Reliant la chaussée de Louvain à la rue Charles Quint, la rue du Carrousel est ouverte suivant le plan d'aménagement du quartier Nord-Est, dessiné par l'architecte Gédéon Bordiau et approuvé par l'arrêté royal du 20.12.1875.

L'artère porte un nom historique, tout comme la plupart des voiries du quartier, baptisées en lien avec l'histoire du jeune État belge ou celle, plus ancienne, des régions dans lesquelles il se situe. Les carrousels, ou tournois équestres, étaient des divertissements fort appréciés à l'époque des ducs de Bourgogne. Cette dénomination est attribuée par arrêté du Collège de la Ville de Bruxelles en date du 12.01.1877.

C'est en 1875, l'année même de l'approbation du plan d'aménagement du quartier, qu'est conçue, sur le côté pair de l'artère, une cité ouvrière. Dessinée par Bordiau pour la Société anonyme des Habitations ouvrières dans l'Agglomération bruxelloise, elle occupe tout l'îlot délimité par la chaussée de Louvain, les rues de Pavie et Charles Quint. Composé de 24 maisons, l'ensemble a été, pendant une vingtaine d'années, l'un des seuls îlots bâtis du quartier. Il s'agit en outre du seul ensemble social qui y soit implanté à l'époque.

Plan de la cité ouvrière délimitée par la chaussée de Louvain et les rues de Pavie, Charles Quint et du Carrousel, AVB/TP 14969 (1876).

La cité était entre autres destinée à accueillir des familles ouvrières expulsées du quartier Notre-Dame aux Neiges pour cause d'insalubrité (Bulletin communal, 1875, t. I, p. 118). Lors de son édification, le cimetière de la rue du Noyer, situé juste en contre-haut de l'îlot, existait encore. Cela suscitait des craintes quant à la salubrité de l'eau des puits dont seraient dotées les habitations. Il fut donc décidé que l'on fournirait gratuitement l'eau de la Ville à la cité ouvrière (Bulletin communal, 1875, t. I, p. 118).

Très modestes, les maisons présentent des façades enduites percées de baies rectangulaires, surlignées d'une sobre corniche et dépourvues de balcons. Elles sont pour la plupart symétriques, à trois travées égales avec entrée axiale. Rue du Carrousel et chaussée de Louvain, les maisons comptent alternativement trois et quatre niveaux, le dernier de moindre hauteur. Rue de Pavie, le rythme est de deux façades de trois suivies d'une façade de quatre niveaux. Dans les maisons plus hautes, deux vitrines flanquent l'entrée. Les angles sont également dotés de commerces. À l'intérieur, chaque étage abritait à l'origine deux appartements, composés de deux pièces principales : chambre à l'avant et cuisine à l'arrière, cette dernière ouvrant sur un balcon et un petit cabinet de toilette.

Au cours du temps, les maisons ont subi diverses modifications. La plupart des devantures commerciales sont modifiées. Entre 1914 et 1916, l'architecte Jean Debecker surhausse de deux étages six des maisons de trois niveaux – deux chaussée de Louvain et quatre rue de Pavie. Leur façade est parementée, par le carreleur Joseph Christophe, de briques vernissées blanches, ponctuées de briques vertes, bleues ou rouges. Pour trois d'entre elles, les fenêtres du rez-de-chaussée sont transformées en devanture commerciale : une vitrine flanquée d'une porte, sous linteau métallique continu. En 1951, la Société anonyme des Habitations ouvrières fait recimenter les façades de la rue du Carrousel. La cité est aujourd'hui gérée par la Société anonyme bruxelloise des Habitations.

Chaussée de Louvain 298, un des immeubles de la cité ouvrière transformés en 1914-1915 (photo 2007).

C'est du côté de la rue du Carrousel, où les gabarits d'origine sont maintenus et les façades non rhabillées, que le jeu crénelé des façades de hauteurs différentes se lit le plus clairement. La plupart des fenêtres de rez-de-chaussée sont encore protégées par leurs volets de bois. Si les devantures de 1914-1915 conservent leur imposte à traverse cintrée et petits-bois, de nombreux châssis ont cependant été remplacés.

Côté impair, la rue est bâtie, sur sa première moitié, d'un ensemble de quatre maisons à rez-de-chaussée commercial, conçu en 1903 pour un même propriétaire. Le reste de l'artère est longé par les murs de clôture des jardins des nos 24 à 28 rue Charles Quint.

Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaire

Sources

Archives
AVB/TP 5 à 19 : 8622 (1903), 8621 (1903) ; cité ouvrière : 14967 (1875), 14968 (1876), 14969 (1876) ; chaussée de Louvain 298 : 14997 (1915) ; chaussée de Louvain 302 : 14998 (1914) ; rue de Pavie : 28481 (1916), 28482 (1916) ; rue du Carrousel 2 à 28 : 59808 (1951).
AVB/Bulletin communal de Bruxelles, 1875, t. I, pp. 118-122, 311 ; 1877, t. I, p. 41.
AVB/PP 953 (1875), 956-957 (1879).

Ouvrages
BERNAERTS, A., KERVYN DE MARCKE TEN DRIESSCHE, R., Les noms de rues à Bruxelles, éd. De Visscher, Bruxelles, 1951, p. 26.