Reliant la rue de Spa à l'avenue de Cortenberg, la rue Stevin est une longue artère croisant successivement la rue Philippe le Bon, l'avenue Livingstone, les rues du Taciturne et Saint-Quentin, le boulevard Charlemagne et la rue Archimède.

Le percement de l'artère est adopté par le Collège de la Ville de Bruxelles en séance du Conseil du 31.12.1859 (Bulletin communal, 1859, t. II, pp. 383-384). La rue Stevin s'arrêtait alors à la chaussée d'Etterbeek – correspondant aujourd'hui partiellement à l'avenue Livingstone –, qui bordait la rive occidentale du grand étang de Saint-Josse-ten-Noode.

La rue Stevin encore limitée à deux tronçons, détail du [i]Plan d'extension du quartier Léopold vers et au-delà des étangs dits de Saint-Josse-ten-Noode[/i], conçu par le baron de Jamblinne de Meux en 1870, AVB/PP 948.

L'ouverture de ses deux premiers tronçons, tout comme celle de la rue Philippe le Bon, résulte d'une demande de propriétaires de terrains situés entre la rue Joseph II, la rue de Spa et la chaussée d'Etterbeek. Ceux-ci s'opposent à ce que prévoyait pour cette zone le plan du quartier Léopold, conçu en 1838 par l'architecte Tilman François Suys (AVB/PP 1511-1512). Sur ce plan figurent en effet deux rues parallèles à la rue de Spa et non une seule – la rue Philippe le Bon. En outre, aucune artère parallèle à la rue Joseph II – comme la rue Stevin – n'est envisagée entre la rue de Spa et la chaussée d'Etterbeek.

Les deux premiers tronçons sont essentiellement bâtis entre 1863 et 1872, de maisons néoclassiques, pour la plupart de composition symétrique. Les parcelles restées libres se construiront dans les années 1880 et 1890.

Le 20.12.1875 est approuvé, par arrêté royal, le plan d'aménagement du quartier Nord-Est dessiné par l'architecte Gédéon Bordiau. Celui-ci prévoit entre autres l'assèchement du grand étang et la prolongation de la rue Stevin jusqu'à l'avenue de Cortenberg. La dénomination de l'artère, qui rend hommage à Simon Stevin (1548-1620), mathématicien et inventeur flamand, est réaffirmée par arrêtés du Collège de la Ville de Bruxelles des 14.04.1877 et 15.05.1877.

La rue Stevin, encore interrompue par la ligne de chemin de fer passant en tranchée le long du bd Charlemagne, détail du plan [i]Bruxelles et ses environs[/i], réalisé par l'Institut cartographique militaire en 1881 (© KBR, Section Cartes et Plans).

Sur le plan de Bruxelles réalisé par l'Institut cartographique militaire en 1881, la partie de la rue située au-delà de l'avenue Livingstone apparaît tracée, mais encore dépourvue de constructions. Ces dernières, d'inspiration néoclassique ou de style éclectique, apparaîtront pour la plupart au cours des années 1880 et 1890.

À hauteur du boulevard Charlemagne, la rue Stevin formait à l'origine un pont enjambant la voie du chemin de fer passant en tranchée le long du boulevard. La ligne est aujourd'hui enterrée et le pont a cédé la place à un rond-point.

Plusieurs des maisons de la rue sont conçues par des architectes prolifiques dans le quartier. Édouard Elle signe ainsi les n°s 76 (voir rue du Taciturne 50 à 56), 65 et 190 (voir ces numéros), Édouard Ramaekers les n°s 80-82 et 84-86 (voir ces numéros), Henri Van Massenhove les n°s 136, 167 à 175-177 (démolis), 194, 196 (voir ces deux numéros) et 198. Jules Barth est quant à lui l'auteur du n° 130 (voir ce numéro).

Outre des commerces, situés au rez-de-chaussée des immeubles d'angle, la rue Stevin comptait à l'origine également un certain nombre d'ateliers et d'entrepôts, bâtis à front de rue et remplacés ultérieurement par des habitations ou édifiés à l'arrière des parcelles.

