Historique de la Cité du Kapelleveld
La cité du Kapelleveld occupe la pointe est de la commune de Woluwe-Saint-Lambert et l'extrême nord-est de la commune de Woluwe-Saint-Pierre. Sur cette dernière commune, la cité est limitée au sud par la ligne de l'ancien chemin de fer de Bruxelles à Tervueren. Elle est comprise entre l'avenue de Wezembeek au nord, la rue de la Limite à l'est, l'avenue de la Perspective au sud et l'avenue de l'Idéal ainsi que la rue Arthur André à l'ouest. Le plateau est appelé Montagne aux Sols sur l'Atlas communal de 1808. Il demeure vierge de tout bâtiment jusqu'à l'aube des années 1920.

Le nom Kapelleveld, qui se traduit littéralement par « champ de la chapelle », découle du voisinage de l'ancienne chapelle dite de Marie la Misérable à Woluwe-Saint-Lambert.

La cité a connu plusieurs phases de construction de logements, échelonnées des années 1920 aux années 1970. Toutes sont commandées par la Société coopérative « La Cité-Jardin du Kapelleveld », devenue plus tard Société coopérative Kapelleveld. Les quelques parcelles n'appartenant pas à la société furent bâties sur des initiatives individuelles, principalement dans l'après-guerre, d'habitations variées : maisons mitoyennes, villas isolées ou jumelées par deux, immeubles à appartements.

Projet de plan pour la cité-jardin du Kapelleveld, par Louis VAN DER SWAELMEN, 1922 (VILLEIRS, M., 1997, p. 8).

La cité-jardin des années 1920
La mode des cités-jardins a pris naissance en Angleterre à la fin du XIXe siècle. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le mouvement prend une ampleur importante en Belgique. Le principe novateur de la cité-jardin était promu par la Société nationale des habitations à bon marché, organisme créé par un arrêté royal du 21.04.1920 dans le cadre de mesures sociales mises en œuvre au lendemain de la guerre. La Société avait pour mission le prêt à taux réduit et de longue durée aux associations locales de construction. L'une de celles-ci, la Société coopérative d'habitations à bon marché « La Cité-Jardin du Kapelleveld », est constituée en août 1922 et agréée par la Société nationale des habitations à bon marché.

Le plateau du Kapelleveld fut choisi pour l'implantation de la cité-jardin parce qu'il était vierge de tout habitat et que ses terrains étaient peu coûteux à l'achat. La Société coopérative fit appel à l'architecte et urbaniste Louis Van der Swaelmen pour le plan du quartier. Respectant le plus possible les dénivellations du terrain, le plan de la cité s'organise principalement autour de trois grandes avenues, disposées en éventail, entrecoupées par des avenues secondaires, tracées perpendiculairement. La densité de l'habitat est relativement faible. Une large place est laissée aux espaces verts : maisons précédées d'un jardin en façade, dotées d'un jardin plus vaste à l'arrière, placettes, plaine de jeux, artères arborées.

La cité était destinée principalement aux travailleurs intellectuels. Divers architectes ont œuvré à la conception des maisons : Antoine Pompe, Huibrecht Hoste, Jean-François Hoeben et Paul Rubbers. Ils ont conçu plus de 400 maisons de dix-neuf types différents, dont 10 immeubles de commerce. Les travaux de construction sont exécutés de 1922 à 1926.

Avenue de l’Idéal 51 à 57, maisons de l’architecte Antoine POMPE, bâties de 1922 à 1926 (carte postale collection Daniel Frankignoul).

La cité propose aussi des services : salle de fête, bibliothèque, terrains de sport, plaine de jeux, commerces de première nécessité, bureaux de la Société coopérative. Plus tard sont également bâtis une école, une église et un stade, prévus dès l'origine. Un point d'arrêt sur la ligne ferroviaire Bruxelles-Tervueren, situé rue Arthur André, desservait la Cité.

La plus grande partie de la cité des années 1920 se situe sur le territoire de Woluwe-Saint-Lambert. Les quelques bâtiments situés sur Woluwe-Saint-Pierre sont conçus par l'architecte Antoine Pompe. Il s'agit de maisons jumelées par deux ou quatre, bâties avenues de l'Idéal et de la Perspective, à l'extrême est de la cité, le long de la frontière communale.

Les extensions de la cité de 1951 à 1971, par l'architecte Paul Posno
Les constructions ultérieures sont toutes dessinées après la Seconde Guerre mondiale, par l'architecte Paul Posno. Un nouveau quartier est d'abord tracé entre l'avenue de l'Idéal et la rue Arthur André, à l'ouest, et la rue de la Limite, à l'est. Quatre nouvelles avenues sont établies suivant un plan de lotissement de 1951 pour la jeune cité-jardin : les avenues de Bornival, tout d'abord baptisée avenue Nouvelle, Pierre Vander Biest (1er tronçon), du Prince Régent et de Witthem.

