Voir les biens de ce lieu repris à l'inventaireDe la place Royale à la porte de Schaerbeek. La première portion de la rue Royale jusqu’à la place de Louvain constitue avec les rue Ducale et de la Loi un des axes principaux du quartier du Parc, ensemble néo-classique réalisé à partir de 1776 selon les plans de l’architecte B. Guimard sur les jardins du Palais du Coudenberg (voir Parc de Bruxelles).
Le premier tronçon de la rue, jouxtant le côté Ouest du Parc, était à l’origine flanqué de deux impasses transversales de chaque côté de la rue Montagne du Parc : le passage de la Bibliothèque (actuelle rue Baron Horta) au Sud et l’impasse du Parc (actuelle rue des Colonies) au Nord, l’un dans le prolongement d’un axe transversal du Parc — comme la rue Montagne du Parc —, l’autre de la rue de la Loi. Au Sud, à hauteur de la future place des Palais, la rue formait déjà un coude dans l’axe de l’allée diagonale du Parc et débouchait dans l’axe longitudinal de la place Royale. Le deuxième tronçon, au-delà de la rue de la Loi, se terminait à la place de Louvain.

Le tracé commença en 1776 et cette même année une série de 27 parcelles avaient déjà été achetées entre le passage de la Bibliothèque et l’impasse du Parc, limitées à l’ouest par la première enceinte. La percée vers la place de Louvain fut réalisée en 1777 sur les terrains de la Maison du Petit Louvain. La communication avec la place Royale à travers l’ancien vallon de l’étang Clutinc exigea d’importants travaux de remblai. Les travaux de nivellement étaient achevés en 1778 et peu après, on pava provisoirement. L’ultime parcelle, située à l’entrée de la rue, fut cédée en 1779 à l’abbaye de Grimbergen.

La construction fut entreprise en 1777 et probablement achevée au début des années 1780. Une série d’immeubles fut réalisée au Sud de la rue Montagne du Parc pour le compte du Petit Béguinage. La plupart des demeures, jadis occupées par des familles aristocratiques, furent reprises à la fin du XIXe et au début du XXe siècle par de grosses sociétés ou des institutions financières qui en firent progressivement de vastes complexes.

La rue Royale constituait primitivement un ensemble architectural homogène néoclassique, caractérisé par une disposition variée, un traitement uniforme avec enduit et peinture et une articulation horizontale continue. Les angles des trois voies transversales étaient occupés par des pavillons identiques deux à deux, chaque paire ayant son volume et son élévation propres. Les deux blocs compris entre ces pavillons étaient composés de maisons de maître jumelées par deux ou par trois derrière un front de façades symétriques, généralement rythmées par des ressauts. Il en allait de même pour le vaste ensemble du Petit Béguinage. La deuxième partie de la rue offrait un front de façades parfaitement symétrique de chaque côté. Dans la première, la balustrade ornée de lions, de trophées et de vases qui assurait déjà la transition vers la place Royale faisait le pendant avec celle du futur Palais des Académies, en vis-à-vis rue Ducale. Le passage de la Bibliothèque était fermé par l’écran de verdure masquant la «domus Isabellae», l’impasse du Parc par un front de façades néo-classique à ressaut axial et balustrade. Le rétrécissement de la rue Montagne du Parc était accentué par les deux avant-corps symétriques des refuges des abbayes d’Averbode et de Parc. Bien que la rue Royale n’ait pas été tracée selon un projet uniforme, la plupart des habitations sont attribuables à l’architecte B. Guimard, ainsi que l’attestent les archives en ce qui concerne les pavillons d’angle, le Petit Béguinage, les fronts de façades de la deuxième partie de la rue, la balustrade et les refuges susmentionnés. Une seule demeure est signée de l’architecte Ph. Sandrié et une autre est attribuée à l’architecte J.B.V. Barré sur des critères stylistiques. Pour clore la perspective, Guimard avait prévu une fontaine monumentale place de Louvain.