De par sa situation en bordure du quartier Européen, l'artère a subi de nombreuses démolitions et reconstructions. Côté pair sont à signaler un immeuble à appartement de 1966 (architecte H. Coppejans) au n° 8, l'International Press Center (1972) à front du boulevard Charlemagne (voir n°s 142-142a-144), ainsi qu'un immeuble combinant logements, bureaux et parkings, conçu en 1990 par le bureau d'architecture Schilling à l'angle de l'avenue de Cortenberg, où il porte le n° 52. Celui-ci a entraîné la démolition des n°s 224 (architecte Franz D'Ours, 1899) et 226 (1896) de la rue Stevin. Enfin, le restaurant conçu en 1987 au n° 134 (architecte R. Lechat) remplace les dépendances du n° 136, conçu par Van Massenhove.

Vue du premier tronçon de la rue Stevin côté impair, déjà partiellement démoli, AVB/TP 96631 (1985).

Le côté impair a, lui, été plus massivement touché par les destructions. À deux maisons près, le bâti originel des deux premiers tronçons a ainsi entièrement laissé la place à des immeubles de bureaux et à appartements. Les n°s 1 à 23 sont progressivement démolis dans les années 1970 à 1990. Il est intéressant de noter que le n° 1, à l'angle de la rue de Spa, avait déjà été remplacé en 1932 par un immeuble à appartements de cinq niveaux. Les projets de reconstruction se succèdent sur les deux-tiers ouest de l'îlot, jusqu'à l'édification, suivant des plans de 1995 (architecte Marc Lacour, Les Ateliers de Bruxelles), d'un vaste ensemble de bureaux portant les n°s 1-11 rue Stevin et 68-80 rue Joseph II. Selon le même projet, mais cette fois pour la SA Résidences du Quartier Européen, trois entités de logements sont bâties sur le tiers est de l'îlot, derrière des façades préexistantes : aux n°s 82-86 rue Joseph II, 6-10 rue Philippe le Bon (voir ce numéro) et 19-23 rue Stevin (voir ce numéro). Dans ce dernier cas, il s'agit des façades remontées de deux maisons aujourd'hui démolies, conçues en 1896 aux n°s 60 et 62 de l'avenue de Cortenberg.

Rue Stevin 1, immeuble conçu en 1932 et aujourd'hui démoli, élévation, AVB/TP 44875 (1932).

Le deuxième tronçon est aujourd'hui bâti de deux complexes qui occupent l'entièreté de l'îlot. Côté Livingstone se dresse l'imposant siège des Assurances Populaires, conçu par les architectes Raoul J. Brunswyck et Odon Wathelet en 1974 (6-10 avenue Livingstone et 41-47 rue Stevin). Côté Philippe le Bon s'étend l'extension de ce siège, conçu en 1989-1990 par le Groep Planning, qui inclut des logements vers la rue Stevin (1 à 9 rue Philippe le Bon et 33-37 rue Stevin).

Rue Stevin, ensemble de trois maisons à l'angle de l'avenue Livingstone, par l'architecte Henri Godsdeel, aujourd'hui remplacé par le complexe des Assurances Populaires, AVB/TP 49 (1910).

À l'emplacement du complexe de Brunswyck et Wathelet s'étendaient à l'origine les bâtiments de la brasserie Saint-Joseph. Bâtis avant 1866 à l'angle de la rue Joseph II, ils s'étendent avant 1881 jusqu'à l'angle de la rue Stevin. En 1910, les constructions situées sur ce coin cèdent la place à un ensemble de trois maisons, celle d'angle ornée d'une tourelle, conçu par l'architecte Henri Godsdeel. Le complexe du Groep Planning remplace quant à lui deux maisons côté Stevin, ainsi qu'un garage qui avait investi, en 1925, un entrepôt préexistant occupant une bande de terrain allant de la rue Stevin à la rue Joseph II.

Vue du cinquième tronçon de la rue Stevin côté impair, avant démolition des n°s 99 à 113, AVB/TP 106522 (1995).

Plus loin, les n°s 99 à 113 ont fait l'objet, tout comme les n°s 15 et 17 rue Saint-Quentin, adjacents, d'une reconstruction selon un projet de 1995 (ingénieur-architecte Rik Liekens, Architeam). Seul souvenir du n° 105, dessiné en 1884 par l'architecte G. Almain-De Hase, une structure de pierre reliant deux balcons. Les façades des n°s 111 et 113 (voir ces numéros) ont quant à elles été conservées et intégrées dans le nouvel immeuble.

Rue Stevin 105 (démoli), conçu par l'architecte G. Almain-De Hase, élévation, AVB/TP 22557 (1884).

