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Située sur le territoire de Bruxelles, la rue du Monastère relie l'entrée principale de l'abbaye de La Cambre, à laquelle son nom réfère, à l'avenue Louise. Elle croise successivement l'allée du Cloître, les rues de l'Aurore et de Belle-Vue et longe dans son dernier tronçon les Jardins du Roi.

Compris entre la chaussée de Vleurgat et l'abbaye de La Cambre, les étangs d'Ixelles et l'avenue Louise, le quartier des Étangs, dont la rue du Monastère fait partie intégrante, est remarquablement cohérent. Ce quartier est situé sur des terres ayant appartenu autrefois à l'abbaye de La Cambre et vendues comme biens nationaux à la Révolution. Ces terrains sont, après quelques péripéties, acquis par la Société immobilière de Belgique, par l'intermédiaire de sa filiale, la Société de l'Avenue Louise. C'est elle qui réalisa les rues projetées. Un plan conservé aux Archives de la Ville de Bruxelles, vers 1875, montre les possessions de cette société, déjà loties en parcelles prêtes à la vente.

Son tracé est ratifié par l'arrêté royal du 22.08.1873, qui autorise la création de rues vers l'avenue Louise et l'expropriation pour cause d'utilité publique des étangs et de leurs dépendances. La rue reçoit son nom actuel en séance du Conseil communal de Bruxelles du 23.11.1879.
Pour maintenir le caractère vert de l'ensemble, une zone de recul de 8 m non aedificandi est prévue, quasiment sur toute la longueur de la rue. L'angle avec l'allée du Cloître est aménagé plus tard, suivant l'arrêté royal du 06.10.1933.

La rue est essentiellement constituée à l'origine de maisons bourgeoises, édifiées entre 1876 et 1910 environ. L'architecte Émile De Ligne y joue un rôle intéressant par la construction de quatre maisons teintées d'Art nouveau (nos 20 à 26, no 24 rhabillé en façade), entre 1903 et 1907, à la distribution intérieure particulièrement audacieuse grâce à l'usage de lanterneaux en toiture et de double circulation.
Comme tout le quartier Louise, la rue du Monastère a subi des mutations importantes après la Seconde Guerre mondiale, dues autant à un changement de la philosophie de l'habitat qu'à une fièvre spéculative. Particulièrement sensibles à ces transformations, les angles : au no 16, à l'angle de la rue de l'Aurore, un vaste immeuble à appartements (architecte Georges Ricquier, 1956) remplace un hôtel de maître de style éclectique conçu par Adrien Blomme en 1908 (AVB/TP 5296, voir élévation reproduite rue de l'Aurore). Le croisement avec la rue de Belle-Vue est particulièrement emblématique de ce phénomène également. Au no 26-28 rue de Belle-Vue, un immeuble à appartements de 1959, remplace une imposante maison de coin de 1899, due à Ernest Blerot (AVB/TP 16946, voir reproduction rue de Belle-Vue), déforçant ainsi un ensemble de cet architecte (voir rue de Belle-Vue 30, 32 et 42 à 46). De l'autre côté de la rue (no 3 rue de Belle-Vue et nos 32, 34 rue du Monastère), un ensemble de trois maisons de l'architecte Gérard Maréchal formait fastueusement, depuis 1876, cet angle de la rue de Belle-Vue. Il n'en reste aujourd'hui que le no 34, de nombreuses fois transformé. De l'autre côté de la rue, il ne reste quasiment rien d'un ensemble de cinq maisons conçues par l'architecte Ernest Delune, en style éclectique teinté de néo-Renaissance flamande. Édifiées en 1898, rues de Belle-Vue et du Monastère, ces maisons mitoyennes s'articulaient autour d'une grosse villa d'angle. Il ne reste actuellement que le no 9 rue du Monastère, rhabillé et transformé. Autre destruction dommageable, le no 42, une maison de style Art nouveau par l'architecte Ernest Van Humbeek, en 1899.
Par ailleurs, la rue du Monastère est soumise au plan particulier d'aménagement approuvé par l'arrêté royal du 07.07.1970, portant sur l'avenue Louise et ses rues adjacentes.

Sources

Archives
AVB/PP 2720 (vers 1875).
AVB/TP 5, 7, 9, 11 rue du Monastère et 24 rue de Belle-Vue : 4850, 4852, 7406, 16938 (1898) ; 24 : 16942 (1903) ; 32, 34 : 16947 (1876-1879) ; 42 : 16951 (1899).
AVB/Bulletin communal de Bruxelles, 1879, II, 519.
ACI/TP Historique des rues (1925).

Périodiques
L'Émulation, 1905, pl. 10-12.