Long et sinueux, le boulevard Lambermont relie la chaussée de Vilvorde, sur le territoire de Bruxelles, au-delà du pont Teichman enjambant le chemin de fer Bruxelles-Malines, au boulevard Général Wahis, à hauteur des avenues Chazal et Gustave Latinis. Sur son parcours, il croise une multitude d'artères, enjambe les chaussées de Helmet et de Haecht puis, sur la seconde moitié de son tracé, longe à l'ouest le parc Josaphat en épousant sa courbe.

Avec les boulevards Général Wahis et Auguste Reyers, l'artère constitue la section schaerbeekoise du grand boulevard circulaire proposé en 1866 par l'inspecteur-voyer Victor Besme dans son Plan d'ensemble pour l'extension et l'embellissement de l'Agglomération bruxelloise. Le boulevard Lambermont n'est toutefois percé que dans le cadre de la création des quartiers dits de la Vallée Josaphat et Monplaisir-Helmet, dont les plans de voiries dressés par l'ingénieur communal des Travaux Octave Houssa sont définitivement approuvés par l'arrêté royal du 21.04.1906, en même temps que ceux des deux autres nouveaux quartiers de Schaerbeek – Monrose et de Linthout.

Boulevard Lambermont, vue du premier tronçon côté impair (Collection Dexia Banque-ARB-RBC).

Le boulevard est aménagé en vertu de deux conventions signées entre la Commune de Schaerbeek et l'État belge, selon lesquelles la première aménage le boulevard à ses frais moyennant subsides. La première convention, signée le 02.05.1903, concerne la partie comprise entre le pont Teichman et la Montagne des Cailloux – un sentier aujourd'hui disparu, qui traversait le futur boulevard à hauteur de la rue Guillaume Kennis –, ainsi que l'établissement de rampes de raccordement aux chaussées de Helmet et de Haecht. La seconde, datant du 04.04.1907, concerne la seconde portion du boulevard, prévue pour s'étendre jusqu'à la chaussée de Louvain, à hauteur de la future place Général Meiser. En vertu de la première convention, c'est l'État qui s'engage à exécuter les travaux entre l'avenue Van Praet et l'avenue Mon Plaisir, soit sur le territoire de Bruxelles, ainsi qu'à ériger les ponts enjambant les chaussée de Helmet et de Haecht (voir notices). En vertu de la seconde, la Commune s'engage à créer le parc Josaphat, que le boulevard longe, et à le maintenir dans son intégrité, «à titre de servitude perpétuelle au profit du boulevard» et «pour sauvegarder le panorama vers Bruxelles».

Les travaux d'aménagement du boulevard s'effectuent entre 1910 et 1914. Ce n'est toutefois que par l'arrêté royal du 27.07.1923 que, conformément aux conventions, la propriété du boulevard achevé est remise à l'État pour incorporation dans la Grande Voirie.

C'est dès 1903 que cette portion du boulevard de Grande Ceinture est baptisée en l'honneur du baron François Auguste Lambermont (Limelette, 1819 – Bruxelles, 1905), homme politique et diplomate, en reconnaissance des services rendus à la Patrie. En 1911, sa dernière portion, comprise entre les avenues Chazal et Charles Gilisquet d'une part et la place Général Meiser de l'autre, est rebaptisée boulevard Général Wahis. Quant au square triangulaire formé par le croisement de la rue Guillaume Kennis et de l'avenue Gustave Latinis, c'est en séance du Collège du 22.03.1912 qu'il est incorporé dans le boulevard Lambermont, avec numérotation continue.

Boulevard Lambermont 260 à 284, bordant le square triangulaire à hauteur de la rue Guillaume Kennis (photo 2013).

Conformément aux conventions, le boulevard fait 43 mètres de large, avec terre-plein central de 14 mètres flanqué de deux voies, celle côté parc intégrant les rails du tramway. Il est planté de rangées d'arbres. Les bâtiments du côté pair, excepté ceux du square mentionné ci-dessus, sont dotés d'une zone de recul de 9,50 mètres à usage de jardinet, devant être clôturée par un grillage artistique en fer sur soubassement en pierre de taille. Pour la section comprise entre la rue Guillaume Kennis et le boulevard Wahis, cette dernière disposition est toutefois modifiée au profit de haies vives, par l'arrêté royal du 13.10.1922.

Boulevard Lambermont 144 à 160 (photo 2013).

Essentiellement bâti en deux grandes phases, correspondant à l'avant et à l'après Première Guerre mondiale, le boulevard se compose de maisons bourgeoises et de rapport, certaines à rez-de-chaussée commercial – tels les nos37 (1911) et 39 (1909) –, accompagnées de quelques hôtels particuliers, comme le no240 (architectes Gilson Frères, 1931). Face au parc, dans la partie longeant le quartier dit des Fleurs, sont également érigées des villas à trois façades, conformément au règlement différentiel en vigueur pour cette zone. Approuvé par l'arrêté royal du 25.02.1922, celui-ci prévoyait en effet la construction d'habitations par groupes de maximum cinq maisons contigües. Ce bâti résidentiel est complété par des immeubles à appartements des années 1920-1930 et 1950-1960, ces derniers remplaçant souvent des maisons des années 1910. Citons ici les nos177 et 179, qui auraient dû former un vaste ensemble de style Paquebot, entamé en 1939 mais seulement partiellement réalisé.

Boulevard Lambermont 177-179, projet, non réalisé comme tel, d'ensemble de style Paquebot, perspective, ACS/Urb. 164-177 (1938).

Dans le tronçon compris entre les avenues des Capucines et des Héliotropes, deux hôtels particuliers devaient être dotés chacun d'une vaste annexe à usage de galerie de tableaux. Le premier hôtel, conçu en 1914, ne fut jamais érigé (voir no340), le projet du second, de 1927, fut modifié en 1946 et sa galerie remplacée par un immeuble de rapport (voir nos368, 368a).