Entre le boulevard Charlemagne et la rue Archimède se déploie l'imposant Berlaymont, un complexe de bureaux conçu en 1959-1960 par les architectes Lucien De Vestel, Jean Gilson, André et Jean Polak à l'emplacement du couvent éponyme dont la rue Stevin longeait le jardin (rue de la Loi 200).

Excavation en vue de l'édification du Berlaymont, avec à l'arrière-plan les petites maisons de la rue Stevin, 1963 (© Régie des Bâtiments).

Le dernier tronçon de l'artère est aujourd'hui entièrement reconstruit. Aux n°s 133 et rue Archimède 21-29 se dresse un immeuble de bureaux de 1964 (architecte Jacques Cuisinier), rhabillé en 2007, et au n° 135 un immeuble à appartements de 1958 (architectes E. Sadin et L. S. Jacobo). Le n° 137 est conçu en 1968 (architecte J. Marchand et collaborateur J.-C. Herpain) pour l'Association Pharmaceutique belge, installée dans le même îlot, au n° 9-13 rue Archimède, dès 1949.

Rue Stevin, vue du dernier tronçon côté impair avant démolition, AVB/TP 84577 (1968).

Aux n°s 139-145 et avenue de Cortenberg 12-16, les bureaux de la Poste de Bruxelles IV ont été conçus par le Bureau d'architecture M. Jaspers dès 1988 et bâtis entre 1992 et 1997. Ce complexe fait suite à plusieurs projets d'extension, dès les années 1960, de la poste d'origine, installée avenue de Cortenberg dès 1937.

Avenue de Cortenberg 30-36, à l'angle de la rue Stevin, immeuble de bureaux conçu en 1992 par le bureau d'architecture Stapels SPRL, perspective, AVB/TP 97107 (1992).

À l'angle de l'avenue de Cortenberg est conçu en 1992 un immeuble de bureaux portant le n° 30-36 de l'avenue (bureau d'architecture Stapels sprl). Il remplace plusieurs maisons dont sept conçues par Henri Van Massenhove pour son propre compte en 1898 et 1900, sur des parcelles formant un coude entre la rue Stevin et l'avenue de Cortenberg.

Rue Stevin 175-177 et 173 en 1976, deux maisons conçues respectivement en 1900 et 1898 par l'architecte Henri Van Massenhove et aujourd'hui démolies (© IRPA-KIK Bruxelles).

Outre celles des n°s 111 et 113 cités plus haut, d'autres façades ont échappé à la destruction. C'est le cas du n° 51 (voir ce numéro), façadisé vers 2000 en même temps que l'ensemble du premier tronçon de l'avenue Livingstone côté impair, ou du n° 97 (voir ce numéro), une belle élévation signée Jules Barbier, aujourd'hui intégrée à un immeuble conçu en 2001.
Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaire

Sources

Archives
AVB/TP 1-11 : 44875 (1932), 106648 (1995-1996), 106653 (1996), 107223 (1996) ; 8 : 85974 (1966) ; 41-47 et avenue Livingstone 6-10 : 49 (1910), 83731 (1974), 86006 (1974) ; 33-37 et rue Philippe le Bon 1 à 9 : 39026 (1925), 94859 (1989), 95328 (1990) ; 99-113 et rue Saint-Quentin 15-17 : 106522 (1995) ; 105 : 22557 (1884) ; 133 et rue Archimède 21-29 : 84114 (1964) ; 134 : 95638 (1987) ; 135 : 71397 (1958) ; 136 et boulevard Charlemagne 46 : 22610 (1894) ; 137 : 84577 (1968) ; 139-145 et avenue de Cortenberg 12-16 : 50057 (1937), 96622 (1988-1992) ; 105479 (1996-1997) ; 198 : 22631 (1896) ; 169, 171, 173 et avenue de Cortenberg 34, 36 : 9804 (1898) ; 175-177 et avenue de Cortenberg 40-42 : 22578 (1900) ; 224 : 22639 (1899) ; 226 : 9807 (1896) ; avenue de Cortenberg 30-36 : 97107 (1992) ; avenue de Cortenberg 52 et avenue Michel-Ange 83-85 : 96654 (1990).
AVB/Bulletin communal de Bruxelles, 1859, t. II, pp. 383-384 ; 1877, t. I, p. 316.

Cartes / plans
Bruxelles et ses environs, Institut cartographique militaire, 1881 (Bibliothèque royale de Belgique, Section Cartes et Plans).