Le 21.08.1956, la Société Kapelleveld procède à la cession gratuite à la commune de l'assiette des artères du nouveau quartier (qui compte alors 61 maisons), contre l'exonération de toute taxe de voirie et la prise en charge de l'entretien des travaux exécutés pour les avenues du Prince Régent et de Witthem ainsi qu'une partie des rues de la Limite et Arthur André (ACWSP/TP 8785).

Dans ce nouveau quartier sont édifiées 97 maisons jumelées, conçues et construites en deux phases : les deux tiers des constructions sortent de terre vers 1951 et le tiers restant vers 1958. Ce groupe occupe toute les avenues de Bornival, de Witthem et du Prince Régent, ainsi que les nos 1 à 24 de l'avenue Vander Biest, le côté impair (nos 3 à 23) de l'avenue de Wezembeek et les nos 79 et 81 rue Arthur André.

Avenue du Prince Régent 1 à 19, 1951, architecte Paul POSNO (photo 2004).

Toutes analogues, ces constructions comptent deux niveaux sous toiture à croupes commune. Les façades en briques rouges sont ajourées de baies rectangulaires, celles de l'étage étant accolées à l'entablement. Devant les bâtiments prennent place de petits jardinets, avec murets de clôture en moellons surmontés d'une haie.

Dix ans plus tard, en 1968-1969, Émile Ryckaert, géomètre-expert immobilier et urbaniste-conseil, conçoit un plan d'aménagement pour la prolongation de l'avenue du Prince Régent et de l'avenue Vander Biest. Seule cette dernière avenue est effectivement prolongée. L'architecte Posno dessine des maisons unifamiliales groupées par deux ou par quatre : de simples maisons de briques rouges de deux niveaux, comptant deux ou trois travées. Il en réalise dix rue Arthur André (nos 59 à 77) et onze dans la rue parallèle, dans le même îlot, rue Vander Biest prolongée (nos 26 à 46). En intérieur d'îlot est projeté un clos, accessible par l'avenue Vander Biest : le clos du Site. S'y implantent deux immeubles de douze appartements chacun, en briques claires, de trois niveaux sous bâtière.

Rue Arthur André 59 à 65, 1968-69, architecte Paul POSNO (photo 2004).

L'année suivante, en 1970, une extension de la cité est créée, à nouveau par Ryckaert, de l'autre côté du second tronçon de l'avenue Vander Biest. Nommée clos Vander Biest, elle comporte 48 appartements répartis en trois immeubles dessinés eux aussi par l'architecte Posno. Ces constructions sont analogues à celles de l'avenue Vander Biest : en briques claires, de trois niveaux sous toit en bâtière.

Clos Vander Biest 6 et 8, 1970, architecte Paul POSNO (photo 2004).

Vient ensuite, en 1970-1971, le plan du clos de la Libération, toujours par Ryckaert. Il est bâti de deux maisons jumelles, encore de l'architecte Posno, conçues sur le même modèle que celles de 1968.

Les dernières extensions, de 1970 à 2000
En 1973, la Cité de l'Amitié (voir notice) est conçue par les architectes du groupe AUSIA. Elle occupe un îlot entier, entre l'avenue Vander Biest et la rue de la Limite.

Dans la seconde moitié des années 1980, le métro est prolongé jusqu'au Kappelleveld. Un pertuis est construit au-dessous de l'avenue Vander Biest.

Enfin, en 1998, implanté dans un îlot délimité au nord-est par l'avenue de la Perspective et, au sud, par l'ancienne voie de chemin de fer Bruxelles-Tervueren, le clos du Chêne Céleste est conçu par l'architecte Ph. Schockaert du bureau d'architecture Paul Posno. Les plans projettent la construction de dix-huit maisons mitoyennes semi-sociales, réparties en deux groupes. Le 1er, qui devait aligner huit maisons à front de l'avenue de la Perspective, n'a pas été réalisé. Le second, achevé au début des années 2000, comporte dix maisons disposées en un U ouvert sur l'avenue.

Sources

Archives
ACWSP/Urb. 443 (1923), 134 (1926), 158 (1951), 251 (1958), 82 (1966), 318 (1968), 190 (1969), 154 (1970), 38 (1971), 70 (1973), 168 (1985), 248 (1998).

Ouvrages
ARON, J., DE BECKER, F., PUTTEMANS, P., Inventaire du patrimoine contemporain de la région de Bruxelles, Bruxelles, 1994, fiche 162.

STACQUET, V., Cité-Jardin du Kapelleveld. Album. Prix : 5 francs, Bruxelles, s.d.

VILLEIRS, M., Kapelleveld. Les ensembles architecturaux. Woluwe-Saint-Lambert, s.l. 1997.

Périodiques
« La Cité-jardin du “Kapelleveld” à Woluwe-St-Lambert », Habitation à bon marché, 6, 1924.

DELVOYE, C., « La cité-jardin du Kapelleveld et la participation d'Antoine Pompe », Wiluwa, 2, 1983, pp. 19-23.

DELVOYE, C., « Antoine Pompe et le Kapelleveld », Wiluwa, 3, 1984, pp. 7-12.

« Iconographie du Kapelleveld », Wiluwa, 4, 1984, pp. 7-12.