Boulevard Lambermont 123 à 105 (photo 2013).

S'étendant de 1907 à 1914, la première phase de construction du boulevard voit s'ériger des habitations de styles éclectique, tel le no382 (architecte J. Teughels, 1914), Beaux-Arts (voir no63), Art nouveau, comme les nos146 et 150 de l'architecte Gustave Strauven (voir ces numéros), néo-Renaissance (voir nos18-20 et 85) ou encore néogothique (voir no141). La phase d'entre-deux-guerres concerne, quant à elle, des bâtiments de styles éclectique tardif – comme les nos34-34a (architecte A. Laenen, 1926) et 165 (architecte L. Legrand, 1932) –, Beaux-Arts – tels les nos286 (architecte Emile Henry, 1923), ainsi que 358 (architecte Cl. Huberty, 1926) et 360 (architecte Antoine Dehaen, 1932) qui forment une enfilade avec le no356 (voir ce numéro) –, ou Art Déco – comme les nos36 (architecte A. Hoeven, 1930), 110, 163 (architecte Emile Henry, 1935) et 248 (architecte De Vleeschouwer). Ce dernier style se teinte souvent de cottage pour les villas, comme au no330 (voir ce numéro). Parmi les rares immeubles modernistes, citons une villa à trois façades de l'architecte Adrien Blomme (voir no440).

Le bâti d'avant-guerre forme plusieurs enfilades cohérentes, comme celles allant des nos55 à 63, 85 à 91, 105 à 123, 131-131a à 143, 144 à 160, 147 à 153 et 166 à 178 (voir ces numéros). Pour celui d'après-guerre, citons l'enfilade des nos48 à 58, composée d'immeubles conçus pour la plupart en 1922-1923. Enfin, aux nos78 à 106 et 182 à 188a, le style Beaux-Arts est à l'origine d'enfilades cohérentes mêlant bâti d'avant- et d'après-guerre.

Plusieurs habitations du boulevard sont primées aux concours de façades organisés par la Commune en 1911 (voir nos85, 137 et 170), 1912 (voir no172), 1913 (voir no149) et 1914 (voir nos174, 416 et 420).

Quelques architectes ont conçu de nombreux bâtiments dans l'artère. C'est le cas de Frans Hemelsoet, qui signe des réalisations tantôt Art nouveau, tantôt éclectiques, parfois d'inspiration Renaissance, ou de style Beaux-Arts (voir nos31, 55, 57, 61, 68 et 70, 69 à 81, 134, 152 et 140 à 144). Les nos59, 86, 378 et 380 lui sont également attribuables (voir ces numéros). Citons également l'architecte Fernand De Pauw, qui signe des habitations de styles principalement éclectique et Beaux-Arts. Outre sa maison personnelle (voir no172), il est notamment l'auteur des nos137, 139, 149, 156, 158, 166 à 170, 174, 182, 260, 372 et 374, 364 et 368a (voir ces numéros). L'architecte J. Van Den Eng conçoit quant à lui les nos94, 96, 123, 130, 344, 426, 428, ainsi que les nos398 à 408, des villas d'inspiration cottage implantées autour d'un petit clos en intérieur d'îlot entre le boulevard et la rue des Mimosas (voir ces numéros). Enfin, l'architecte A. De Bondt est à l'origine de deux enfilades d'immeubles d'inspiration Art Déco, conçues entre 1924 et 1936 dans les deuxième et troisième tronçons côté impair, dont les nos42 et 44 (voir ces numéros) et le no46 (1928).

Boulevard Lambermont 46, élévations, ACS/Urb. 164-46 (1928).

Entre les chaussées de Helmet et de Haecht, prenait place l'hôpital civil, un ensemble de pavillons conçu dans la seconde moitié des années 1890. Il est progressivement démoli à la fin du XXe siècle pour être remplacé par le complexe sportif et de logements Kinetix (bureaux MA2 et 3A-architectes, 2008). Enfin, citons, au carrefour avec l'avenue Louis Bertrand, le Monument aux victimes du sport automobile, une statue en pierre d'Euville représentant un athlète, conçue en 1928 par le sculpteur Pierre De Soete.
Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaire

Sources

Archives
ACS/Urb. 34-34a: 164-34; 36: 164-36; 37: 164-35; 39: 164-39; 46: 164-46; 163: 164-163; 165: 164-165; 177, 179: 164-177; 240: 164-240; 286: 164-286; 358: 164-358; 360: 164-360; 382: 164-382.
ACS/Bulletin communal de Schaerbeek, 1903, pp. 140-141, 1462-1463; 1907, pp. 387-391; 1909, pp. 900-901; 1910, p. 693; 1911, pp. 690-691; 1912, pp. 381-384; 1922, pp. 1296-1298; 1923, pp. 786-787.
ACS/TP 164.
ACS/TP Dénomination des rues III.
ACS/TP Infrastructure 164, 390.
Maison des Arts de Schaerbeek/fonds local.

Ouvrages
COMMUNE DE SCHAERBEEK, Concours de façades, manuscrit conservé au fonds local de la Maison des Arts de Schaerbeek.
Lab 1030 Schaerbeek, 180° éditions, Bruxelles, 2011, pp. 34-35.
RANIERI, L., Léopold II urbaniste, Hayez, Bruxelles, 1973, pp. 59-74.

Périodiques
«Quelques œuvres de l'architecte bruxellois A. De Bondt», La Technique des Travaux, 8, 1927, pp. 353-354.

Cartes / plans
Bruxelles et ses environs, Institut cartographique militaire, 1894.

Sites internet
Fonds pour le Patrimoine de Schaerbeek.