La rue Saint-Quentin relie la rue Joseph II à la rue Charles Martel et au square Ambiorix, croisant la rue Stevin à hauteur de laquelle elle oblique légèrement.

L'artère est ouverte suivant le plan d'aménagement du quartier Nord-Est, dessiné par l'architecte Gédéon Bordiau et approuvé par l'arrêté royal du 20.12.1875.

Sa seconde portion, entre les rues Stevin et Charles Martel, est établie sur l'assiette d'une partie de l'ancienne rue du Cardinal. Cette longue artère séculaire débutait chaussée de Louvain, bordait le grand étang de Saint-Josse à l'est puis contournait la propriété ayant appartenu au Cardinal de Granvelle au XVIe siècle, pour continuer vers le sud-est et rejoindre la fin de la rue du Noyer.

La propriété Granvelle fut morcelée dans les années 1810 (WAUTERS, A., 1973, p. 39) et une rue, portant le nom de l'homme d'église, fut tracée à travers ce terrain. Autour de cette dernière et de la portion de la rue du Cardinal qui bordait le domaine, se développa le quartier Granvelle, populaire et composé d'étroites habitations mitoyennes et de nombreuses impasses.

Détail du plan de transformation de l’ancien quartier Granvelle, dressé par Gédéon Bordiau en 1882. La rue Saint-Quentin est redressée et élargie et son bâti destiné à disparaître (AVB/PP 3476).

Lorsque, suivant le plan de 1875, cette portion de la rue du Cardinal devint rue Saint-Quentin, ses constructions furent partiellement préservées. Bordiau avait en effet choisi de ne pas remanier ce quartier densément bâti. Cependant, une fois les travaux de terrassement exécutés alentour, le niveau du quartier se retrouva, au début des années 1880, « plusieurs mètres en contrebas des rues nouvelles » (Bulletin communal, 1882, t. II, pp. 707-708), le condamnant à des inondations répétées. Un nouveau plan d'aménagement, conçu par Bordiau, fut donc adopté par le Conseil communal du 05.02.1883 (Bulletin communal, 1883, t. I, p. 66-67). Le site fut remblayé et la rue Charles Martel tracée. La rue Granvelle, devenue rue Boduognat, et la seconde portion de la rue Saint-Quentin furent élargies. Dans cette dernière, seuls les nos 31 et 33, deux maisons jumelles, à façade enduite entièrement plane, témoignent encore du bâti d'avant 1883. Aux nos 25 et 27, situés là où la rue du Cardinal bifurquait vers l'est avant 1875, l'avant des parcelles est resté vierge respectivement jusqu'en 1946 et 1959.

Rue Saint-Quentin 33 et 31 en 1976, maisons conçues avant 1882 (© IRPA-KIK Bruxelles).

La rue porte un nom historique, tout comme la plupart des artères du quartier, baptisées en lien avec l'histoire du jeune État belge ou celle, plus ancienne, des régions dans lesquelles il se situe. Adoptée par arrêtés du Collège de la Ville de Bruxelles des 14.04 et 15.05.1877, sa dénomination renvoie la bataille de Saint-Quentin (1557), ville du nord de la France, remportée par les Espagnols sous le règne de Philippe II.

La première moitié de la rue était à l'origine principalement bâtie de maisons d'inspiration néoclassique, conçues dans les années 1880. La seconde moitié présente, quant à elle, majoritairement des constructions de style éclectique, dessinées aux alentours de 1900.

L'artère compte plusieurs réalisations marquées par l'Art nouveau : deux sont signées par l'architecte Gaspard Devalck (voir no 35, 37), une autre par Jean-Baptiste Dewin (voir no 55) et une quatrième conserve des châssis aux lignes sinueuses (voir no 49). Deux remarquables maisons sont conçues par l'architecte Gustave Strauven (voir nos 30 et 32). Pour la maison voisine, au no 28, sont conservés des plans vraisemblablement dessinés eux-aussi par l'architecte. C'est cependant une maison de même gabarit mais de style néoclassique qui fut réalisée. Dans le style néo-Renaissance flamande, notons l'ancienne maison personnelle de l'architecte Vict. Evrard (voir no 59).

Rue Saint-Quentin 28, élévation non réalisée, vraisemblablement dessinée par l’architecte Gustave Strauven, AVB/TP 21433 (1899).

Au début du second îlot côté impair sont conçus, en 1888-1889, les maison, atelier et hangar de l'entrepreneur A. Baudenne (voir no 21). La rue compte en outre un large bâtiment vraisemblablement à usage de remise à véhicules (voir no 36).

Rue Saint-Quentin, premier îlot côté impair, nouvelle élévation pour les n[sup]o[/sup]s 3 à 13, architectes Jean-Pierre Blondel et Odette Filippone, AVB/TP 93662 (1990).

Les nos 3 à 13 ont été remplacés par un immeuble à appartements conçu en 1990 par les architectes Jean-Pierre Blondel et Odette Filippone. À l'angle de la rue Stevin, un complexe d'appartements (1995) remplace deux maisons de la rue Saint-Quentin (nos 15 et 17) ainsi que les deux tiers des constructions de l'îlot côté rue Stevin.
Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaire

Sources

Archives
AVB/TP 3-13 : 93662 (1990) ; 15-17 et rue Stevin 99 à 113 : 106522 (1995) ; 25 : 57679 (1946) ; 27 : 69849 (1959) ; 28 : 21433 (1899) ; 31 et 33 : 21406 (1882).
AVB/Bulletin communal de Bruxelles, 1877, t. I, p. 316 ; 1882, t. II, pp. 707-708 ; 1883, t. I, p. 66-67.
AVB/PP 953 (1875), 956-957 (1879).

Ouvrages
WAUTERS, A., Histoire des environs de Bruxelles, ou description historique des localités qui formaient autrefois l'ammanie de cette ville [1855], Livre huitième – A, éd. Culture et Civilisation, Bruxelles, 1973, p. 39.