La plupart des immeubles, à l’exception des nos 14, 52, 72, 74, 76 et du n° 2 rue de la Loi (voir ces numéros) furent abattus et reconstruits une ou deux fois au cours du XXe siècle, avec une élévation généralement fidèle à celle d’origine mais avec un parement de pierre blanche. Les maisons d’angle nos 52, 72 et 74 ont été conservées mais fortement élargies et l’aspect des fronts de façades de la deuxième partie de la rue (n° 76 et rue de la Loi n° 2) modifié.

rue Royale 127 (photo 1990).


À partir de 1822, la rue Royale fut prolongée en ligne droite jusqu’à la porte de Schaerbeek sur les plans de 1821 de l’architecte H.L.F. Partoes et de l’ingénieur Werry. Le tracé s’y achevait par un pavillon d’octroi conçu par l’architecte de la Ville N. Roget en 1826-1827, qui sera reconstruit sur les plans de 1858 de l’architecte J. Poelaert. La dernière portion de la rue fut réalisée à partir de 1827 sur le territoire des communes de Saint-Josse-ten-Noode et de Schaerbeek, jusqu’à la place de la Reine où la perspective s’achève par l’église Royale Sainte-Marie, dessinée par l’architecte H.D.L. Van Overstraeten en 1844.
La section de la rue jusqu’à la porte de Schaerbeek fut en grande partie bâtie dans les années 1823-1850. Le premier groupe important d’habitations fut, d’après les demandes de permis de bâtir, élevé dans les années 1820 : maisons de maître ou bourgeoises en corps simple ou double, la plupart du temps jumelées, offrant en majorité une élévation similaire caractérisée par des refends au rez-de-chaussée et des entablements au bel étage, tels les nos 105-109, 114-116 et 135 (voir ces numéros). D’autres, comme le n° 127 (1828, peut-être de l’architecte F. Coppens) ont une élévation plus simple. D’autres encore présentent une ordonnance différente, telle la remarquable demeure et atelier du peintre F. Navez de 1824, aujourd’hui détruite. Une série d’immeubles des années 1830-1840 montrent un type de façade plus différencié, notamment par l’accentuation de la travée d’entrée, parfois en ressaut, par des baies cintrées et un demi-étage supplémentaire comme aux nos 83 et 166 (voir ces numéros) ou des éléments de néo-Renaissance italienne, tel aux nos 79-81 (voir ce numéro). Le front impair fut partiellement reconstruit par suite de la création du quartier Notre-Dame-aux-Neiges sur les plans tracés en 1874 par l’architecte A. Mennessier (voir rue du Congrès) : principalement des maisons de commerce en style éclectique surchargé, comme les nos 1 à 33. À partir du début du XXe siècle, l’extension de la fonction commerciale et des services donna lieu à des aménagements et agrandissements et à la construction de bureaux, comme le n° 130 (1907, architecte A. Desruelles). Ce phénomène continua après-guerre, ce qui accentua la détérioration de l’aspect de la rue par la multiplication de hauts complexes de bureaux d’une échelle discordante. Actuellement, rue à circulation intense et importante voie de pénétration venant du Nord, interrompue en son milieu par l’esplanade de la colonne du Congrès (voir place du Congrès). À hauteur de la rue de Louvain, statue en pied du général du Génie H.A. Brialmont (1821-1905), œuvre du sculpteur F. Huygelen de 1928.
Par suite de la modification du système de numérotation en application, les numéros de la partie de la rue Royale construite au XVIIIe siècle puis ceux de la partie XIXe ont été changés.


Sources

Archives
AVB/TP 20795 (1828), 20815 (1824), 3980 (1907); P.P. 1931-1934.

Ouvrages
DES MAREZ, G., Guide illustré de Bruxelles. Monuments civils et réligieux, Bruxelles, 1918. Remis à jour et complétté par A. Rousseau, Bruxelles, 1979, p. 277-280. 
SAINTENOY, P., Les Arts et les Artistes à la Cour de Bruxelles, t. 3, Bruxelles, 1934, p. 356-364. 
SINT-LUKASARCHIEF, Koningstraat, Bijzonder beschermingsplan, étude inédite, 1980.