collection de cartes postales Dexia Banque).

La proximité de l'avenue Louise attire également la présence d'institutions religieuses tels le Home pour jeunes femmes Les Filles de la croix du Puy (n°57-59-61), l'Union des églises évangéliques protestantes de Belgique avec le Home Becker (n°85) ou encore les Œuvres sociales juives et leur Foyer des jeunes qui se sont installés au n°89.
Le centre scolaire Saint-Vincent de Paul occupe les nos53 et 55 et comprend une chapelle construite en 1887 servant aujourd'hui de réfectoire. Autrefois, à cet emplacement se trouvait la ferme du Wijmbroec, propriété de l'abbaye de La Cambre. Celle-ci se composait de deux bâtiments auxquels on accédait par un chemin partant de la chaussée. Les deux constructions furent détruites en 1846 et le terrain loti.

Chaussée de Vleurgat 55, chapelle du centre scolaire Saint-Vincent de Paul (photo 2009).

La partie de la chaussée située sur Ixelles, à l'ouest de l'avenue Louise – à savoir du no 222 au no 328 et du no 151 au no 311 – borde le quartier de la rue de l'Abbaye (voir le Plan général d'alignement pour l'ouverture de rues et places sur le territoire compris entre l'avenue de la Cambre et les chaussées de Waterloo et de Charleroi, approuvé par l'arrêté royal du 20.02.1864).
Le bâti de ce tronçon de la chaussée est principalement destiné à l'habitat, les commerces se concentrant surtout à hauteur de l'avenue Louise et de la chaussée de Waterloo. Il est constitué, pour l'essentiel, de maisons traditionnelles tantôt de style néoclassique, tantôt de style éclectique, les plus anciennes ayant été érigées vers la fin du XIXe siècle, les autres aux environs de 1900.
Les immeubles néoclassiques forment un alignement relativement homogène entre les rues Kindermans et Américaine (voir les mieux conservées sises aux nos 161, 169, 173) ; à hauteur de cette rue se dressent des immeubles à appartements érigés à la fin des années 1950 (no 187 : architecte Michel Barbier, 1957 ; no 189 : architecte Van der Looven, 1959).
L'architecture éclectique, très présente le long de la chaussée, domine, notamment, entre les rues Van Eyck et de l'Abbaye, deux enfilades particulièrement homogènes de maisons précédées d'un jardinet clos d'une grille en fer forgé. La première des enfilades, comprise entre les nos 228 et 240, date de la fin du XIXe siècle et est formée de maisons progressivement construites à la demande de différents propriétaires (voir ces numéros) ; la seconde, des nos 260 à 272, est réalisée à la demande de F. Bouwens, selon un même permis délivré peu après 1900 (voir ces numéros).

À côté de ce bâti ont été construits, entre 1910 et la fin des années 1920, des immeubles de style traditionaliste (voir no 197 à no 225), Beaux-Arts (voir nos 193, 195, 223) ou Art Déco (voir no 231), rappelant l'architecture bourgeoise qui caractérise le quartier de la rue de l'Abbaye.
L'immeuble de style moderniste classique, actuellement occupé par l'ambassade de l'Inde (voir no 215-217), fut construit aux abords de l'ancienne propriété acquise en 1883 par l'industriel Louis Semet-Solvay, dont seul subsistent aujourd'hui l'ancienne conciergerie (no 217B) et le jardin. Acheté par la Région bruxelloise en 1983, ce domaine fut aménagé en 1983 sous la forme d'un parc public par la SA René Pechère & Partners.
Aux angles de la chaussée de Vleurgat et de la rue de l'Abbaye, des immeubles à appartements (no 65A-65 rue de l'Abbaye – 280 chaussée de Vleurgat : 1973, architecte J.-P. Coulonvaux ; voir no 30 rue de l'Abbaye – 282 chaussée de Vleurgat) remplacent, d'une part, un ensemble de quatre maisons éclectiques sous toiture mansardée de 1874 (dans la prolongation de l'enfilade allant du no 260 au no 272) et, d'autre part, l'hôtel particulier de style Art nouveau de l'artiste peintre Anna Boch (1848-1936), conçu en 1901 par l'architecte Paul Hermanus et dont la décoration intérieure avait été dessinée par l'architecte Victor Horta.
Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaire

Sources

Archives
ACI/TP Historique des rues (1925).
ACI/TP Q14 Quartier de l'Ermitage (boîte n°37).
ACI/TP Q15 Quartier Tenbosch (boîte no 11).
ACI/TP 1, 312, 171.
AVB/TP voirie : 29067 (1866-1867), 28883 (1872).
ACI/Urb. 1: 312-1; 3: 312-3; 17: 312-17; 48, 50, 52: 312-48-50-52; 72, 74, 76, 78: 312-72-74-76-78; 55: 312-55; 57-59-61: 312-57-59-61; 80-82: 312-80, 312-80a-84, 312-82; 85: 312-85; 187 : 312-187 ; 189 : 312-189 ; 217B : 312-215-217 ; 65a-65 rue de l'Abbaye – 280 chaussée de Vleurgat : 1-65-65a 1-65.

Ouvrages
BOULANGER-FRANCAIS, J., Parcs et jardins de Bruxelles, éd. Ministère de la Région Bruxelles-Capitale, Bruxelles, 1993, pp. 204-207.
BOVY, Ph., Ixelles, CFC éd., Bruxelles, 2000 (Guides des communes de la Région Bruxelloise), p. 115.
DEMEY, T., Bruxelles en vert, guide-promenades des jardins publics du Molenbeek à la Woluwe, Badeaux, Bruxelles, 2003, pp. 338-341.
GEERINCK, D., Catalogue des plantations ligneuses du Parc Tenbosch, Bibliothèque René Pechère, Ixelles, 2002, pp. 1, 2.
GEERINCK, D., NOYER, H., Inventaire préliminaire des plantations du Parc Tenbosch, éd. D. Geerinck, Auderghem, 1993.
Douze (12) espaces verts à Bruxelles, Ministère de la Région Bruxelles-Capitale, Bruxelles, [s.d.], pp. 30, 31.
GONTHIER, A., Histoire d'Ixelles, Le Folklore Brabançon, Impr. De Smedt, Bruxelles, 1960, pp.38-40, 76-77, 207-208, 215.
GUILLAUME, A., MEGANCK, M., et al., Atlas du sous-sol archéologique de la Région de Bruxelles : 15 Ixelles, Bruxelles, 2005, pp. 65, 115-118.
Ixelles, Ensembles urbanistiques et architecturaux remarquables, ERU, Bruxelles, 1990, pp. 15, 19, 37, 173-175, 213-217.