Établi sur la rive orientale du canal de Willebroeck, le quai Léon Monnoyer se situe dans le prolongement du quai des Usines, au-delà du pont Van Praet. Après la rue de l’Avant-Port, le quai devient une voie privatisée, avant de laisser la place à la Digue du Canal.

L’artère constituait jadis la seconde moitié du quai des Usines, une artère devenue schaerbeekoise au nord de la ligne de chemin de fer Bruxelles-Gandvers 1899, avec l’annexion par cette commune du terrain laekenois compris entre le canal et la Senne. Passée en territoire bruxellois suite à l’annexion de l’ensemble de la rive droite du canal par la Ville en 1921, cette portion de quai fut rebaptisée, par arrêté du 02.12.1932, en l’honneur de Léon Monnoyer (1842-1927). L’un des pionniers du béton armé en Belgique, cet industriel fut un grand promoteur du développement du port de Bruxelles.

Le quai Monnoyer constitue l’artère-clé de l’avant-port de Bruxelles, aménagé en aval du pont Van Praet. Plus large, le canal forme à cet endroit un terminus pour les navires de mer. Prévu dès la fin du XIXe siècle, lorsque l’État belge acquit, en 1897, 44 hectares de terrains dans la plaine de Mon Plaisir, l’aménagement de l’avant-port ne fut possible qu’après l’annexion de la zone par Bruxelles, au détriment de Laeken, Neder-Over-Heembeek, Haren, Schaerbeek et Evere. Son plan général fut approuvé en 1927 et les travaux s’étendirent sur une dizaine d’années.

Sur la rive orientale du canal s’étirait une longue bande de terrain limitée par l’avenue de Vilvorde et la gare de formation de Schaerbeek, et traversée en son milieu par la Senne. Sur sa première partie, bordant la rue du Rupel, s’étaient implantées diverses industries à partir du XIXe siècle. Au-delà des futures rues de l’Avant-Port et du Lion, le cours de la Senne fut voûté afin d’y établir une route. Au nord de cette dernière, le quai, propriété de la Société anonyme du Canal et des Installations maritimes de Bruxelles, accueillit des hangars et dépôts de matériaux, reliés tant côté quai qu’à l’arrière par un réseau de voies ferrées connecté à la ligne Bruxelles-Malines. Au sud de la route, les terrains, réservés au commerce suivant le projet, accueillirent dès la fin des années 1930 hangars et autres bâtiments industriels.

Au début du XXe siècle, trois grandes entreprises occupaient le premier îlot, entre le boulevard Lambermont et la rue de l’Avant-Port. À l’angle de la rue du Rupel, la
fabrique de soude et de vitriol Capellemans, fondée en 1824, était devenue avant 1903 l’Usine de produits chimiques de Laeken. Au centre se trouvait la Centrale électrique de la Société bruxelloise d’Électricité, fondée en 1906 et qui fournissait le courant aux chemins de fer de l’État. Enfin, à l’est, s’étaient implantés vers 1908 les Moulins Ricquier, devenus les Grands Moulins de Bruxelles vers 1927. Les bâtiments de ces trois entreprises furent démolis dans les années 1960 et 1970. La majeure partie de l’îlot est aujourd’hui occupée par le fournisseur d’électricité Elia, qui a érigé son siège à l’emplacement de l’usine chimique (bureau Architectes Associés, 2009-2013) et gère une centrale électrique érigée avant 2004 sur le site de l’ancienne. Seul un bâtiment de cette dernière a été conservé (no5 quai Monnoyer): un corps étroit perpendiculaire au canal, à structure de pans de fer et briques, bordé de coursives métalliques et présentant côté quai une façade aveugle d’inspiration néoclassique. Remontant vraisemblablement aux années 1920, il abritait la salle des commandes, dont les baies en façade nord-est ont été murées. À l’emplacement de la meunerie se trouve aujourd’hui l’Incinérateur de Bruxelles Nord (no8 quai Monnoyer), conçu en 1977 et mis en service en 1985 (association momentanée ingénieur-architecte Jean Gillet et Urbs architecture et environnement). La chaleur dégagée par la combustion des déchets ménagers est transformée en vapeur, qui est fournie à la centrale voisine.

Au-delà de la rue de l’Avant-Port, au no2 de celle-ci, se trouve la capitainerie du port, logée depuis les années 1970 dans un immeuble à façades en modules de béton. Juste à l’est, sur l’actuel site du terminal à conteneurs (Trimodal Terminal Brussels) inauguré en 2001 et dominé par un portique métallique sur rails, se trouvait jusqu’à la fin des années 1990 un long entrepôt construit vers 1935 par la Société du Canal. Sa façade étagée en gradins permettait un transbordement direct des marchandises depuis les navires au moyen de grues. Le reste du quai Monnoyer accueille aujourd’hui notamment un centre de recyclage de matériaux, une société de transport et logistique, ainsi qu’une cimenterie, toujours desservis à l’arrière par des voies ferrées.

Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaire

Sources

Archives
AVB/AR rues, boite 20–24, cote 23, no17 (21.12.1932).
AVB/TP 61580 (1927), 65478 (1926-1933)8: 92827 (1977).

Ouvrages
CULOT, M. [dir.], Bruxelles Hors Pentagone. 
Inventaire visuel de l'architecture industrielle à Bruxelles, AAM, Bruxelles, 1980, fiches 84, 88, 93.
DEMEY, T., Un canal dans Bruxelles, Badeaux, Bruxelles, 2008, pp. 48-49, 91-93, 98.
HUBERTY, C., VALENTE SOARES, P., Les canaux bruxellois, coll. Bruxelles, Ville d’Art et d’Histoire, 25, Région de Bruxelles-Capitale, 1998, pp. 46-47.
NAKHL
É, L. & RAYNAUD, F. (dir.), Canal? Vous avez dit canal?!, ADT, Région de Bruxelles-Capitale, Bruxelles, 2014, p. 43.
VAN NIEUWENHUYSEN, P., Toponymie van Laken (thèse de doctorat en Philologie germanique), UCL, Louvain-la-Neuve, 1998, p. 1375.


Périodiques
Almanach du Commerce et de l’Industrie
, «Usines (quai des)», 1908, 1909.
«Architecture partagée», be.passive, 19, avril-septembre 2014, pp. 28-39.
«Bruxelles: un canal, des usines et des hommes», Les Cahiers de la Fonderie, 1, 1986, pp. 115, 234.
«Je jette, tu récupères», Les Cahiers de la Fonderie, 17, 1994, pp. 42-45.